Quand des jeunes de la génération Y confient leurs regrets pour une émouvante série photo

La série de photos "Les regrets des jeunes dans la vingtaine" donne un aperçu des déceptions et des peines de la génération Y. 

Brianne Larissa Charon étudie la photographie à la Western Michigan University, aux États-Unis. Sa dernière série de photos, "Les regrets des jeunes dans la vingtaine", donne un aperçu des souffrances psychologiques de la génération Y.

L’idée lui est venue il y a deux ans, même si elle s’est surtout inspirée d'un regret personnel concernant la mort de son père, il y a neuf ans. "Il y a eu un incident avec mon père et j’ai refoulé beaucoup d’émotions que je ne pouvais pas exprimer jusqu'à aujourd’hui", nous a-t-elle expliqué.

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Une fois son idée précisée, Brianne Larissa Charon a lancé un appel ouvert pour trouver des modèles sans vraiment expliquer le but de sa série. Elle a simplement demandé aux participants d’apporter un objet qui a une signification particulière pour eux. Le projet s'est étalé sur six mois et il a beaucoup bouleversé la photographe.

"Je devais me retirer et rester seule la plupart des jours pour me reprendre. Ce n’était pas facile d’écouter ce que j’entendais pendant les shootings. Je ne pouvais pas réagir, c’était important pour moi de rester silencieuse pendant toute la séance et de laisser les sujets parler."

Brianne Larissa Charon a elle-même participé au projet et elle s'est ainsi rendu compte à quel point c’était difficile de partager des regrets personnels avec des inconnus. Une fois le projet révélé au grand public, la photographe a reçu des messages de personnes lui expliquant que ses photos les avaient aidées à arrêter de prendre certaines choses pour acquises et à essayer de devenir meilleurs.

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Découvrez quelques-unes de ces histoires ci-dessous :

"Je me sens coupable parce que si j’avais suivi mon instinct peut-être qu’il serait encore vivant"

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© Brianne Charon

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"À l’âge de 16 ans, je ne savais pas ce qu’était un éloge funèbre. Je ne réalisais pas que les gens de mon entourage pouvaient un jour disparaître. J’ai toujours été proche de mon père, donc c’était dur pour moi d’encaisser l’idée qu’il était parti.

La nuit où ça s’est passé, il était dans le salon en train de regarder le film Shooter, tireur d’élite. J’étais dans une pièce à côté. C’était étrange parce que j’ai eu la conviction profonde que je devrais aller dans l’autre pièce, où il était, mais je ne l’ai pas fait.

Je me sens coupable parce que si j’avais suivi mon instinct, peut-être qu’il serait encore vivant. La seule chose qu’il a laissée derrière lui, c’était un toast. Chaque fois que quelqu’un crame un toast, ça me fait penser aux choses les plus simples qu’on prend pour acquises."

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"J’ai essayé de me suicider à trois reprises cette année-là. Je ne pouvais tout simplement pas vivre avec mes pensées"

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© Brianne Charon

"La fille que j’ai aimée pendant cinq ans m’a quitté sans aucune raison. J'ai un peu perdu les pédales et je suis rapidement devenu cette personne complètement paumée. J’ai tout essayé pour l’oublier, mais comment oublier quelqu’un qui avait une place tellement importante dans ma vie ? C’était quelque chose que je ne pouvais pas réparer, elle était partie et c’était tout.

J’ai essayé de me suicider à trois reprises cette année-là. Je ne pouvais tout simplement pas vivre avec mes pensées. J’ai fini par tomber très malade, mais je ne suis pas une victime. J’ai mérité tout ce que j’ai eu, c’était auto-infligé.

Je ne regrette pas ce qui s’est passé parce que c’est pour cette raison que je suis qui je suis aujourd’hui, mais je suis gêné d’avoir blessé tant de personnes en me comportant ainsi. Je porte cet objet avec moi partout où je vais pour me rappeler d'où je reviens. Ça représente le carrefour de ma vie."

"Je n’ai jamais eu l’occasion de lui dire à quel point je tenais à elle, à quel point sa vie a influencé le chemin que j'ai pris"

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© Brianne Charon

"Je n’ai jamais été aussi proche de ma mère que je l'aurais souhaité. J’étais jalouse de ma colocataire qui était bien plus proche d’elle que moi. Je regrette de ne pas avoir pris l’initiative de passer plus de temps avec elle.

Elle est morte en septembre 2014 en raison d'un rare cancer de l’utérus. Je travaillais sur l’île Mackinac [dans le Michigan, ndlr] et je n'ai pas pris la peine de revenir à la maison ; je pensais qu’elle s'en sortirait mais ce ne fut pas le cas. Elle était la plus grande source d’inspiration de ma vie et la raison pour laquelle je suis tombée amoureuse de la performance théâtrale. Je n’ai jamais eu l’occasion de lui dire à quel point je tenais à elle, à quel point sa vie a influencé le chemin que j'ai pris."

"J’étais égoïste dans le sens où je pensais que ma vie était trop importante pour prendre le temps de rappeler"

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© Brianne Charon

"Il y a six ans, j’ai reçu un appel de ma grand-mère, mais j’étais trop occupée ce jour-là pour la rappeler. J’étais tellement prise dans la routine. J’étais égoïste dans le sens où je pensais que ma vie était trop importante pour prendre le temps de rappeler.

Mon frère et moi, nous avons reçu un appel le lendemain matin qui nous a appris qu’elle était morte dans son sommeil. Je pense très souvent à ce jour-là."

"À partir du jour où je lui ai dit, il ne m’a plus jamais regardé de la même manière"

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© Brianne Charon

"Pendant des années, j’échouais dans environ un quart des matières, mais je ne pensais pas que j’avais un problème. Je pensais qu’il fallait simplement que je m’adapte à ma vie d’étudiant.

Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’on me dise que je souffrais d’un trouble anxieux généralisé. La plupart des gens ne savent pas qu’ils ont cette maladie et pensent que c’est simplement du stress. Après le diagnostic, les gens ont commencé à me traiter différemment.

Mon père m’a demandé de lui dire ce qui n’allait pas chez moi. À partir du jour où je lui ai dit, il ne m’a plus jamais regardé de la même manière. Il pense que j’inventé ma maladie, et nie son existence. Cette personne que j’ai toujours admirée toute ma vie a honte d’avoir un fils qui a un problème. En un sens, je regrette de l’avoir dit à mon père."

"Elle me demandait de faire des choses très simples et je me disputais avec elle à chaque fois"

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© Brianne Charon

"Elle est morte il y a cinq ans. Mes parents n’étaient pas souvent présents parce qu’ils étaient occupés, donc ma grand-mère a pris soin de moi la plupart du temps. Elle me demandait de faire des choses très simples et je me disputais avec elle à chaque fois.

À chaque fois que je m'attirais des gros ennuis, elle criait mon nom entier :  'Phan Dand Thien Ha, viens ici !'. Je pense que c’est ce qui me manque le plus. Ça, et sa cuisine."

"J’ai gâché trois ans de ma vie à courir après un rêve qui n’était pas le mien"

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© Brianne Charon

Depuis ma naissance, mes parents étaient persuadés que je deviendrai médecin. J’ai gâché trois ans de ma vie à courir après un rêve qui n’était pas le mien. J’ai toujours laissé mes parents me forcer à aller dans une certaine direction et je n’ai jamais rien dit.

Tout enfant veut que ses parents soient fiers de lui et je ne pouvais tout simplement pas dire non. Je ne leur ai pas dit que j’avais changé de matière et je me sens coupable de leur mentir constamment."

Traduit de l’anglais par Hélaine Lefrançois

Par Justina Bakutyte, publié le 02/05/2016

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