InstaWeek #6 : la Chine sans filtre vue par Gilles Sabrié

Chaque semaine sur Konbini, on met en lumière un compte Instagram qui nous plaît particulièrement. Ce week-end, le compte de Gilles Sabrié nous fait voyager à Pékin, capitale du pays le plus peuplé du monde. 

Dans le métro de Pékin. (© Gilles Sabrié / Instagram)

Dans le métro de Pékin. (© Gilles Sabrié / Instagram)

Gilles Sabrié est un photojournaliste français de 51 ans. Après avoir vécu une dizaine d'années à New York, il s'est installé à Pékin il y a dix ans. Sa fascination pour ce "pays-continent" l'a ainsi poussé à déménager en Chine, où il observe d'un œil extérieur les mutations d'un État qu'il décrit pris dans une "course effrénée à la croissance, et qui laisse peu de place à l'humain". Son compte Instagram, @gillessabrie, reflète son quotidien dans la capitale chinoise. Photographe curieux et assoiffé de découvertes, Gilles se sert d'Instagram pour raconter des histoires tout en nourrissant cette curiosité qui l'habite.

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Konbini | Comment t’est venue l’idée de ce compte Instagram ?

Gilles Sabrié | Instagram est un outil d'expression. Je travaille beaucoup sur commande  pour des médias et nombre de mes photos ne sont jamais publiées. Grâce à Instagram, je peux donner à voir et partager ma vision du monde. C'est aussi une formidable fenêtre sur le monde et la vie. Cela me permet de le voir, le découvrir, le comprendre, que ce soit à travers le travail de photographes et de créateurs d'images ou de photos candides d'usagers documentant leur vie. Ce flux ininterrompu d'images place au même niveau le quotidien d'une transsexuelle new-yorkaise et celui d'un officier kurde.

D'où vient ton inspiration ?

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Il y a beaucoup de photographes que j'admire, et sans doute m'inspirent-ils inconsciemment. Mais mon inspiration c'est surtout la ou les personnes que je dois photographier, une situation, la grâce d'un esprit et/ou d'un physique.

Tu habites en Chine et ce pays semble beaucoup t'influencer. Pourquoi ?

La Chine est une part très importante de mon travail. Dix ans après mon emménagement à Pékin, ma curiosité est intacte. Il y a tellement d'histoires ici. Et surtout, j'ai l'impression qu'en documentant la Chine je ne me restreins pas à ce pays. Pour moi, la Chine nous tend un miroir.

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Peux-tu me parler de la série de portraits que tu as faite récemment ? 

Ces visages font partie d'une série intitulée Subway Dreams que j'ai réalisée dans le métro de Pékin. Je cherchais à montrer cet état particulier dans lequel nous plongent les trajets en métro. Un lieu d'une très grande promiscuité mais dans lequel nous créons une bulle protectrice. La fatigue de la journée de travail, ou de la nuit trop tôt terminée, nous met dans un état mi-éveillé mi-endormi, propice aux rêves. Il y a quelque chose de très intime alors que nous sommes en public et même physiquement très proche de nos congénères.

Tes comptes Instagram préférés ?

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Je suis tombé sur le compte de cet officier kurde (@sadr.178). Ce sont des images surréalistes : un groupe d'hommes posant en armes à côté d'un cadavre, un enfant sur un lit dans un costume traditionnel, le même en petit soldat, des hommes sur la pelle levée d'un bulldozer, une scène de pique-nique... Dans un autre genre, j'aime beaucoup le site ASX (@americansuburbx) qui réunit le travail passé et présent de grands photographes. Il y a ce compte auquel je contribue @eyesonchinaproject. Nous sommes une quarantaine à le nourrir et, là encore, j'apprécie cette multiplicité de points de vue sur une réalité qui m'est proche.

De quelle image es-tu le plus fier ?

Mes images m'emmerdent. J'aime celles qui m'emmènent ailleurs et titillent mon imagination. J'aime que le photographe me raconte le début d'une histoire et me donne envie de la terminer. Je connais les histoires derrière mes photos, donc elles ne m'inspirent guère. Si j'aime l'un de mes clichés, c'est parce qu'il me rappelle un bon souvenir.



In the Beijing subway #4 #subwaydreams #archives

Une photo publiée par Gilles Sabrié (@gillessabrie) le








Par Juliette Geenens, publié le 24/03/2016

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