À travers des montages créatifs, KanHee Kim réinvente ses errances urbaines

L’artiste sud-coréenne KangHee Kim photographie son quotidien et le modifie en postproduction pour se libérer des restrictions qui pèsent sur sa vie quotidienne.

KangHee Kim a pour interdiction de quitter les États-Unis à cause de son visa. Qu’à cela ne tienne, la jeune femme a décidé de trouver sa liberté en créant des images qu’elle modifie à sa façon. Sur son compte Instagram Tiny Cactus, elle partage les instantanés qu’elle prend à travers les rues new-yorkaises et qu’elle transforme par la suite, avec autant de précision et de doigté technique que d’humour, de créativité et d’esthétique.

Ses photographies représentent des détails de ses errances urbaines avec une touche de surréalisme. À la recherche des petites particularités du quotidien, qu’il s’agisse de compositions sortant de l’ordinaire ou de couleurs pastel ou électriques, elle compile ce qui touche son œil d’artiste. Pour le magazine i-D, KangHee Kim expliquait comment elle avait eu l’idée de manipuler ses images : "J’en avais marre d’attendre le moment le plus excitant à photographier", souligne-t-elle simplement. Intriguée par les processus de postproduction et la façon qu’a la photographie de mode d’effacer les défauts et de lisser ses images, elle a décidé en quelque sorte de prendre le contre-pied en conservant les imperfections de ses photographies et d’y ajouter très clairement des éléments extérieurs : "Les petites imperfections sont ce qui rend les gens attirants et humains".

C’est ainsi que la jeune femme d’origine sud-coréenne offre à ses presque 20 000 abonnés et à ceux qui suivent son travail des images surprenantes. On se retrouve à admirer des reflets étonnants à l’intérieur d’une flaque d’eau, un coucher de soleil derrière un mur en béton et des nuages nonchalamment posés le long d’un tronc d’arbre. Plus qu’une aventure graphique, c’est un acte personnel et quasi politique qu’effectue KangHee Kim. En effet, à cause des restrictions de son visa, l’artiste, arrivée aux États-Unis vers 14 ans, ne peut plus quitter le territoire :

"Manipuler des scènes permet de créer d’infinies possibilités libérées des limites et des contraintes de la vie réelle. Je ne peux pas voyager à cause des restrictions de mon visa. Je modifie et détruis même des scènes de mes photographies originales afin de créer un nouvel espace. Créer des images fictives ou surréalistes avec des photographies que je prends chaque jour me fait me sentir un peu plus libérée. Au lieu d’attendre des miracles, je crée les moments magiques de mon imagination avec mon expérience."

Les montages de KangHee Kim nous font reconsidérer les petites choses du quotidien et, surtout, le pouvoir créateur de notre imagination.

Par Lise Lanot, publié le 21/02/2018