En images : l’Angleterre des années 1980, ses skinheads et ses punks

Dans les années 1980, le photographe Gavin Watson, alors âgé de 15 ans, a immortalisé les skinheads et les punks de son époque. Il ne pensait pas que ses clichés seraient acclamés par la critique trente ans plus tard.

Les photos de skinheads sur Internet sont souvent associées à des histoires de violence, de racisme et de division politique. Mais pour Gavin Watson, les skinheads lui rappellent ces gosses qui, dans les années 1980, cherchaient juste à faire partie d'un groupe et à faire la fête.

Le photographe, qui est né et a grandi à High Wycombe, en Angleterre, est l’auteur de Skins and Punks, un ouvrage qui porte un regard attendrissant sur les skinheads des années 1980. Ce bouquin fut aussi l’une des principales sources d’inspiration du thriller iconique de Shane Meadows, This is England.

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Ce n'est que récemment que Gavin Watson s'est rendu compte que les photos prises quand il avait 15 ans constituaient un portrait précieux de la Grande-Bretagne de cette époque. "On était des chavs à cette époque. On était vus comme des chavs", se rappelle-t-il.

Neville Watson, sur un BMX, à High Wycombe, au Royaume-Uni, aux alentours de 1984. (Photograph: Gavin Watson/PYMCA)

Neville Watson, sur un BMX, à High Wycombe, au Royaume-Uni, aux alentours de 1984. (© Gavin Watson/PYMCA)

Depuis que les photos ont fait surface en 1994, grâce à l’aide d'un certain Roger Barton, et depuis la sortie de Skins and Punks en 2008, ces clichés ont été acclamés par la critique.

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"Je n’étais pas emballé au début, explique le photographe. J’ai mis du temps à comprendre ce que les gens voyaient dans ces images. Avant, je me disais : 'Tout le monde s’en foutait de nous à cette époque.' Je pensais que j’étais le seul à être excité par la vie autour de moi."

Gavin Watson pensait que les seules personnes qui achèteraient son bouquin seraient des skinheads vivant encore en Angleterre, ou des groupes similaires qui ont émergé en Allemagne et en Espagne.

"Je n’ai pas réalisé que ça plairait à l’extérieur du petit groupe à qui c’était destiné", raconte-t-il. Mais Skins and Punks a été tellement populaire que même Gavin Watson ne possède plus aucune copie du bouquin. Il a donné la plupart de ses exemplaires à des amis, alors qu’il était bourré.

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Un skinhead déguisé en Nazi fait rire ses amis à l'extérieur d'un pub à High Wycombe, dans les années 80. (Photograph: Gavin Watson/PYMCA)

Un skinhead déguisé en nazi fait rire ses amis à l'extérieur d'un pub à High Wycombe, dans les années 1980. (© Gavin Watson/PYMCA)

En ce moment, Gavin Watson donne une série de conférences, sur le thème du "pouvoir créatif du temps". Il pense que cette tournée rend hommage à ces images, représentatives d’une certaine époque, qui sont progressivement devenues iconiques. "Si je vous avais montré ces photos il y a trente ans, vous auriez dit 'c’est ce que je vois au bout de ma rue', donc à quoi bon", explique-t-il.

"J’ai vu le banal se transformer en une sorte de période glorieuse, dit-il en plaisantant. C’est vraiment perçu comme si la vie était rose, c'est ironique maintenant."

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Pour l’une de ses premières expositions, les journalistes de Time Out avait dit à Gavin Watson qu’ils ne pouvaient pas venir. Ou plutôt qu’ils ne prendraient pas cette peine, car "ils avaient déjà vu ça avant", se souvient le photographe.

"Time Out était littéralement le seul magazine que les gens prenaient quand ils descendaient à Londres, explique-t-il. Il n’y avait pas vraiment d’alternatives. Si ton exposition était dedans, les gens allaient la voir."

Une punk devant un panneau, au Royaume-Uni, dans les années 80. (Photograph: Gavin Watson/PYMCA)

Une punk devant un panneau, au Royaume-Uni, dans les années 1980. (© Gavin Watson/PYMCA)

"Tout est perçu comme si la vie était rose au final, j’ai juste de la chance que quelque chose en moi, quand j’étais gosse, m’ait poussé à prendre ces putains de photos.

Je les regarde aujourd’hui et je me dis : 'qu’est ce que je faisais à 15 ans ?' C’est bizarre. Personne ne me payait pour le faire. Personne ne m’a demandé de le faire. Personne n’y prêtait attention."

Un jeune skinhead qui fait la grimace, au début des années 80. (Photograph: Gavin Watson/PYMCA)

Un jeune skinhead qui fait la grimace, au début des années 1980. (© Gavin Watson/PYMCA)

Maintenant qu’il a 50 ans, Gavin Watson trouve de nombreux points communs entre son mouvement skinhead et la scène du hip-hop britannique, qui est devenue branchée. "C’était très underground et méprisé par la plupart des gens", remarque-t-il.

"Tempa T était un putain d’artiste et un skinhead, il montait sur scène avec une batte de baseball, un pantalon militaire et des Dr. Martens aux pieds en disant : 'Hé, je vais défoncer ton crâne.' Deux décennies se sont écoulées entre-temps, donc il ne s'en est probablement rendu compte", lance-t-il.

Un adolescent skinhead en pleine réflexion, dans les années 80 (Photograph: Gavin Watson/PYMCA)

Un adolescent skinhead en pleine réflexion, dans les années 1980. (© Gavin Watson/PYMCA)

Ces mouvements distincts l'un de l'autre existent parce qu’ils partagent une même génération, et tous les problèmes sociaux et politiques qui les affectaient ont nourri leur créativité, selon Gavin Watson.

"Selon où tu vis dans le monde et le paysage politique autour de toi, il te faut environ quinze ans normalement avant d’exploser", pense-t-il. À l’époque où Gavin Watson avait 15 ans, appartenir au mouvement skinhead ou au mouvement punk, c’était comme être un rasta : "Tu faisais partie d’un gang."

"Je ne sais pas si les skinheads étaient au dessus des autres gangs, mais la mentalité en Angleterre était une mentalité de gang", explique-t-il.

Des garçons à High Wycombe, dans les années 1980 (Photograph: Gavin Watson/PYMCA)

Des garçons à High Wycombe, dans les années 1980 (© Gavin Watson/PYMCA)

Leur rébellion n'était pas violente cependant. "Ça consistait à aller faire la fête, parce que aller à une soirée était illégal, c’est soudainement devenu une rébellion, explique Gavin Watson. C’était de la liberté. C’est assez étrange de le décrire comme une rébellion. C’était simplement une liberté absolue qu’on n’avait jamais vue avant à cause de la manière dont la société vous enchaîne, de façon plus ou moins évidente."

Les skinheads se définissent souvent selon l’endroit où ils vivaient et le gang auquel ils appartenaient. "Puis les raves ont débarqué et ont balayé tout cela, explique Gavin Watson. Enfin, l’ecstasy est arrivée, et a tout changé".

Vous pouvez explorer le travail de Gavin Watson sur son site créé en collaboration avec le Youth Club.

Un couple d'adolescents dans les années 80 (Photograph: Gavin Watson/PYMCA)

Un couple d'adolescents dans les années 1980. (© Gavin Watson/PYMCA)

Deux skinheads et une punk devant un pub, à High Wycombe, au début des années 80 (Photograph: Gavin Watson/PYMCA)

Deux skinheads et une punk devant un pub, à High Wycombe, au début des années 1980. (© Gavin Watson/PYMCA)

Un skinhead boy devant un drapeau britannique. (Photograph: Gavin Watson/PYMCA)

Un skinhead boy devant un drapeau britannique. (© Gavin Watson/PYMCA)

Deux jeunes skinheads en train de boire sur un bateau. (Photograph: Gavin Watson/PYMCA)

Deux jeunes skinheads en train de boire sur un bateau. (© Gavin Watson/PYMCA)

Neville, High Wycombe, 1980s (Photograph: Gavin Watson)

Neville, High Wycombe, années 1980. (© Gavin Watson)

Keyboard, High Wycombe, 1980s (Photograph: Gavin Watson)

Keyboard, High Wycombe, années 1980. (© Gavin Watson)

Owl, High Wycombe, 1980s (Photograph: Gavin Watson)

Chouette, High Wycombe, années 1980. (© Gavin Watson)

Ravers, 1980s (Photograph: Gavin Watson)

Ravers, années 1980. (© Gavin Watson)

Liz, 1980s (Photograph: Gavin Watson)

Liz, années 1980. (© Gavin Watson)

Skins, High Wycombe, 1980s (Photograph: Gavin Watson)

Skins, High Wycombe, années 1980. (© Gavin Watson)

Steven and Sophie, High Wycombe, 1980s (Photograph: Gavin Watson)

Steven et Sophie, High Wycombe, années 1980. (© Gavin Watson)

A40 Sign, Nr High Wycombe, 1980s (Photograph: Gavin Watson)

Panneau de l'A40 , North High Wycombe, années 1980. (© Gavin Watson)

Traduit de l’anglais par Hélaine Lefrançois

Par Matthew Kirby, publié le 28/04/2016

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