Le réalisateur Wim Wenders a documenté ses films et sa vie avec des milliers de Polaroid

Jusqu’au 23 septembre, le réalisateur Wim Wenders, figure du nouveau cinéma allemand dans les années 1960 et 1970, à qui nous devons Paris, Texas, Pina ou encore Les Ailes du désir, présente plus de 200 Polaroid dans le cadre d’une exposition à Berlin.

Selfportrait, 1975. (© Wim Wenders)

La passion qu’a Wim Wenders pour l’image remonte à longtemps avant sa carrière de cinéaste. Dès ses 6 ans, il prend des photos pour assouvir son désir irrésistible de créer des images et des mises en scène, avec le Leica que son père lui a offert. Il ne quittera jamais son appareil photo et ses nombreuses images resteront un long moment dans le domaine privé. Au début de sa carrière de cinéaste, il prend l’habitude de prendre des photos des lieux qu’il envisage pour le tournage, des acteurs et des actrices, afin de donner un ton au film.

Pour le tournage de Paris, Texas, Wenders se lance dans un voyage de trois mois et sillonne la côte ouest pour s’imprégner de l’atmosphère qu’il voulait pour son film : "Je n’avais jamais tourné dans ces paysages et j’espérais ainsi aiguiser ma capacité de compréhension et ma sensibilité envers cette lumière et ces paysages à travers la photographie", explique-t-il dans un entretien avec Alain Bergala, pour son expo de 1994 au Palau dels Scala de Valence. Il se rend vite compte que la photographie l’aide à préparer ses films, à appréhender la lumière de ses mises en scène et à faire un véritable travail de recherche.

Ce n’est qu’en 1993 qu’il ose publier ses images restées dans ses tiroirs jusque-là, dans un ouvrage intitulé Einmal5 dans lequel il met en regard ses photos de voyages à des textes qu’il a écrits, commençant tous par "Une fois…". En filigrane de ses photos réalisées au Leica ou au Plaubel, il a pu prendre un bon nombre de photographies au Polaroid, qui fait partie intégrante de son quotidien. Au total, il a aujourd’hui en sa possession une archive composée de milliers de photos. C’est une manière pour lui de documenter les différentes étapes de sa vie et de s’adonner à diverses expérimentations artistiques.

Plus de 200 Polaroid exposés à Berlin

Tokyo, 1977. (© Wim Wenders/C/O Berlin)

Le musée C/O Berlin a décidé de mettre à l’honneur, jusqu’au 23 septembre prochain, quelque 240 Polaroid du réalisateur et photographe allemand, pris dans les années 1970 et 1980 et sélectionnés avec soin par les deux curateurs Felix Hoffmann et Anna Duque. Ses Polaroid lui servaient d’inspiration visuelle pour penser l’esthétique de ses films et la psychologie de ses personnages.

Outre le fait de documenter son quotidien, ces images instantanées sont aussi un moyen de figer les coulisses de ses tournages en Europe, au Japon ou aux États-Unis, dans tout ce que l’époque permet de plus spontané, de libre et de sauvage. Elles donnent à voir également de proches amis du cinéaste comme les photographes Annie Leibovitz et Robby Müller, l’écrivain Peter Handke ou encore l’artiste Dennis Hopper.

L’exposition "Instant Stories. Wim Wenders", organisée en partenariat avec la Wim Wenders Foundation et la Photographers’ Gallery de Londres, met en exergue le lien étroit entre photographie, littérature et cinéma, un lien que Wim Wenders cultivait dans ses films. Le musée permet aussi de voir des extraits de scènes où l’appareil photo fait partie du récit.

© Wim Wenders, Alice dans les villes

Dennis Hopper, Hamburg, 1976. (© Wim Wenders / courtesy Deutsches Filminstitut, Frankfurt a.M.)

"Instant Stories. Wim Wenders", exposition au musée C/O Berlin, jusqu’au 23 septembre 2018.

Par Donnia Ghezlane-Lala, publié le 11/09/2018