Par Donnia Ghezlane-Lala

De Keith Haring à Robert Mapplethorpe, le photographe américain Don Herron nous donne un aperçu, en toute intimité, de la scène underground new-yorkaise des années 1980.

Keith Haring, 1982, Tub Shots. (© Don Herron/avec l’aimable autorisation de Daniel Cooney Fine Art Gallery)

En 1978, Don Herron photographie l’illustre Robert Mapplethorpe dans sa baignoire, nu, et commence sérieusement ce qu’il appelle ses Tub Shots : une série qui fait défiler les acteurs de la scène artistique underground et bohème de l’Est Village à New York. Dans la même année, il fait poser une dizaine de personnes : les photographes Peter Hujar et Peter Berlin ; l’actrice Mink Stole ; les artistes Cookie Mueller, Richard Erker, John Heys et Demetrie Kabbaz ; la dominatrix Belle de Jour ; et bien d’autres. Une année assez riche, donc, comparé à 1972, date à laquelle l’idée de cette série lui est venue à l’esprit pour la première fois, alors qu’il vivait encore à San Francisco.

Depuis son déménagement dans la Grosse Pomme en 1978, Herron a fait passer un bon nombre de figures influentes de cette scène artistique devant son objectif, et toujours dans leur baignoire. Il immortalise, en 1982, Keith Haring à 24 ans dans son bain. On reconnaît assez facilement la salle de bains puisque des motifs et petits personnages, emblématiques de la signature de l’artiste, sont dessinés sur les murs.

À Dazed, le galeriste Daniel Cooney − qui consacre une exposition dédiée à cette série dans sa galerie new-yorkaise jusqu’au 3 novembre − confie que l’image de Haring est sa préférée : "Il y a une douceur dans cette photographie et, bien sûr, nous savons qu’il est rapidement devenu un artiste accompli, avant de mourir très jeune. Cela en dit long sur la génération de Haring."

New York, années 1980

Robert Mapplethorpe, 1978, Tub Shots. (© Don Herron/avec l’aimable autorisation de Daniel Cooney Fine Art Gallery)

Le curateur Daniel Cooney expose les 65 portraits en noir et blanc que Don Herron a réalisés de ces artistes-pionniers entre 1978 et 1992. Ses images rendront compte jusqu’au début des années 1990 de l’effervescence de cette communauté créative et novatrice, de l’égérie de Warhol Holly Woodlawn au dramaturge Ethyl Eichelberger.

L’idée d’une telle mise en scène, dans laquelle des personnes publiques paraissent si vulnérables et mises à nu, lui est venue assez simplement : "J’ai décidé de faire une série de photos de gens dans des contenants. La baignoire m’a semblé être le contenant le plus logique à utiliser. J’ai commencé avec des amis et cela a pris de l’ampleur", explique l’auteur du projet à The Village Voice en 1980. Dans une simple baignoire, Don Herron voit des siècles de références artistiques et historiques auxquelles ses portraits doivent rendre hommage.

À la fois trash, intimes et glamour, ces images figent un temps où la scène artistique était en pleine ébullition, et connaissait certains changements. Don Herron a choisi de faire participer chaque protagoniste. Il leur demandait de ramener leurs œuvres, des costumes, ou des accessoires. Certains demandaient à être dans de l’eau claire, d’autres voulaient une eau sombre ou mousseuse par pudeur. Et à travers chacun de ces clichés rares, se dégage l’esprit libre qui caractérisait l’époque à laquelle ils ont été pris.

John Heys, 1992, Tub Shots. (© Don Herron/avec l’aimable autorisation de Daniel Cooney Fine Art Gallery)

Kathe Kruse, 1992, Tub Shots. (© Don Herron/avec l’aimable autorisation de Daniel Cooney Fine Art Gallery)

Matthias Mohr, 1982, Tub Shots. (© Don Herron/avec l’aimable autorisation de Daniel Cooney Fine Art Gallery)

Mink Stole, 1978, Tub Shots. (© Don Herron/avec l’aimable autorisation de Daniel Cooney Fine Art Gallery)

Ellen Stewart, 1993, Tub Shots. (© Don Herron/avec l’aimable autorisation de Daniel Cooney Fine Art Gallery)

"Tub Shots", exposition de Don Herron, à la galerie Daniel Cooney (New York), jusqu’au 3 novembre 2018.