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Entre séduction et répulsion, les corps troublants photographiés par Paige Rowlett

Les corps photographiés par Paige Rowlett invitent à se plonger dans la contemplation de l’insondable étrangeté du corps humain.

Vivarium. (© Paige Rowlett)

"J’aimerais expliquer exactement d’où ça vient, mais d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été attirée par les représentations visuelles de l’anormalité." Interrogée sur son rapport au corps, au cœur de sa série Vivarium, la photographe Paige Rowlett hésite. À bien y réfléchir, elle a des pistes, évidemment, du genre de celles qui plongent leurs racines dans l’enfance.

Élevée par des parents infirmiers, Paige passe, petite, beaucoup de temps dans le milieu hospitalier. Elle y développe une fascination particulière pour l’anatomie et pense un temps à devenir elle-même médecin : "Le corps humain est réellement spectaculaire et d’une certaine façon, un peu fou. Il bouge, guérit, sécrète, crée, se brise, gesticule, se bat. Le corps dans ce sens-là n’est pas spécifiquement représenté dans l’art."

Vivarium. (© Paige Rowlett)

La blouse blanche reste donc au placard, et aux stéthoscopes et aux aiguilles, Paige préfère l’objectif pour sonder le corps humain. Elle suit un cursus de photographie à l’université de Géorgie aux États-Unis et réalise ses deux premières séries Exquisite Corpse, directement inspirée du jeu du cadavre exquis, et Tendencies, qui illustre ses obsessions anatomiques lorsqu’elle crée. Vivarium, son dernier corpus, arrive enfin comme une synthèse de son processus artistique :

"Je suis toujours attirée par des choses qui me troublent mais qui sont dans le même temps une invitation. Vivarium a simplement été une progression naturelle de mon travail et est apparu comme le point culminant de tout ce que j’ai pu créer auparavant."

Vivarium. (© Paige Rowlett)

Photographiées avec un Toyo Field, son appareil de prédilection pour l’intimité qu’il induit, les images de sa série se situent quelque part entre le jeu et la planification, avec un rendu chirurgical. Héritage oblige. À partir d’éléments organiques ou non (animaux, ficelles, punaises, vaseline, peinture, sirops), Paige se laisse porter par ses expérimentations et laisse place à l’improvisation. Ce qui l’intéresse, ce sont les interactions qui se créent lorsque des substances ou des corps étrangers sont ajoutés à l’équation.

Ses influences vont des livres d’anatomie et de biologie aux peintures flamandes de natures mortes, des sculptures du Bernin au travail de Joel-Peter Witkin, Diane Arbus, Laura Letinsky, Sam Taylor-Johnson, Daikichi Amano et Tara Sellios. Les corps stylisés des magazines, eux, n’intéressent que peu la jeune femme :

"L’image traditionnelle du corps, bien que charmante, ne m’a jamais attirée et même m’ennuie. Je ne veux pas voir de représentations idéalisées. Il y a un temps pour les corps beaux, sexualisés et standardisés. Ce n’est simplement pas mon art."

Sa série Vivarium achevée, Paige pense maintenant à introduire du mouvement dans ses prochains projets. Pour que ses corps étudiés se mettent enfin en action et fassent un pas de plus vers l’étrange.

Vivarium. (© Paige Rowlett)

Vivarium. (© Paige Rowlett)

Vivarium. (© Paige Rowlett)

Vivarium. (© Paige Rowlett)

Vivarium. (© Paige Rowlett)

Vivarium. (© Paige Rowlett)

Par Aude Jouanne, publié le 29/05/2018

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