La majesté des grands-mères plongeuses coréennes à travers une série photo

À soixante ans et plus, ces coréennes continuent de plonger en apnée. Elles sont les dernières gardiennes d'une tradition sur le point de disparaître.

La plupart des grands-mères cuisinent, jardinent, promènent leur chien ou vont à la piscine faire quelques longueurs. Mais près de l’île de Jeju en Corée du Sud, les Haenyeo — ou femmes de la mer — continuent de pêcher au fond de l’océan, sans bouteille d’oxygène ni tuba. Une technique qu’elles ont commencé à apprendre à l'âge de onze ans.

Les Haenyeo sont de véritables symboles de la société matriarcale qui domine sur Jeju. Chaque matin, elles attachent des poids à leur combinaison de plongée pour explorer les profondeurs, allant parfois jusqu’à 10 mètres. Elles retiennent alors leur respiration pendant une dizaine de minutes pour trouver des poissons, des fruits de mer et des crustacés.

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Une série de portraits publiée par le journal The Guardian les montre en tenue de plongée, droites et fières du haut de leurs soixante ans et plus.

Oh Bonghee Photograph: Hyung S Kim

Oh Bonghee (© Hyung S. Kim)

La tradition des Haenyeo remonte au 17e siècle, époque où les hommes de la communauté partaient sur des navires de guerre. Les femmes ont alors remplacé leurs époux envoyés au combat, durant les deux guerres mondiales. Mais si les soldats européens et américains ont repris leur place une fois la guerre terminée, c’est l’inverse qui s'est produit sur Mara Island, île située à moins de dix kilomètres de Jeju.

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Ce sont les hommes qui ont pris en charge les enfants et le foyer, tandis que les femmes ont continué à plonger pour nourrir la famille. Cette approche est entrée en conflit avec la philosophie de Confucius, appliquée dans la culture coréenne, pour laquelle les femmes sont inférieures et doivent s'occuper du ménage. Ce qui n’a pas empêché la pratiquer de perdurer, malgré les tentatives des administrateurs de Séoul d’y mettre fin.

Kang Sunok Photograph: Hyung S Kim

Kang Sunok (© Hyung S. Kim)

Dans les années 1970, la demande en fruits de mer et en poissons explose au Japon. L’exportation enrichit alors les Haenyeo : elles en profitent pour améliorer le niveau de vie de la communauté, construire de nouvelles maisons… Elles envoient également leurs filles à l’université, qui s’orienteront alors vers d’autres carrières, abandonnant la tradition ancestrale.

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Au début des années 1960, un peu plus de 20 % des femmes de l’île étaient encore des plongeuses et elles fournissaient 60 % des revenus dans la poissonnerie. Depuis, le nombre de Haenyeo a beaucoup diminué. De 30 000 en 1950, elles sont passées à 5 650 en 2003. À ce moment-là, 85 % d’entre elles étaient déjà âgées d’au moins cinquante ans. Leur disparition risque fort de mettre fin à la culture matriarcale qui a dominé pendant des siècles, à leur grand regret.

Le documentaire Haenyeo : Les femmes de la mer, sorti en 2013 et réalisé par Kevin Sawicki, Alex Igidbashian et Daye Jeon, suit les exploits de Chuwar Park, une plongeuse dynamique de 82 ans.

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Hyun Okran Photograph: Hyung S Kim

Hyun Okran (© Hyung S. Kim)

La Jinok Photograph: Hyung S Kim

La Jinok (© Hyung S. Kim)

Jung Soonok Photograph: Hyung S Kim

Jung Soonok (© Hyung S. Kim)

Ko Jungsoon Photograph: Hyung S Kim

Ko Jungsoon (© Hyung S. Kim)

Kim Sanok Photograph: Hyung S Kim

Kim Sanok (© Hyung S. Kim)

Ko Wallja Photograph: Hyung S Kim

Ko Wallja (© Hyung S. Kim)

Yun Chunkum Photograph: Hyung S Kim

Yun Chunkum (© Hyung S. Kim)

Yang Chunja Photograph: Hyung S Kim

Yang Chunja (© Hyung S. Kim)

Park Chuwall Photograph: Hyung S Kim

Park Chuwall (© Hyung S. Kim)

Sung Yongja Photograph: Hyung S Kim

Sung Yongja (© Hyung S. Kim)

Traduit de l'anglais par Sophie Janinet.

Par Kate Lismore, publié le 17/10/2016

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