À la redécouverte de la Syrie des années 1950 grâce à des photos retrouvées

Une photographe russe a exhumé des photos de Syriens dans les années 1950, qu’elle a publiées dans un projet d’archives intitulé On The Street Called Straight afin de se rappeler à quoi ressemblait le pays – et de remettre les pendules à l’heure. 

Du swing dans le Damas des années 1960, Mesmar Studio.

Du swing dans le Damas des années 1960, Mesmar Studio. (Auteur inconnu pour toutes les photos suivantes)

Avant d’être ravagée par les conflits armés, les bombes, le gaz, la menace terroriste, les atrocités de la guerre et les régimes dictatoriaux, la Syrie fut un pays où l’on a vécu en paix. Un pays dans lequel on dansait, on riait, on fumait des cigarettes en terrasse, on priait et on photographiait même ces beaux moments, non pas pour documenter une partie monstrueuse de l’histoire, mais tout simplement pour se remémorer une belle soirée ou son enfance.

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En 2017, à l’heure où l’on ne connaît plus de la Syrie que des images d’épouvante, de villes détruites, de cadavres et de décombres, retrouver des images du pays à une heure plus joyeuse provoque un certain choc. D’où la surprise de la photographe russe Xenia Nikolskaya lorsqu’elle tombe, il y a quelques mois, sur la photo d’une famille syrienne dans les années 1950, via le post d’un ami sur Facebook. Le site L’Œil de la photographie explique que, devant cette "Syrie grandiloquente", elle décide de mener l’enquête. Investigation à l’issue de laquelle elle retrouve l’échoppe dont provient la photo, un "boui-boui de la rue principale de Damas", qui s’appelle "la rue Droite" (Al-Shāri‘ al-Mustaqīm, en arabe).

Grâce au financement du musée archéologique des Pays Méditerranéens et du Proche-Orient de Stockholm, Xenia Nikolskava s’est rendue à Damas, ville assiégée et profondément meurtrie, avec un but en tête : retrouver la boutique qui allait fournir les images d’une cité apaisée. D’ailleurs, l’artiste compare ses trouvailles à un travail symbolique d’archéologue et déclare : "Ce sont des couches multiples de présence humaine".

Ne pas oublier le passé pour vivre le présent

Xenia Nikolskava a sélectionné quatre séries de photos qui couvrent trois décennies, des années 1950 aux années 1980. L’Œil de la photographie a publié des photos relatives à deux individus différents. La première s’intéresse à Adel Bassem, un pompier et coach sportif, seul ou accompagné de ses amis, qui pose avec ce charme si distinct des acteurs de l’époque. Le reste des photos est centré autour de Marie-Rose Krikorian (sûrement d’origine arménienne) et de sa famille. Au restaurant avec des amis, dansant en couple ou exhibant son dernier brushing devant l’objectif, Marie-Rose semble mener une vie agréable et plutôt fastueuse.

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En présentant ces personnes et leur quotidien d’alors, Nikolskava rend presque familiers de parfaits inconnus à travers lesquels elle délivre un message politique et social, puisqu’elle souhaite bouleverser les préjugés que peuvent avoir certains habitants à l’égard de ces Syriens qui ont été obligés de quitter leur beau pays ravagé par la guerre :

"C’est assez ironique si on met cela dans le contexte de l’histoire européenne actuelle avec les réfugiés. Cette archive peut permettre aux Européens de comprendre à qui ils ont affaire. Le niveau d’ignorance est si élevé qu’ils sont étonnés de voir des Syriens bien habillés, comme s’il n’y avait que des hommes en loques et des femmes voilées. Il y a un cliché très enraciné que j’aimerais ébranler avec ce projet."

Marie-Rose Krikorian (à gauche) au restaurant avec des amis au Liban, vers 1959 ?

Marie-Rose Krikorian (à gauche) au restaurant avec des amis au Liban, vers 1959.

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Lorsque l’on demande à Charles de nous parler de son pays natal dans les années 1950, au lendemain de son indépendance (lui qui est né et a été élevé en Syrie avant de partir pour la France, non sans effectuer de fréquents allers-retours entre les deux pays), il nous raconte qu’à ce moment, la Syrie, bien que connaissant de nombreuses instabilités et souffrant des conflits avec Israël, demeurait une terre riche de ses paysages somptueux, de ses terres, de sa culture et de son ouverture sur le monde.

Si, après 1945, le régime se cherchait (entre volonté d’islamisation, de laïcisation ou de panarabisation du pays), le pays rayonnait par sa culture, sa liberté et même par l’élégance et la beauté de ses habitants, en particulier les Syriennes. Les feuilletons syriens et leurs actrices ont d’ailleurs longtemps été considérés comme le top de la télévision et de la beauté à travers le monde arabe. C’est sans doute pourquoi Marie-Rose et Adel nous rappellent, par leur prestance, les grands acteurs de ces années-là.

Ce rassemblement d’images mené par Xenia Nikolskava, que l’artiste veut collaboratif, permet de remettre en perspective certains rapports de force établis et d’espérer un jour voir le retour du faste et de la paix des années passées en Syrie.

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Un des fils de Marie-Rose Krikorian.

Un des fils de Marie-Rose Krikorian.

Marie-Rose et Marie-Thérèse, Damas, le 18 juillet 1965.

Marie-Rose et Marie-Thérèse, Damas, le 18 juillet 1965.

Marie-Rose Krikorian au restaurant avec des amis, le 26 mars 1955.

Marie-Rose Krikorian au restaurant avec des amis, le 26 mars 1955.

Marie-Rose Krikorian donne le bain à son fils, entre 1943 et 1945.

Marie-Rose Krikorian donne le bain à son fils, entre 1943 et 1945.

Marie-Rose Krikorian avec ses deux fils, l'un des deux se prénomment Sami.

Marie-Rose Krikorian avec ses deux fils, l’un des deux se prénomme Sami.

Photo du mari de Marie-Rose Krikorian, prise de son passeport.

Photo du mari de Marie-Rose Krikorian, prise de son passeport.

Le dos du passeport du mari de Marie-Rose Krikorian.

Le dos du passeport du mari de Marie-Rose Krikorian.

Adel Bassem, pompier et athlète, avec des amis.

Adel Bassem, pompier et athlète, avec des amis.

Adel Bassem, pompier et athlète.

Adel Bassem, pompier et athlète.

Adel Bassem en tenue de sport.

Adel Bassem en tenue de sport.

Adel Bassem en uniforme de pompier.

Adel Bassem en uniforme de pompier.

Par Lise Lanot, publié le 12/05/2017

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