Rencontre : l'intimité mise en lumière par Maou Bertrand

À travers un travail particulièrement prolifique, l'artiste Maou Bertrand dévoile un univers intimiste et sincère. 

Maou Bertrand est une photographe parisienne qui manie avec aisance la photographie argentique. Armée d'un Canon AE-1 et d'un Yashica, elle capture l'intimité avec douceur et bienveillance. Mettant en lumière de nombreuses modèles non professionnelles, une vulnérabilité touchante émane de son travail. Prolifique, elle possède un blog sur lequel elle est particulièrement active depuis plusieurs années et publie chaque mois de nombreuses séries. Rencontre avec une autodidacte passionnée et passionnante.

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© Maou Bertrant

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Konbini : comment est-ce que tu as commencé la photographie ?

Maou Bertrand : J'ai commencé en prenant le vieil appareil photo argentique pas très performant de mes parents. Je viens d'un tout petit village dans la Drome et je n'avais rien à faire. Pour m'occuper, je prenais des photos de ma petite soeur dans le jardin. Après j'ai continué avec les premiers appareils compacts qui fonctionnaient avec des piles, les modèles bien pourris à 5 méga pixels. J'ai aussi fait beaucoup d'autoportraits. Je me baladais dans le village avec mon trépied, mon appareil et je faisais des images. C'est comme ça que cela m'est venue.

Est-ce que tu as eu un déclic à un moment particulier durant ton parcours ?

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Quand je photographiais une de mes meilleures amies de l'époque qui était vraiment très photogénique. On organisait des séries et je me suis dit que c'était vraiment intéressant. Ce n'était pas seulement un délire narcissique pour s'occuper, ce moment a peut-être été l'élément déclencheur.

Tu venais d'un milieu très artistique à la base ?

Pas nécessairement. Ma mère peint un peu, ma grand-mère aussi. Mais je suis la première de la famille à toucher vraiment à cet univers-là.

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© Maou Bertrand

Tu as fait une école de photo ou tu es autodidacte ?

Totalement autodidacte ! J'aurai rêvé de faire l'école des Gobelins mais c'était hors budget pour moi. Je suis allée à la fac par défaut, j'ai fait Lettres et Arts à Paris 7. J'ai suivi ce cursus pour faire quelque chose mais surtout pour être à Paris et avoir un véritable accès à l'art et à la culture. Pour ce qui est de la photo, j'ai tout appris toute seule.

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Tu fais énormément d'images à l'argentique, qu'est-ce qui te plait là-dedans ?

J'ai commencé l'argentique parce que des personnes de mon entourage en faisaient beaucoup et j'étais intriguée. Il y a une sorte d'authenticité qui me plaît, un rapport au grain bien particulier. Une fois qu'une photo est développée je ne la touche plus, elle est comme elle est, et c'est quelque chose que j'aime. Je n'aime pas passer des heures sur Lightroom ou Photoshop. Une photo numérique, c'est difficile de la publier brut, même quand tu shootes en manuel, ce n'est jamais totalement satisfaisant. Je trouve qu'il manque toujours quelque chose.

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© Maou Bertrand

En argentique ton nombre d'images est limité, ça change ta manière de photographier ? 

Forcement je shoote moins, mes cadrages sont plus réfléchis. Au début quand j'ai commencé, je prenais mon appareil numérique et mon argentique, je shootais tout en double ! J'avais beaucoup trop d'images, mais c'était une sécurité, j'avais peur qu'il m'arrive un souci ou quoi que ce soit. Au bout d'un moment j'ai laissé le numérique de côté et je ne prenais que l'argentique. J'avais seulement 36 images, je les pensais toutes précisément. Au début il n'y en avait pas énormément d'exploitables et maintenant j'en ai de plus en plus. Cette pratique de l'argentique m'a permis d'apprendre beaucoup.

Tu fais beaucoup de portraits, est-ce que tu as envie d'expérimenter d'autres choses ? 

Carrément, le reportage ! J'ai un projet depuis très longtemps qu'il faut que je réalise un jour. Je n'ai pas encore trouvé le bon moment pour m'y consacrer. Je souhaiterais faire un reportage sur les apiculteurs car je suis très sensible à la question de l'écologie et on sait qu'ils ont des difficultés. J'aimerais partir les photographier dans plusieurs régions de France et construire une série autour de leur métier, découvrir les problèmes qu'ils rencontrent ou à l'inverse ceux qu'ils ne connaissent pas.

Est-ce que tes séries photos sont très organisées ou tu fonctionnes à l'improvisation ? 

Je fige surtout l'instant. Je n'ai jamais d'idées à l'avance quand je fais des photos. Je n'imagine rien au préalable, pour moi c'est impossible. Parfois j'ai un élément et après on va improviser autour. Je suis souvent guidée par des envies plus que par des idées.

© Maou Bertrand

© Maou Bertrand

Tu photographies beaucoup de personnes dénudées, qu'est-ce qui t'intéresse dans ce rapport au corps ?

Je pense que c'est surtout une esthétique qui me plaît. Je trouve que dans la photographie, il y a un rapport très humain, c'est aussi ce qui m'intéresse. J'ai photographié des modèles qui avaient vraiment l'habitude de poser et à l'inverse maintenant, des personnes peu expérimentées viennent me chercher. Quand une personne me fait une demande, j'ai vraiment envie de satisfaire le modèle, qu'elle se trouve belle à la fin et se sente mise en valeur. Sublimer un corps est un vrai exercice.

Tu photographies principalement des femmes, pourquoi ? 

J'aimerais beaucoup photographier des hommes, mais j'en trouve très peu. Franchement j'ai essayé, j'ai un bon réseau sur Twitter et je n'ai presque jamais personne de motivé !

Comment est-ce que tu choisis tes modèles ? 

Au début, je ne choisissais pas vraiment, je saisissais les occasions qui se présentaient. Maintenant, j'ai la chance d'avoir le choix et je fonctionne beaucoup au feeling. Ce souvent des comédiennes ou des personnes que je trouve belles tout simplement. Soit je les contacte, soit elles viennent me voir, et on s'organise ! Ce qui me donne souvent envie de photographier quelqu'un c'est son regard ou son visage. Pas forcément des filles sorties d'agence de mannequins. Les personnes qui m'intéressent sont toutes différentes et ont des physiques très variés mais ce n'est pas le sujet de mon travail. Ce qui m'inspire c'est surtout leur personnalité, ce qu'elles dégagent ...

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© Maou Bertrand

Comment tu fais pour mettre à l'aise tes modèles ? 

Je leur fais des blagues (rires). Je leur dis qu'elles sont belles parce qu'elles le sont et que je le pense. Ça les met en confiance. J'essaie de les guider. En général au bout d'un petit moment elles sont détendues. Certaines peuvent être impressionnées par le fait que je shoote en argentique, qu'il y a un nombre de clichés limités. Elles ont peur de bouger ou que la photo soit floue mais je les rassure.

Tu utilises principalement des lumières naturelles, tu aurais envie de faire des photos en studio ? 

Oui, j'en ai d'ailleurs fait récemment. J'ai monté un petit projet avec une maquilleuse, d'ailleurs cette fois j'ai shooté en numérique, ce qui était très différent ! La série devrait sortir en septembre.

Tu as un travail très prolifique ! À quelle fréquence organises-tu tes shootings ? 

J'ai un autre métier à côté qui me laisse toutes mes demi-journées de libres. Pendant un moment, j'essayais d'organiser deux shootings par semaine. J'adore prendre des photos le matin. À un moment de ma vie, j'ai eu besoin de beaucoup produire pour vraiment m'exercer : comprendre ce que je voulais faire, trouver ma patte. En ce moment, j'organise beaucoup moins de shooting car j'ai moins le temps. Je pense que ce rythme intensif m'a beaucoup fait progresser, c'était une vraie démarche de construction.

Tes projets pour la suite ? 

Plein de choses ! Un déménagement dans le Sud, des mariages pour cet été et encore plein de séries photos à venir.

© Maou Bertrand

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Vous pouvez retrouver le travail de Maou Bertrand sur son site personnel, son blog et son compte Instagram.

Par Lisa Miquet, publié le 19/08/2016

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