Maria Mavropoulou offre une vision embrumée de la crise grecque

Maria Mavropoulou se réapproprie le sujet de la crise grecque dans une série de photos envoûtantes, entre brouillard mélancolique et fumée inquiétante.

© Maria Mavropoulou

© Maria Mavropoulou

Une pâleur poussée à l’extrême sur chaque photo : on devine à peine le paysage ou l’objet capturé par Maria Mavropoulou. L’oxymore "obscure clarté" de Corneille trouve parfaite illustration avec cette série de photos intitulée Inner State. Nourrie par ses études de sculpture et de peinture aux Beaux-Arts d'Athènes, la jeune photographe adopte une vision qui donne matière à un phénomène pourtant difforme : celui de la crise économique et sociale qui affecte son pays. Ce brouillard qui s'étale sur chaque photo donne naissance à une ambiguïté latente.

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Entre sensation de sérénité lumineuse et fumée inquiétante

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Maria Mavropoulou aime jouer sur l’incertitude et la polysémie d'une image. Pour elle, on peut par exemple voir dans ses clichés une vague de sable portée par le vent, une simple brume matinale ou bien l’encombrante fumée des bombes lacrymogènes. La crise et ses dommages collatéraux en Grèce rendent l’hypothèse du gaz lacrymogène tout aussi probable que celle du sable ou encore du matin brouillé.

Maria présente son travail en citant le philosophe italien Antonio Gramsci : "La crise consiste justement dans le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne, on observe les phénomènes morbides les plus variés." On retrouve en effet, dans Inner State, une sorte de suspension dans le temps, une éclipse entre les ruines du passé et l’avenir figé dans le brouillard.

Des paysages comme suspendus à leur destin nébuleux

Cimetières, drapeaux déchirés, autoroutes désertées, champs de panneaux solaires et autres constructions abandonnées sont pour elle des symboles de cette éclipse que constitue la crise. Elle dit d’ailleurs que les paysages grecs ont adopté ces dernières années un "look bizarre", comme s'ils étaient enveloppés par la nébuleuse de leur sort incertain. Un flou qui enrobe aussi bien les vestiges d’une époque glorieuse (marbre, statues et colonnes antiques) que les "néo-ruines" des élans échoués de la modernisation.

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À travers Inner State, Maria Mavropoulou livre un état des lieux de la santé économique et sociale fragilisée de son pays, avec un regard à la fois inquiet et désabusé qui laisse place aux mirages. En 2014, elle a rejoint le collectif de photographes Depression Era, qui se penche sur la question des transformations économiques et sociales que subit la Grèce. Ils créent une mosaïque de séries photographiques qui permet d’envisager le phénomène de crise avec un regard multiple, mais aussi particulier, car en dissonance avec les images médiatiques habituelles. Et c’est également pour eux une façon de constituer petit à petit une sorte de fonds d'archive de cette période douloureuse.

Pour autant, la vision de Maria n’est pas sinistre. La situation qu’elle décrit est inquiétante, ce brouillard oscille entre légèreté et incertitude, mais il laisse aussi la possibilité d’y voir un avenir radieux qui tarde à venir.

© Maria Mavropoulou

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© Maria Mavropoulou

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© Maria Mavropoulou

© Maria Mavropoulou

© Maria Mavropoulou

© Maria Mavropoulou

Les photos de Inner State ainsi que ses autres séries sont à retrouver sur son site

Pour les Londoniens, le travail de Maria Mavropoulou est exposé à Londres jusqu’au 30 avril, au WHITELIGHT Showcase.

Par Joséphine Faisant, publié le 25/04/2017

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