En images : plongée au cœur de la Transnistrie, le pays bloqué dans le passé qui n'existe pas

Le photographe britannique Justin Barton est parti à la rencontre des habitants d’un pays qui n’existe pas, du moins pas de façon officielle : la Transnistrie. Pour Konbini, le reporter décrypte son voyage au cœur d’un territoire figé dans le passé.

Nina Shtanski - Ministre des Affaires étrangères de Transnistrie

Nina Shtanski, ministre des Affaires étrangères de Transnistrie. (© Justin Barton)

Vous n’avez probablement jamais entendu parler de la Transnistrie et pourtant, cette enclave de 4 000 kilomètres carrés, peuplée par 500 000 habitants, existe, bien qu'elle ne soit pas reconnue par l’Organisation des Nations unies (Onu).

Publicité

Coincé le long de la frontière entre la Moldavie et l’Ukraine, cet État (dont le nom complet en slave est la République moldave du Dniestr) possède sa propre constitution, sa capitale (Tiraspol), son drapeau (estampillé de la faucille et du marteau), son hymne, son président, son Parlement, son gouvernement (le Soviet suprême), son armée et sa monnaie (en plastique).

Le territoire, de facto indépendant depuis la dislocation de l’URSS en 1991, revendique fièrement son attachement à son passé soviétique, idéologie à laquelle il prête toujours allégeance, entre parti unique et médias sous contrôle. Si la Transnistrie martèle ses valeurs communistes fortes, le "pays" a pourtant adopté l’économie de marché à la suite de l’effondrement du bloc de l’Est.

Après avoir repéré le travail du photographe britannique Justin Barton sur la Transnistrie via le magazine américain Wired, Konbini l’a contacté pour en savoir un peu plus sur cet État invisible, bien qu’autonome, figé dans l’histoire et isolé du monde.

Publicité

Igor Nebeygolova – Colonel du KGB et commendant du régiment cosaque de Tiraspol/ Photos Justin Barton

Igor Nebeygolova, colonel du KGB et commandant du régiment cosaque de Tiraspol. (© Justin Barton)

Entre symbolique communiste et valeurs nationalistes

Fasciné par ce qu’il avait lu sur la Transnistrie, Justin Barton a décidé de se rendre sur cette terre aux dilemmes schizophréniques et dont l’identité des habitants demeure bancale. En résulte sa série intitulée "Patriotes de Transnistrie" qui regroupe des clichés évoquant les fantômes de l'URSS. Ici, les cartes d’identité des citoyens ne sont pas reconnues internationalement et les professeurs enseignent aux enfants l’histoire d'un pays qui ne figure sur aucune carte (si ce n’est les leurs).

"Leur identité est très confuse", explique Justin Barton. Pas tant communistes, ils défendent surtout des valeurs "hautement nationalistes". Paradoxalement, l’identité transnistrienne se définit par ce qu’elle n’est pas : ukrainienne et moldave."Il y a des faucilles et des marteaux partout mais on peut aussi voir des photos de Poutine à côté de celles de Staline".

Publicité

En fait, leur culture soviétique qui sous-entend l’adhésion aux valeurs communistes, n’est qu’un aspect résiduel et ne concerne véritablement que leur Parlement. "Les gens vivent davantage comme s’ils étaient des citoyens russes (avec une grosse dose de patriotisme en plus), et de façon plutôt modeste". Tout ça dans un joyeux mélange d’icônes et de symboles.

Natalia Yefremova - Vendeuse de souvenirs patriotiques de Transnistrie / Photos Justin Barton

Natalia Yefremova, vendeuse de souvenirs patriotiques de Transnistrie. (© Justin Barton)

Un territoire contrôlé par la Russie

Le territoire semble ainsi divisé entre les indépendantistes, les pro-Russes et les pro-Moldaves. Ces derniers ayant été écarté lors du dernier référendum, en 2006, que l’on qualifiera sans peine d’orienté afin de conduire les citoyens à se prononcer massivement – 97 % – pour un rattachement de la Transnistrie à la Russie. L’option d'un rattachement à la Moldavie n’ayant jamais été proposée, le choix était en effet restreint.

Publicité

Un modèle qui n'est pas sans rappeler les douces heures de l’URSS et de la Russie d’aujourd’hui : "La Transnistrie est fière de son oligarchie. Certains possèdent leurs propres équipes de football et la plupart des industries rentables du territoire." Une nomenklatura qui semble donc proche du pouvoir russe en place dont la présence militaire n'est jamais loin.

"Je pense qu’il serait plus juste de parler de nostalgie vis-à-vis de cette époque, quand Tiraspol [la capitale] avait sa part d’importance et n’était pas si isolée." Mais dans les faits, et pour simplifier, la Transnistrie est aujourd’hui un État non reconnu par les autorités internationales, que les moldaves font passer pour l’une de leurs provinces autonomes, tandis que son oligarchie s’apparente plutôt à des sergents de Poutine.

Pendant ce temps, la population continue d’afficher faucille et marteau en souvenir d’une époque révolue, ou tout simplement pour ne pas trop faire de vagues.

Nadezhda Bondarenko - Editrice du journal soviétique "Pravda" / Photos Justin Barton

Nadezhda Bondarenko, éditrice du journal soviétique Pravda Pridnestrovya. (© Justin Barton)

Anastasia Spatar - 23 ans, citoyenne de Transnistrie, une nationalité non reconnue / Photos Justin Barton

Anastasia Spatar, 23 ans, citoyenne de Transnistrie, une nationalité non reconnue internationalement. (© Justin Barton)

Andrey Smolenskiy – Responsable de la seule agence de voyage du "pays" / Photos Justin Barton

Andrey Smolenskiy, responsable de la seule agence de voyage du "pays". (© Justin Barton)

Tatyana Syarova - Présentatrice de la chaîne 1 de la télévision transnistrienne / Photo Justin Barton

Tatyana Syarova, présentatrice de la 1re chaîne la télévision transnistrienne. (© Justin Barton)

Andrey Voropai – Entraineur de l'équipe transnistrienne d'avirons / Photos Justin Barton

Andrey Voropai, entraîneur de l'équipe transnistrienne d'aviron. (© Justin Barton)

Valery Isordan - Membre du club des motards de Transnistrie / Photos Justin Barton

Valery Isordan, membre du Club des motards de Transnistrie. (© Justin Barton)

Alexandr Sirotin - Champion de judo Transnistrien / Photos Justin Barton

Alexandr Sirotin, champion transnistrien de judo. (© Justin Barton)

Nikolay Babilunga - Professeur d'Histoire de Transnistrie / Photos Justin Barton

Nikolay Babilunga, professeur d'histoire. (© Justin Barton)

Sergey Cheban - Deputé, Porte parole du Soviet Suprême / Photos Justin Barton

Sergey Cheban, député, porte parole du Soviet suprême. (© Justin Barton)

Par Jeanne Pouget, publié le 09/03/2016

Copié

Pour vous :