Par Donnia Ghezlane-Lala

Le Time signe une couverture choc, dépeignant un face-à-face entre une petite fille hondurienne et le président américain.

© Time

Depuis le début de la présidence de Trump aux États-Unis, le Time ne cesse d'exceller dans les unes assassines. Le 21 juin dernier, sa dernière couverture, pour le numéro hebdomadaire du 2 juillet, a fait le tour du Web et a percuté de plein fouet les consciences.

Pour dénoncer la récente politique de séparation des familles de Trump, visant à dissuader les migrants clandestins, le magazine américain a sorti une couverture sur fond rouge, montrant une petite fille hondurienne en pleurs face à un Donald Trump "ogresque", la regardant avec froideur. Sur ce photomontage, est inscrit en blanc "Welcome to America" ("Bienvenue en Amérique"), une mention qui en dit long.

La photo détourée de cette enfant âgée de 2 ans n'est pas si inconnue. Elle fait partie de ces nombreuses photos qui ont circulé et qui ont témoigné de l'enfer terrestre vécu par les migrants à la frontière. À McAllen, au Texas, cette image a été prise le 12 juin dernier par John Moore, détenteur d'un Pulitzer et photographe pour Getty Images, qui est resté de nombreuses années à la frontière pour documenter les traversées.

Le photographe raconte

Depuis hier, la photo de Moore est devenue le symbole de cette politique migratoire inhumaine menée par Trump, et de l'indignation qu'elle suscite. Dans une interview donnée au Time, le photographe explique qu'il a aperçu, dans la foule, une femme porter une fillette qui ne voulait pas être posée à terre face aux agents de patrouille :

"J'ai parlé brièvement à la mère et elle m'a confié qu'ils venaient du Honduras et qu'ils étaient sur la route depuis un mois. Quand c'était à son tour de se faire fouiller, les agents lui ont demandé de poser sa fille au sol. Et dès que les pieds de cette enfant ont touché le sol, elle s'est mise à crier. Elle pleurait, et c'était un réel moment d'anxiété et de séparation, qui se déroulait devant moi. Et c'est pendant que sa mère se faisait fouiller que je l'ai prise en photo pendant quelques secondes.

[...] Photographier cela était différent pour moi car, si les familles ne savaient pas ce qui allait leur arriver, moi, je le savais. J'ai eu l'opportunité d'être le témoin de l'histoire, et on espère faire ressentir des choses aux gens à travers toutes nos photos, mais seulement quelques-unes sont plus efficaces que d'autres.

[...] Cette photo a été difficile à prendre pour moi. Une fois que je l'ai photographiée, je les [les agents de patrouille frontalière] ai vus les [les migrants] faire monter dans un van. Je devais m'arrêter et respirer calmement. [...] Tout ce que je voulais faire, c'était la prendre avec moi. Mais je ne pouvais pas."

Cette une a été reçue avec émotion alors qu'une vague d'indignation s'abat sur Trump et son gouvernement concernant leur politique de séparation des enfants de leurs parents à la frontière mexicaine. Suite à de nombreuses manifestations, Trump a décidé d'empêcher la séparation des familles de migrants, mercredi dernier. S'il est revenu sur sa décision, il faut savoir que plus de 2 300 enfants ont été séparés de leurs parents depuis le mois de mai, et que leur avenir reste incertain.