En images : dans l'intimité de Neve Tirza, unique prison pour femmes d'Israël

Le photographe Tomer Ifrah a introduit son objectif à travers les barreaux de l'unique prison pour femmes d'Israël. Détenues désœuvrées, murs délabrés et cellules surpeuplées : bienvenue à Neve Tirza.

(Tomer Ifrah)

(© Tomer Ifrah)

Le photographe israélien Tomer Ifrah nous fait régulièrement voyager à travers l'image. Avec lui, nous avons découvert les ors du métro moscovite, la magie noire de l'Éthiopie ou encore la face cachée des rituels sacrés hindous. Son regard affuté s'est aussi posé sur une exception carcérale : la prison pour femmes de Neve Tirza, en Israël. Localisé à Ramla, non loin de Tel Aviv, c'est l'unique lieu de détention en Terre sainte réservé aux détenus féminins.

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D'abord venu sur place pour tirer le portrait d'une détenue, dans le cadre d'une commande pour un magazine féminin, le photographe est vite attiré par le quotidien de toute la population incarcérée. Il obtient rapidement la permission de réaliser un reportage derrière les barreaux qui l'amènera à faire plus de 500 images. Mais en revanche, la confiance des résidentes de Neve Tirza ne s'obtient pas si facilement...

Afin de capter l'intime et le naturel, Tomer Ifrah a dû gagner la confiance des prisonnières : "Les premiers jours je ne prenais pas beaucoup de photos, j'ai plutôt utilisé ce temps à chercher moi-même de quelle manière m'y prendre."

(Tomer Ifrah)

(© Tomer Ifrah)

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C'est aussi lors de cette phase préliminaire qu'il s'est rapproché des détenues "afin d'essayer de comprendre un peu leur vie à l'intérieur, mais aussi à l'extérieur de la prison. Parler aux femmes, leur expliquer mon projet [...] les a aidées à m'accorder leur confiance", raconte-t-il.

À travers l'objectif, Tomer Ifrah montre la peinture défraîchie, la rouille et l'usure, qui se reflète aussi bien dans l'œil des prisonnières que dans la matière épaisse des murs de cette prison ouverte en 1968.

Un monde étroit

Ses plans au champ étroit, ne cadrant souvent qu'un personnage isolé, révèlent aussi l'extrême promiscuité du quotidien carcéral : avec ses photos, Tomer Ifrah rappelle à quel point l'univers des prisonnières de Neve Tirza est petit et l'horizon inaccessible. D'après lui, elles sont une demi-douzaine par cellule, pour environ 180 résidentes au moment où il a réalisé sa série, en 2013.

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Le photographe capture des scènes qui révèlent à quel point l'ennui règne chez ces femmes : une cigarette, une prière, un coup de fil, une sieste... Ce qu'on ne perçoit pas en photo, cependant, d'autres sens le captent :

"Les conditions de vie à Neve Tirza sont très dures et les cellules sont surpeuplées [...]. Bien sûr, dans n'importe quelle prison l'ambiance est sans doute tendue, mais je pense que de telles conditions ne peuvent que l'aggraver. On pouvait entendre de nombreuses invectives entre les détenues, les gardes crier en retour, les portes se claquer, etc."

(Tomer Ifrah)

(© Tomer Ifrah)

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Sur le site Prison Photography, Tomer Ifrah ajoute que si la violence est omniprésente, son contraire se développe également en contraste :

"Si vous restez près de quelqu'un assez longtemps, des liens très forts se tissent. Il y a donc aussi beaucoup d'attention, beaucoup d'amour entre les prisonniers. Parfois, on dirait une toute petite famille, très proche."

Juives et musulmanes partagent les cellules

Malgré plus de soixante ans de conflit inter-religieux déchirant Juifs et Arabes en Israël, les femmes ne sont pas séparées par les croyances à Neve Tirza : "On voit des femmes issues de diverses origines sociales, culturelles ou religieuses ensemble", assure Tomer Ifrah. Mais la vie derrière le béton et l'acier reste majoritairement réservée aux marginaux de la société israélienne :

"La plupart d'entre elles font parties de minorités et ne sont pas nées sur le sol israélien. Certaines, viennent de Russie, d'autres d'Éthiopie, d'autres encore d'Amérique du Sud. La seule séparation, c'est celle subie par les Palestiniennes dans le contexte du conflit israélo-palestinien."

Or la plupart des détenues purgent une peine en fait liée au cercle vicieux de la consommation ou du trafic de drogue : "La plupart sont là pour leur deuxième ou troisième séjour à Neve Tirza, explique Tomer Ifrah. Après tout, elles n'ont pas tellement d'options lorsqu'elles sortent. Je pense que c'est un fait universel, pas uniquement inhérent à Israël."

(Tomer Ifrah)

(© Tomer Ifrah)

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(© Tomer Ifrah)

(Tomer Ifrah)

(© Tomer Ifrah)

(Tomer Ifrah)

(© Tomer Ifrah)

Vous pouvez suivre les autres aventures photographiques de Tomer Ifrah sur Facebook, sur Instagram et sur son site personnel.

Par Théo Chapuis, publié le 29/01/2016

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