Une série photo lève le voile sur le monde étrange et secret des Adults Babies

Pendant cinq ans, Polly Borland a suivi le quotidien de 35 hommes qui se travestissent et agissent comme des bébés du sexe opposé.

© Polly Borland

Nous ne sommes pas habitués à voir des hommes se travestir en bébés. Et pourtant, derrière ce tabou, se cache une très grande communauté de ceux qu’on appelle "AB/DL : Adult Babies/Diapers Lovers" ("bébés adultes/les amoureux des couches" en français). L’appellation Adult Babies caractérise les hommes qui retombent en petite enfance, à un âge désiré, le plus souvent situé entre 6 mois et 5 ans, tandis que les Diapers Lovers sont des adultes qui se comportent comme tels mais qui ont un fétichisme pour les couches.

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Être un AB/DL n’est pas un phénomène récent : en 1895, le docteur Henry Meige a étudié en même temps que le féminisme et l’hermaphrodisme, l’infantilisme. Cette communauté se fait très discrète, compte tenu des préjugés à son égard, mais Polly Borland, photographe australienne, a réussi à convaincre quelques-uns de ses membres de poser pour elle :

"Tout le monde était horrifié. Les personnes n’arrivaient pas à se faire à cette pratique. Je ne comprends pas, je trouve ça fascinant. Et oui, je peux comprendre que c’est un peu troublant, mais tous mes projets sèment le trouble et sont un peu durs. Ils m’ont semblé un peu déconnectés de la réalité, peut-être parce qu’ils n’ont pas été en lien avec leurs familles, leur mère, et d’une certaine façon, j’ai essayé de les comprendre."

Dans les années 1990, et pendant cinq ans, la photographe a suivi plus de 35 hommes, tous Adult Babies, qui ont fait le choix de se construire un alter ego de bébé, et qui poussent le travestissement encore plus loin en devenant des bébés du sexe opposé : "C’est un peu comme des géants déguisés en bébés, qui se roulent par terre, dans du satin et des robes à froufrous et à fleurs. Cette petite touche de fantaisie m’a touchée, il y a quelque chose de carnavalesque. Quelque chose de joli et d’affreux en même temps", confie l’artiste.

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© Polly Borland

© Polly Borland

À la fois un sentiment de sécurité et un frisson sexuel

Le plus étonnant, c’est que ces hommes ont une vie des plus normales : un travail, des hobbies, une vie sociale, le tout loin des biberons et des couches-culottes. Il est difficile de s’imaginer que cette personne que l’on a croisée plus tôt dans la journée ou dans les couloirs de bureau se met à porter des langes en rentrant chez elle. Et pourtant, les adeptes s’empressent d’enfiler leurs chaussettes roses à froufrous, leurs grenouillères pour certains, ou un pyjama à col Claudine pour d’autres, une fois rentrés chez eux. Ils agissent comme de vraies petites filles et partagent ouvertement leurs fantasmes – bien que certains affirment n’y voir rien de sexuel.

En effet, le bébé adulte est loin d’évoluer en tenue d’Adam. Son plaisir ne tient que dans le port de la couche (dans laquelle il urine et défèque), qui lui procure à la fois un sentiment de sécurité et un frisson sexuel. Pour retrouver cette quiétude enfantine, certains vont jusqu’à rémunérer une personne qui jouera le rôle d’une maman de substitution, qui leur donnera le sein, les nettoiera, les nourrira et les punira s’ils sont vilains. Il existe même des boutiques de plaisir pour AB/DL comme Perlasensua Shop.

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Dans sa série photo The Babies, l’artiste déclare n’avoir eu aucun mal à capturer la vulnérabilité et la sincérité de ses modèles, qui l’oublient bien souvent, elle et son appareil… Voire le monde extérieur. Elle nous confie :

"Dans l’image ci-dessous, on peut voir un homme aux yeux verts me regarder pendant que des bulles de bains viennent se nicher sur sa joue alors qu’il a une sucette rose dans la bouche. C’est une image assez difficile à regarder, je ne saurais vous dire pourquoi. Peut-être à cause du fait qu’il incarne complètement son personnage et que nous ne sommes pas habitués à voir des adultes regarder de cette façon. Mais il semble s’être échappé de son rôle d’adulte et de toutes responsabilités."

© Polly Borland

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Les forums pour Adult Babies

Curieux de savoir ce qui est échangé dans les forums pour AB/DL, nous y avons fait un tour, et nous avons été surpris de voir le nombre de personnes qui y passent du temps. Entre eux, ils se conseillent sur comment porter des couches et les garder propres, organisent des rencontres, partagent des photos et s’écrivent des histoires "érotiques". Des couches, des vêtements et accessoires pour bébés adultes peuvent même s’y vendre. Voici quelques témoignages :

"C’était vers la fin du mois de décembre 2016, j’ai publié un message sur Facebook comme quoi je cherchais une maman pour la vie. J’ai reçu une réponse d’une maman me disant qu’elle voudrait m’adopter. J’ai accepté. Elle a 31 ans et travaille dans le milieu hospitalier avec son petit copain, qui lui aussi, veut être mon papa. J’ai confié à ma nouvelle maman que je voudrais vivre comme un bébé pour le reste de ma vie. C’est pourquoi j’irai vivre chez eux à partir de septembre 2017. Maman s’occupera de moi toute la journée pendant que papa sera au boulot."

"Oh toi, puissante couche qui absorbe l’urine, qui protège mes vêtements. Je te loue ma passion."

"J’aime principalement les Pampers. Pour ceux que ça intéresse, il y a quelques photographies sur mon profil concernant les couches que j’aime."

"Je porte un amour pour cette couche depuis qu’on me l’a enlevée. La couche, et tout ce qui l’entoure, est source de plénitude, confort, relaxation et aussi un grand stimulant sexuel."

"Ma copine à l’époque (qui est ma femme aujourd’hui) a dit qu’on avait tous nos petits secrets et qu’il ne fallait pas avoir honte. Elle a tout de suite voulu me voir avec une couche ! Plus tard, elle en a essayé une et maintenant elle en met pour faire des coquineries avec moi."

Difficile de trouver une raison spécifique pour expliquer ce choix de style de vie. Ce sont souvent des personnes qui n’ont pas beaucoup de contacts avec leur famille ou qui ont souffert de l’absence d’affection maternelle ou paternelle. Mais on considère généralement l’infantilisme comme une paraphilie et une anomalie. Et même pour ses pratiquants, cela reste un mystère.

Certains déclarent avoir développé une simple envie de retourner dans les jupons de leurs mères pour pallier un manque de tendresse, un sentiment d’insécurité, et renouer avec cet amour qu’ils ressentaient étant enfants, et qu’ils ne retrouvent plus aujourd’hui.

© Polly Borland

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Par Dounia Mahieddine, publié le 03/08/2017

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