Avec "Out", Maciek Nabrdalik dresse un portrait de la communauté LGBTQ+ en Pologne

À travers un recueil d’images et de témoignages, Maciek Nabrdalik aborde la question de l’homosexualité et de la transidentité dans un pays conservateur comme la Pologne.

© Maciek Nabrdalik

Alors qu’il y a quelques années, la Pologne était connue pour son conservatisme catholique particulièrement prégnant autour de l’homosexualité et des questions de genre, il semblerait que depuis son adhésion à l’Union européenne, les esprits se soient progressivement ouverts et les mœurs libérées : en 2004, les défilés pour les droits des homosexuels étaient interdits à Varsovie, et le sujet était particulièrement tabou. À présent, il semblerait que la communauté LGBTQ+ soit plus largement acceptée.

C’est en tout cas le constat que fait le photographe Maciek Nabrdalik – dont le travail a été exposé à travers le monde et publié dans de nombreux titres de presse comme le New York Times ou encore Newsweek – en nous emmenant à la rencontre de cette communauté. En effet, pour son ouvrage nommé Out, il est allé à la rencontre de personnes LGBTQ+ dans toute la Pologne : des écrivains, des artistes mais aussi des personnes aux métiers plus traditionnels. En préface de son livre, l’auteur écrit :

"J’ai parcouru la Pologne pour documenter les marches des fiertés, les ateliers, les concours de beauté transgenres, les clubs, et ma première impression a été très positive. […] Avec les interviews que j’ai faites pour le livre, c’est un portrait de la Pologne dans toute sa complexité que j’ai pu voir à travers leurs yeux. Il ne s’agit pas seulement d’eux, mais de nous tous."

Plutôt que de réaliser des portraits relativement classiques, Nabrdalik a décidé d’adopter un parti pris graphique différent. Il s’est donc inspiré des photographies d’identité, documents officiels qui attestent de la citoyenneté, mais a décidé de faire varier la lumière et de jouer sur les ombres en fonction de l’aisance que peuvent avoir les personnes au regard de leur coming out, de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Les individus n’ayant pas encore annoncé leur homosexualité ou leur "queeritude" au grand jour peuvent donc participer au projet tout en préservant leur anonymat.

Au fil des pages, on découvre alors un pêle-mêle d’histoires et de témoignages différents. Un projet important et nécessaire, à l’heure où, même en France, le mouvement La Manif pour tous arrive encore à attirer les foules.

Nom non divulgué. "Si vous êtes gay, vous n’avez pas besoin de vous changer vous-même ou votre image, mais si vous êtes trans, vous devez changer physiquement et le processus d’acceptation est totalement différent." (© Maciek Nabrdalik)

Nom non divulgué. "Pendant que j’étais encore marié, je portais des leggings sous mon pantalon. Elle aurait pu se douter de quelque chose, mais je ne lui ai jamais rien dit, elle est très conservatrice." (© Maciek Nabrdalik)

Nom non divulgué. "Maintenant, je suis un gars ordinaire, il me faut trois jours pour me faire pousser des poils sur le visage. Je travaille dans un entrepôt parmi les hommes ; là-bas, je ne suis pas manifestement transgenre." (© Maciek Nabrdalik)

© Maciek Nabrdalik

Anna Dziebowska. "Je déteste le réveillon de Noël, quand il y a plus de vingt personnes chez ma grand-mère, à table. Il y a toujours quelqu’un qui utilise le mot 'homo' ou raconte une blague homophobe : je réagis, j’explique et je me fâche parce que je suis activiste." (© Maciek Nabrdalik)

© Maciek Nabrdalik

© Maciek Nabrdalik

© Maciek Nabrdalik

© Maciek Nabrdalik

Roma Ciesla : "Je m’entends bien avec les autres personnes LGBTQ. Un de mes amis gays, un Allemand qui vit maintenant de façon permanente en Pologne, m’a dit un jour : 'Mon pays, ma communauté, n’est ni la Pologne, ni Varsovie, ni l’Allemagne, ni l’Europe. C’est la communauté internationale LGBTQ, car avec eux je peux être moi-même.' Je ressens la même chose." (© Maciek Nabrdalik)

Robert Biedron, activiste et maire de Slupsk. "J’ai mené de nombreuses batailles avec des personnes qui prétendaient que les personnes transgenres devraient être exclues des marches des fiertés parce qu’elles 'gâcheraient notre image', mais je savais que si nous ne les laissions pas entrer, quelqu’un d’autre pourrait dire : ne laissez pas Biedron entrer parce qu’il a l’air différent." (© Maciek Nabrdalik)

Out – LGBTQ Poland, par Maciek Nabrdalik, disponible aux éditions The New Press.

Par Lisa Miquet, publié le 14/12/2017