Rencontre : French Fred nous parle de culture skate et de photographie

French Fred photographie les skaters depuis 1994. Rencontre avec ce pionnier de la culture skate française, qui s'apprête à sortir son premier livre photo.

Fred Mortagne, plus connu sous le pseudonyme de French Fred, est un photographe et réalisateur originaire de Lyon. Après avoir découvert le skate à l'âge de 8 ans, il rencontre durant son adolescence l'univers de la vidéo. Depuis ce jour, l'artiste immortalise les skaters que ce soit en photo ou en vidéo, pour lui ou pour des marques. Contrairement aux nombreux photographes qui se focalisent sur la performance, Fred décide de capturer l'univers des skaters : l'esthétique de la discipline, mais aussi le rapport qu'entretiennent les skaters à leur environnement et même la liberté qu'il en émane.

Ses photographies en noir et blanc aux compositions léchées possèdent une esthétique singulière. Après avoir immortalisé cet univers durant plus de quinze ans, le photographe sort pour la première fois un livre qui retrace toute sa carrière. Un ouvrage qui mêle amour de l'image et culture skate, dont il nous parle avec passion.

Publicité

sammy_winter_switch_flip_reflections

© French Fred

Cheese | Comment est-ce que tu as commencé la photographie ?

Fred Mortagne | Tout d'abord, mon rapport à l'image s'est développé avec la vidéo. Quand j'étais ado, j'étais totalement fan de vidéos de skate. C'était une autre époque, les vidéos venaient toutes des États-Unis et il fallait attendre deux ou trois mois pour qu'une nouvelle vidéo sorte. La première vidéo de skate que j'ai vue m'a énormément marqué. C'était comme si j'avais pris de la drogue. Après, je suis allé skater et ça m'avait donné une énergie de dingue. Ce moment a eu un très gros impact sur moi. Durant cette période, il n'y avait personne en Europe qui faisait ça, donc je me suis lancé à fond là-dedans et j'ai été le premier.

Publicité

La photo est arrivée bien après, en 2001 environ. Je suis venu assez naturellement à la photo, parce que ce medium me permettait d'isoler des instants. En skate, une figure cool va durer parfois un centième de millième de seconde. Si le moment est trop rapide en vidéo, tu n'as pas le temps d'apprécier la scène, alors que la photo peut suspendre le temps. Mon rapport à la photographie est aussi plus personnel, moins axé sur la performance. Ça me permet de partager un autre aspect du skate qui me touche aussi beaucoup.

Tu as fait une école ou tu es autodidacte ?

J'ai commencé par une école de cinéma, mais c'était très théorique et axé sur l'histoire du cinéma. J'ai arrêté en cours de route pour me consacrer pleinement aux vidéos de skate. Je suis autodidacte car j'ai tout appris tout seul. Personne ne peut t'apprendre à filmer du skate, c'est quelque chose qu'on doit faire soi-même.

Publicité

tokyo-empty-parking-lot-final-copy

© French Fred

Qu’est-ce qui te plaît dans la culture skate ?

C'est vraiment un ensemble. J'ai commencé le skate à 8 ans, j'ai 41 ans et je suis toujours là-dedans. C'est vraiment quelque chose qui a changé ma vie. Au-delà de faire du skate, qui t'apporte de la liberté, cet univers m'a apporté des potes, m'a fait voyager et m'a ouvert l'esprit sur plein de choses. Ça a vraiment changé ma vie pour le meilleur. Quand je suis sorti de l'école j'étais paumé, je ne savais pas ce que je pouvais faire dans la vie. Le skate m'a ouvert les yeux et m'a permis de devenir moi-même.

Publicité

Est-ce que tu as eu un déclic à un moment particulier durant ton parcours ?

Non, pas un truc particulier. C'est plus une évolution au fil du temps en général. Ce qui est étrange dans le skate, c'est que c'est à la fois un univers très libre et en même temps très codifié. Quand on regarde les vidéos, elles se ressemblent toutes. Partant de ce constat, j'ai toujours essayé de faire quelque chose de différent, de frais, en décalage avec l'époque. C'est pour ça que mes photos ne marchaient pas du tout dans les magazines au début, car on voulait des photos axées sur des figures importantes, flashées et en couleurs. J'ai souvent pris le contrepied de tout ça.

D'ailleurs tu fais principalement tes photos en noir et blanc, c'est aussi pour te démarquer de cet univers ? 

Pareil, c'est un peu le contrepied de la vidéo où je réalise tout en couleur. Le noir et blanc permet d'injecter une dose un peu plus artistique à la photographie de skate, un côté plus intemporel. On crée des images qui s'extraient de la réalité, un univers plus fantasmagorique, plus poétique.

© French Fred

© French Fred

L’architecture semble avoir une grande importance dans ton travail, quel rapport entretiens-tu avec le milieu urbain ?

C'est encore une fois un contrepied par rapport à ce que j'avais l'habitude de voir : des images prises au fisheye de très près, très axées sur le skateur et la figure. J'accorde aussi beaucoup d'attention à l'architecture car le skate repose énormément sur la relation entre le skateur et le milieu urbain, la manière dont on l'aborde, comment on le détourne... Toute cette interaction, pourtant très importante, a été vraiment délaissée au profit de la performance.

Le skate a aussi énormément souffert de clichés négatifs : c'est bruyant, ça détériore le mobilier urbain... J'essaie de montrer autre chose au public, de prouver que le skate permet aussi de faire de belles choses et qu'il y a de nombreux aspects positifs. Je commence vraiment à avoir des retours de gens qui ne s'intéressaient pas du tout à cette culture avant, et c'est vraiment bien !

Est-ce que tes séries photos sont très organisées où tu fonctionnes à l’improvisation ?

C'est assez différent, ça dépend. Les deux se valent, c'est bien d'aller suivre des skaters et de s'adapter. Mais finalement, c'est plutôt rare, c'est souvent moi qui les dirige. Souvent, je repère un lieu et je vais leur demander de faire telle figure à tel endroit. C'est assez mis en scène et chorégraphié, au final.

Tu sors un livre très bientôt, est-ce que tu peux nous en parler ?

C'est mon premier vrai livre photo qui retrace un peu toute ma carrière de photographe depuis quinze ans. Je l'ai conçu avec Thomas Campbell, un ami californien qui est à la fois photographe, réalisateur, peintre, sculpteur et éditeur de livres. J'adore bosser avec lui ! Il m' a proposé de faire ce livre, et pour moi c'était vraiment une super opportunité. C'est un ouvrage qui reste très centré sur le skate, car c'est tout de même le cœur de mon travail, mais c'est aussi un mélange de plein de choses différentes. Le titre, Attrapé au Vol, correspond parfaitement à la fois au milieu du skate et à la photographie. Lorsque tu fais une figure, tu fais tourner la planche en l'air et tu dois la rattraper au vol avant de replaquer. La photo c'est pareil, ça consiste à capturer des petites scènettes de vie très furtives.

signsskateboard

© French Fred

nick_garcia_switch_fs_flip-copy

© French Fred

nassim_guammaz_bs_smithgrind_venice_more_contrastgrain

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

© French Fred

Vous pouvez retrouver le travail de French Fred sur son site Internet ou son compte Instagram. Son livre Attrapé au Vol est disponible ici 

Par Lisa Miquet, publié le 07/12/2016

Copié

Pour vous :