Rencontre : Rodney Omeokachie capture les fantastiques portails du Nigéria

Le Lagos Photo Festival est le premier et unique festival international dédié à l'art de la photographie au Nigéria, dont Konbini est partenaire, et qui prend place du 22 octobre au 21 novembre.


Les portails qu'on peut voir à Igboland reflètent la personnalité des habitants ainsi que les valeurs des familles qui habitent derrière.

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© Rodney Omeokachie.

À Igboland, les portails sont bien plus que des points d'entrée ou des mesures de sécurité : il y a beaucoup de créativité et d'artisanat derrière chaque modèle pour faire en sorte que leur forme s'adapte à leur fonction. En fait, ces portes reflètent la personnalité et les valeurs de la famille habitant la demeure qui se cache derrière. Vraiment peu d'autres cultures accordent autant d'importance à leurs portails.

Le talentueux Rodney Omeokachie, un photographe autodidacte et artiste spécialisé dans le numérique, a commencé sa série The Fantastic Gates of Igboland à partir d'un sentiment de curiosité. Depuis le début, son projet a largement évolué, gagnant en sens et trouvant une valeur artistique incroyable. Cette série s'intéresse à la manière dont la culture et la tradition peuvent être exprimées à travers des objets du quotidien.

Ces photos invitent les spectateurs à se questionner sur le rôle des portails dans notre société. Cela met sur le devant de la scène un élément si ordinaire et banal, si grand et robuste, et pourtant si discret et imperceptible. Konbini s'est entretenu avec ce photographe pour parler de son travail.

Konbini | Qu'est-ce qui t'a inspiré pour réaliser ce projet ? 

Rodney Omeokachie | L'inspiration est une chose curieuse. Chaque année, je me rends à mon village dans l'État d'Anambra, depuis mon enfance. Je suis photographe depuis trois ans au moins, et à aucun moment je n'avais pensé à photographier ces portes.

Alors, maintenant que j'y pense, c'était plus une question de maturité : je devais développer mon œil pour trouver mon inspiration. J'ai dû crier "eurêka !" quand l'idée m'est venue, c'était un heureux hasard et sûrement l'une des idées les plus originales que j'ai pu avoir dans ma vie. Voilà pourquoi ce projet est si spécial pour moi. Il est totalement différent du travail que je fais habituellement, mais il est le fruit de ma simple curiosité, une qualité qui est indispensable à toute entreprise créative.

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© Rodney Omeokachie.

Tu es autodidacte. On aimerait savoir ce qui t'a amené à la photographie.

J'ai été attiré par la photo quand j'ai acheté un téléphone avec un très bon appareil photo en 2011. Je prenais des photos de tout et de n'importe quoi. Un autre facteur qui m'a amené à la photographie : ma phase d'apprentissage était assez rapide. Tous les arts créatifs que je pratiquais ont toujours été parmi les plus accessibles.

À l'université, je touchais un peu à tout. À la fin de mes études, je me suis dit qu'il fallait que je choisisse un art et que je le maîtrise à fond, au lieu d'être touche-à-tout. La photographie a été l'argument qui s'est imposé à moi. La suite des choses, nous la connaissons.

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© Rodney Omeokachie.

Qu'est-ce que tu veux que les gens retiennent de ton projet ?

J'espère que l'audience développera une nouvelle appréciation pour les portails. C'est seulement dans les arts que quelque chose de si ordinaire se retrouve transcendé et est au cœur des discussions. Pour ceux qui n'ont jamais été dans l'est du Nigéria, ce projet propose un aperçu de la vie là-bas.

Pour mes pairs photographes, surtout ceux qui débutent, j'espère que cela inspirera leurs prochains projets. On a tous des manières uniques et différentes de voir les choses, nous ferions mieux notre métier si on considérait plus ces choses qui nous entourent, en prenant le temps d'exciter notre curiosité et de réaliser nos idées.

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© Rodney Omeokachie.

Tu dis que cette série n'est pas terminée. Quels sont tes plans pour ce projet dans le futur ?

Sérieusement, ce projet n'est pas encore totalement abouti. Ces portes ont été capturées dans mon village mais aussi dans un village voisin, à deux heures et demi. En vrai, le guide qui m'a accompagné m'a dit que ces portails étaient, selon lui, inintéressants. Il m'a dit que les portes les plus dramatiques et légendaires sont dans des coins plus reculés.

Donc, je n'ai pas encore tout vu et tout photographié. Je n'ai pas de projets concrets pour le moment, j'aimerais plus explorer l'est du Nigéria pour découvrir d'autres portails. Pourquoi pas faire un livre photo consacré à ce projet, avec une histoire associée à chaque porte et parler de l'artisanat qu'il y a derrière et de plein d'autres détails. Ce serait comme une encyclopédie géante de portails, ma contribution à l'histoire nigérienne.

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© Rodney Omeokachie.

Est-ce que tu as d'autres projets à venir, à côté ? 

À propos des portails et des morceaux architecturaux ? Non [rires] ! Mais je viens de finir ma série Rhino Adventures, dans laquelle j'ai suivi les aventures d'une petite figurine rhinocéros en bois à travers des scénarios variés et des interactions avec l'environnement naturel et civil. Au début, c'était une série purement photographique, mais j'ai fini par mélanger de la peinture numérique pour un effet plus abstrait. Je serais ravi de partager ces photos avec vous. Je travaille aussi sur une série de portraits sur les membres du Parti démocratique islamique.

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© Rodney Omeokachie.

The Fantastic Gates of Igboland sera exposé au Lagos Photo Festival du 22 octobre au 21 novembre 2016.

Traduit de l'anglais par Donnia Ghezlane-Lala.

Par Daniel Orubo, publié le 26/10/2016

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