José Cardoso, le photographe qui vous tire le portrait… et vous bousille la gueule

Alors que tout le monde retouche son visage en photo pour qu'il soit le plus beau possible, José Cardoso propose l'inverse : vous défoncer la tronche. On a interrogé celui qui détruit les tronches au point de n'en plus rien garder d'humain.

(© José Cardoso)

(© José Cardoso)

José Cardoso a 32 ans et, du peu qu'il s'en souvienne, il n'a pas beaucoup joué avec de la pâte à modeler quand il était petit. Pourtant, lorsque ce fan de Lynch et "des films les plus dingues de Cronenberg" n'est pas accaparé pas son métier de graphiste à Porto, au Portugal, il aime construire de drôles de portraits photo. Enfin... "drôles" ? "Repoussants" serait plus juste.

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Voyez plutôt. Si ce n'est la posture sobre et le maintien, qu'on peut même qualifier d'élégant, dont font preuve la plupart de ses sujets, tout déconne. Au point qu'on a même parfois du mal à identifier un semblable derrière cet amas de viande rosée. Remplacé par une sculpture difforme et asymétrique, le visage est bousillé, la face atomisée, les chairs en morceaux. C'est bien simple : à côté, les fameuses "gueules cassées" de la Grande Guerre ont l'air de mignons enfants de chœur.

Bordel José, qu'est-ce que t'as foutu ?

"C'est vraiment un projet très simple : c'est de la photographie basique, de la sculpture basique (le tout étant de savoir comment ne PAS faire un visage correct) et des compétences en Photoshop basiques", nous explique-t-il.

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(© José Cardoso)

(© José Cardoso)

Inspiré par Chris Cunningham et David Lynch

De son propre aveu, Cardoso se dit grand fan de l'esthétique gore old school. Pas étonnant que pour ces drôles de portraits dont semble avoir disparu toute humanité, le graphiste portugais se soit inspiré des clips réalisés par ce grand taré de Chris Cunningham, comme l'inquiétant "Sheena is a Parasite" pour The Horrors. "L'idée m'est venue comme ça, ne me demande pas pourquoi", élude-t-il.

José Cardoso a alors photographié ses connaissances, quelques relations Facebook et même des inconnus qui sont ensuite devenus ses amis. "Si je fais partie des personnes photographiées ? Bien sûr. Mon petit garçon aussi, d'ailleurs." Oui, grâce à Photoshop, ce jeune père, qui a fait ses armes en tant que designer pour une compagnie de jouets, a fait de son petit bout de chou un monstre encore plus repoussant que le résultat de l'union contre-nature entre un Alien et un Predator – songez-y la prochaine fois que vous serez dans un Toys "R" Us, entouré par toutes ces poupées aux grands yeux.

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(© José Cardoso)

(© José Cardoso)

"Pourquoi ne peut-on s'empêcher de regarder les visages défigurés ?"

Mais au fond, y-a-t-il un but à ce projet photo ? D'après lui pas vraiment, mais il admet qu'il y a désormais de nombreuses théories à propos de la perte d'identité : que ce soit avec l'anonymat permis sur les réseaux sociaux, la retouche photo de plus en plus banale, la chirurgie plastique "qui sculpte ta tronche comme si c'était de la pâte à modeler". Ce n'est pas tout, d'autres questions l'intriguent :

"Pourquoi ne peut-on pas se rappeler d'un visage à 100 % après une seule rencontre ? Pourquoi ne peut-on s'empêcher de regarder les visages défigurés ?"

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(© José Cardoso)

(© José Cardoso)

José Cardoso n'est pas scientifique, ni chercheur, ni chirurgien (Dieu merci). Il n'est pas même certain de vouloir donner un début de réponse au pourquoi de ses étranges silhouettes vaguement humaines. Il observe son monde, c'est tout :

"Les gens sont obsédés par leur visage. Tout le monde aime Face Swap, l'appli qui échange les visages. Les gens aiment les selfies. Je crois que pour beaucoup d'entre eux, leur tête est leur carte de visite. En fait, en ce moment, je réalise pas mal de portraits vectoriels pour le boulot et je réalise que si certains les veulent, c'est pour les offrir à des amis ou des proches. Ce qui est certain, c'est qu'on peut faire des affaires avec les visages [rires]."

(© José Cardoso)

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Retrouvez l'amour de l'artiste pour l'humanité sur ses pages Tumblr et Behance.

Par Théo Chapuis, publié le 27/04/2016

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