En images : à Lille, le Centre Pompidou nous plonge dans le monde passionnant de la performance

Jusqu’au 14 janvier 2018, la collection du Centre Pompidou s’invite au Tripostal de Lille, pour nous faire découvrir le monde barré de la performance.

Brice Dellsperger avec François Chaignaud, Body Double 35, 2017. (© Performance !, Les collections du Centre Pompidou, 1967-2017)

En 2017, le Centre Pompidou fêtait ses quarante années de bons et loyaux services. Pour célébrer l’événement, les équipes de l’institution ont décidé de sortir de leurs murs, pour partager partout en France la culture moderne et contemporaine. Un choix audacieux pour le musée, qui a toujours eu vocation à être décloisonné. Son fondateur, Georges Pompidou, avait déjà pour ambition de créer "un centre culturel qui soit à la fois un musée et un centre de création, où les arts plastiques voisineraient avec la musique, le cinéma, les livres…" C’est aujourd’hui chose faite puisque l’institution propose au public environ 25 expositions temporaires par an, et possède une riche programmation mêlant danse, concert, théâtre, performance et débat.

Pour terminer cette année de fête, permettant de valoriser l’importante collection du centre à travers toute la France, c’est à Lille que les politiques et les équipes du centre ont jugé pertinent de poser leurs valises afin d’explorer la pratique de la performance dans l’art contemporain. C’est donc dans un premier temps la gare Saint-Sauveur, puis le Tripostal qui ont été investis par l’exposition "Performance !".

La performance, un art à la croisée des chemins

Si la performance est difficile à définir, c’est que le mouvement artistique croise de nombreux domaines, à la frontière entre arts plastiques et arts vivants. Née dans les années 1970, la performance peut faire appel à la danse et la chorégraphie, aux pratiques sonores et la musique, au langage du geste, à l’installation, à l’immersion, à l’interactivité avec le spectateur, ou parfois même à la sculpture ou l’art vidéo. La performance fait converger de nombreuses pratiques et bouleverse la plupart du temps les rapports entre œuvres et spectateurs.

Souvent éphémère, la performance pose aussi la question de la reproduction de l’œuvre. Comment faire vivre une performance à travers le temps ? Une performance est-elle nécessairement éphémère ? Parfois immortalisée en vidéo ou en photo, la performance peut aussi être rejouée en boucle. C’est en partageant son importante collection d’œuvres acquises entre 1967 et 2017 et en sélectionnant des travaux divers que le Centre Pompidou explore et répond à ces problématiques. L’exposition fait alors se côtoyer certains grands pionniers de la discipline tels Vito Acconci ou Bruce Nauman, mais donne aussi de la visibilité à de jeunes artistes contemporains. Un dialogue inédit qui, sans faire vœu d’exhaustivité, nous donne un panorama complet de ce que peut être la performance.

Le visiteur fait partie intégrante de l’œuvre

Parmi les œuvres qui nous ont marqués, citons Walk the Chair, qui inaugure l’exposition, pensée par la performeuse espagnole La Ribot. De nombreuses chaises gravées de citations sont entreposées, que les visiteurs peuvent emporter durant l’exposition pour pouvoir s’asseoir à leur guise. Ainsi, Walk the Chair fait intervenir le spectateur au sein de son dispositif, mais peut aussi partir à la rencontre d’œuvres d’autres artistes au fil du parcours.

Par la suite, c’est le travail de Dan Graham qui nous a interpellés : avec Present Continuous Past(s), le spectateur entre dans une pièce pleine de miroirs. Il découvre au bout de quelques secondes qu’il est filmé par une caméra de surveillance et peut observer sa propre entrée dans la pièce grâce à un léger décalage. Une œuvre avant-gardiste, qui questionne l’image de soi et qui peut nous rappeler étrangement les émissions de téléréalité.

Enfin, le travail de Jérôme Bel nous a plongés dans l’univers de l’Opéra de Paris. Il a mis en scène Véronique Doisneau, première danseuse dans la compagnie de l’Opéra. Seule, sur la scène de Garnier, à quelques jours de prendre sa retraite, elle revient sur sa carrière. Un moment fort d’introspection, où elle fait le constat de n’avoir jamais réussi à atteindre son rêve : celui de devenir danseuse étoile. Un moment fort et passionnant, qui nous connecte à notre humanité, faite d’espoir, d’ambition et de désillusions. Une œuvre intime, particulièrement puissante.

S’il est difficile de définir ce qu’est la performance, nous pouvons remarquer que la plupart des œuvres immergent le spectateur, le questionnent et le prennent à partie. Une manière attrayante de découvrir la discipline, en faisant corps avec de nombreuses réalisations. Pour ceux qui voudraient aller encore plus loin et découvrir des performances en live, la Nuit du Tripostal, le 13 janvier prochain, vous réserve de nombreuses surprises dont une pluie psychédélique de paillettes. Avis à tous les amateurs de disco.

Pia Camil, Espectacular telón I, II, III, IV, 2013, vue de l’exposition. (© Maxime Dufour)

Lili Reynaud Dewar, I Am Antact and I Don’t Care, 2013. (© Maxime Dufour)

Guy de Cointet, 1 - Tell Me, 1979-1980. (© Maxime Dufour)

Franz West, Auditorium, 1992, photographies. (© Performance !, Les collections du Centre Pompidou, 1967-2017)

Dennis Oppenheim, Attempt to Raise Hell, 1974. (© Maxime Dufour)

Vue d’ensemble de l’exposition, photographies. (© Maxime Dufour)

Ryoji Ikeda, data.tron, 2007. (© Maxime Dufour)

"Performance ! – Les collections du Centre Pompidou, 1967-2017", jusqu’au 14 janvier au Tripostal de Lille.

Par Lisa Miquet, publié le 11/12/2017