Laura Bonnefous, une rencontre entre l'art et la mode

Laura Bonnefous est une photographe plasticienne. Son travail poétique et épuré s'inscrit à la frontière entre photographie de mode et art contemporain.

Dans un monde saturé par l'image et l'information, l'univers épuré de Laura Bonnefous se distingue immédiatement. Cette photographe plasticienne s'inspire des relations qu’entretient l'homme à l'espace pour créer des images poétiques faisant écho à l'art contemporain. Diplômée des Beaux-Arts de Paris et de l'école des Gobelins, elle a été lauréate du prix Picto de la jeune photographie de mode et de la Bourse du talent en 2015. Nous avons eu l'occasion de rencontrer cette figure montante de la photographie pour mieux comprendre son univers.

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© Laura Bonnefous

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Cheese | Peux-tu nous parler de ton parcours, comment as-tu découvert la photographie ?

Laura Bonnefous | J'ai d'abord été attirée par le milieu de l’art, c'est bien après que la photo est arrivée. Au début, j'étais vraiment intéressée par l'univers de l'art plastique en général. J'ai intégré les Beaux-Art de Paris à 18 ans et j'ai passé cinq années là-bas, c'était une super expérience. Mon travail était très axé sur le volume et l'installation, ce qui se ressent d’ailleurs dans mes photos aujourd'hui.

J’ai démarré mes expérimentations artistiques par la sculpture, je faisais des photos de formes durant mes voyages et je les réinterprétais en sculptant. La photographie me servait surtout de document et de carnet de recherche. Petit à petit, je me suis rendu compte que la photo prenait une place de plus en plus importante dans ma pratique. Durant un séjour d’échange universitaire à Los Angeles, j’ai vraiment fait beaucoup plus de photographies. Je me suis retrouvée dans des ateliers avec des artistes photographes vraiment très intéressants. C’est une fois diplômée des Beaux-Arts que j’ai voulu me spécialiser dans la photo, j'ai donc intégré l'école des Gobelins, à Paris, à 23 ans. C’est un basculement qui s’est vraiment fait petit à petit.

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© Laura Bonnefous

Quel est ton processus de création ? 

Souvent, ça part d'un petit élément. Par exemple pour la série Out of Line, j'avais envie de traiter le thème du vêtement, je suis donc allée récupérer tout un tas de choses en friperie. Tout d'abord, je prends des notes et pense mon idée dans l'espace. Je travaille mes compositions en croquis, je construis ma série petit à petit. C'est un travail de préparation très important, il faut que je m'occupe du studio, que je monte une équipe [maquilleur, styliste, modèle, ndlr], que je cherche des matériaux. Je peux passer de nombreuses heures à trouver le bon objet ou le bon outil, l'acte photographique vient dans un temps beaucoup plus lointain.

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Il y a effectivement la réalisation mais la photographie est seulement le médium qui sert à finaliser tout ça. Je ne suis pas du tout dans l'acte photographique comme peuvent l'être certains photographes qui emportent leur appareil partout pour saisir des instants. Je conçois une série comme, avant, je pouvais penser une installation, la photo est seulement un outil.

En revanche, je porte beaucoup d'attention au traitement de l'image. J’ai une vraie sensibilité à la couleur et je soigne la chromie de mes photos. Étant donné que j'aime tout construire au moment de la prise de vue, il n'y a pas trop de montage. L'étape de la retouche est avant tout un travail de couleur et d’ambiance.

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© Laura Bonnefous

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Tes séances photo semblent très organisées. Est-ce que tu fonctionnes parfois à l’improvisation ?

La plupart de mon travail est très organisé. Il est vrai que lorsque je photographie des paysages, il y a un peu plus d'improvisation, même si je connais les lieux et les lumières qui me plaisent. En revanche, quand je suis en studio, toute la série est préparée en amont et je sais le matin même tout ce que je vais faire durant la journée. Évidemment, ça évolue sur place, il y a toujours des choses qui ne fonctionnent pas comme je voudrais, je tente d'autres choses et ça marche encore mieux ! Il y a toujours une part d’improvisation.

Ton travail s’inscrit à la frontière entre l’art contemporain et la photo de mode. En as-tu conscience ? 

J'en suis totalement consciente et j’aime beaucoup être à la frontière, je trouve ça très intéressant. Je me confronte parfois à des gens qui souhaiteraient me mettre dans des cases. J'aime qu'on me pose la question mais, à mon sens, le sujet n'est pas vraiment là. Pour moi, ce n’est pas dévalorisant de dire que j’évoque la mode dans une photographie plasticienne, au contraire je trouve ça très intéressant de croiser les deux. J'aime me dire qu’un travail de commande pourrait être exposé ou, à l’inverse, qu’une série personnelle aurait pu faire l'objet d'une commande. Je traite de l’objet de manière générale, ce qui questionne en effet plusieurs univers.

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© Laura Bonnefous

Quelles sont tes inspirations principales ? 

La sculpture et l’installation m'inspirent énormément. J'aime beaucoup le travail d'Erwin Wurm, de Daniel Firman ou encore de Tatiana Trouvé. La mode aussi m'inspire, je m'y intéresse beaucoup plus qu'auparavant. Étant donné que j'interroge ce milieu-là, je le découvre de plus en plus. C’est un univers extrêmement riche avec des créateurs comme Jacquesmus ou encore Rei Kawakubo, de Comme des garçons. Je puise aussi dans la littérature, le travail de Georges Perec a aussi beaucoup d'importance pour moi. Cet auteur m'a d'ailleurs inspiré une série d'images qui est en préparation.

Pourquoi le blanc a-t-il une place aussi importante dans tes images ?
J'ai envie de créer un univers poétique, en dehors du réel. Je pars souvent du white cube [en muséographie, le white cube désigne l'espace blanc et épuré dans lequel les œuvres sont exposées ndlr], mes photographies sont assez minimalistes. J'essaie de construire des images à la fois douces et incisives. Je suis souvent dans des tons blancs ou pastel mais avec du contraste et des noirs assez intenses.

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© Laura Bonnefous

Tes modèles sont souvent atypiques, est-ce une volonté de t'éloigner des standards de beauté habituels ?

Je ne suis pas issue de la mode, donc à travers tous les personnages que je photographie, je ne suis pas à la recherche de canons de beauté. Je vais les chercher pour la couleur de leurs cheveux, leur visage... Si j’ai des personnages identiques qu’on voit déjà partout, ça ne va pas m’intéresser du tout, j’ai envie de travailler sur cette singularité. Malgré tout, ce n’est pas le sujet de mes images. Si je trouve ça intéressant, mon travail n'est pas une série de modèles atypiques. Ce n’est pas ce que je veux véhiculer.

Tes modèles ont souvent des expressions assez singulières, comment est-ce que tu les diriges ? 

Je leur demande quelque chose de très difficile pour quelqu’un qui doit être photographié, c'est-à-dire une certaine neutralité. Je veux qu'ils soient ailleurs, j’essaie de les faire sortir de leurs émotions. Je n'ai pas envie qu'ils soient trop souriants ou trop tristes. Je préfère qu’on remarque le vêtement, le cadre, la couleur, plus que l’expression du modèle. Je les dirige vraiment vers cette expression neutre, ce qui n’est pas si facile.

Les lignes semblent aussi être des figures récurrentes de ton travail, pourquoi ce choix ? 

C’est vraiment un souci de composition, j'ai une obsession pour les lignes des vêtements, les lignes des objets, des visages. J'utilise tout ça pour créer de nouvelles formes. Ma série Out of Line,  était un petit rappel à la mode. La ligne, c’est aussi une "ligne de vêtements", on est un peu en dehors de ça avec cette série.

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© Laura Bonnefous

Tu as récemment reçu plusieurs prix, qu'est-ce que cela représente pour toi ? 

Il y a eu le prix Picto de la jeune photographie de mode et la Bourse du talent, ce sont deux prix super. Pour le prix Picto, j’étais très contente de le remporter avec ma série Out of Line. J'ai utilisé le vêtement comme matériau de construction mais on n'est pas du tout dans une série de mode "traditionnelle", j’ai vraiment été très surprise que cela marche. Dans le jury, il y avait plein de personnalités qui font le milieu de la mode. Je trouve intéressant de donner cette vision-là, d’aller dans des positions différentes. C'était une très belle surprise et une belle visibilité.

Quels sont tes projets pour la suite ? 

Je pars en résidence à Majorque avec une artiste qui fait du dessin. On va travailler sur un projet qui va mélanger dessin, photographie et performance. Pour une fois, on va se mettre en scène nous-mêmes. Il y a des séries personnelles sur lesquelles je travaille et des projets de commande en préparation !

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© Laura Bonnefous

Vous pouvez retrouver le travail de Laura Bonnefous sur son site personnel

Par Lisa Miquet, publié le 03/08/2016

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