L'histoire de l'impressionnante photo d'un manifestant arrêté par les CRS à Paris

Rencontre avec le photographe qui a pris ce cliché iconique.

© Jan Schmidt-Whitley/Agence Ciric

© Jan Schmidt-Whitley/Agence Ciric

Le 19 mai 2016, Jan Schmidt-Whitley se trouve place d'Italie, à Paris. Comme chaque semaine depuis le début du printemps, il photographie la mobilisation contre le projet de loi Travail. Clic, clic, clic, il enchaîne les clichés, jusqu'à prendre celui-ci, qui devient viral sur les réseaux sociaux.

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Un homme, à terre, est interpellé par des CRS. Sans visage, les muscles du dos tendus, il se débat face à une dizaine d'hommes en uniforme, dont les expressions faciales sont, elles, aussi diverses qu'intenses. Un cliché magnifique, que son auteur, Jan Schmidt-Whitley, de l'agence Ciric, analyse pour Konbini.

Dans quel contexte avez-vous pris cette photo ?

C'était à la fin de la manifestation contre la loi El Khomri. Le gros des opposants était parti, il restait un groupe sur la place et des CRS. À un moment, un groupe de policiers s'est précipité sur cet homme, pour l'interpeller. Il était seul, calme, en train de regarder ce qui se passait derrière un groupe de personnes restées mobilisées.

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La police venait juste de lancer une grenade de "désencerclement". Elle a été mal lancée et est retombée tout près ; d'ailleurs on peut voir de la fumée à droite sur la photo. A priori, les policiers l'ont volontairement ciblé, lui, alors qu'il ne faisait rien de précis à ce moment-là. Mais peut-être avait-il commis des acte auparavant qui justifiaient son arrestation.

La scène a l'air très violente, sur la photo. Était-ce le cas, selon vous ?

Pas spécialement, malheureusement. On s'habitue peut-être à la violence, mais cette scène ne m'a pas semblé plus violente que d'autres interpellations auxquelles j'ai pu assister. Après, j'ai l'impression que cette interpellation s'est mal passée. Ils ont dû traîner l'homme sur plusieurs mètres pour le maîtriser. Tout cela s'est fait dans la précipitation, et pas comme ils le voulaient.

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La composition de l'image a quelque chose de presque religieux, par son dolorisme. Vous en avez eu conscience, en appuyant sur le bouton ?

En général, on se rend compte de ce genre de choses après coup. Tout est allé si vite... Après coup, c'est vrai, j'ai remarqué une certaine singularité esthétiquement. Peut-être qu'à la longue, des automatismes se mettent en place, mais sur le moment on n'en a pas conscience.

En termes de composition, je ne vois rien de mieux que les tableaux classiques des grands maîtres italiens. Si c'est à cela que vous pensez, la comparaison est flatteuse ! Mais peut-être un peu trop gentille. Je me souviens d'une superbe image de Serguey Ponomarev, de réfugiés qui arrivent en Grèce. Là, c'est une photo vraiment magnifique en termes de composition, elle dit tant de choses. C'est vraiment très fort.

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En fait, j'ai surtout essayé de documenter l'événement : capturer une interpellation. C'est une facette de la manifestation, il y en a d'autres, puisque dans mon reportage j'ai cherché à montrer plusieurs facettes de la journée.

Avez-vous des nouvelles de l'homme arrêté?

Non, je ne sais pas qui c'est et je n'ai pas tenté d'entrer en contact avec lui. Tout ce que je sais, c'est qu'il a été embarqué.

Peut-on en savoir un peu plus sur vous ?

Je suis photographe professionnel depuis quelques années, avant j'étais dans le développement international. J'ai commencé à suivre les manifestations anti-loi Travail très tôt, puis Nuit debout, les occupations d'institutions culturelles comme le théâtre de l'Odéon ou la Comédie-Française.

Avant de m'intéresser à ce mouvement social, j'avais fait quelques reportages à l'étranger, en Turquie notamment. Mais pour l'instant, je me concentre vraiment sur la contestation sociale. Je pense aller photographier des raffineries bloquées, ou d'autres point névralgiques de la contestation, dans les prochains jours.

Par Ariane Nicolas, publié le 25/05/2016

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