Fresque de Daniel Bombardier

Mercedes-Benz poursuit des street artists après avoir exploité leurs œuvres dans une pub

Pour la marque automobile qui ne manque pas de cran, il semblerait que la meilleure défense soit l'attaque.

En janvier 2018, Mercedes-Benz faisait la promotion de son dernier modèle tout-terrain, sa Mercedes G 500, sur Instagram. La célèbre marque allemande y présentait plusieurs photos de la voiture prises à Détroit, du côté de l’Eastern Market, un marché couvert autour duquel fleurissent les œuvres de street art – un art particulièrement présent dans cette ville américaine durement touchée par les crises financières.

Derrière les images du 4 × 4 filant à travers les rues de Détroit, sont visibles les fresques de quatre street artists : Daniel Bombardier, James "Dabls" Lewis, Jeff Soto, et Maxx Gramajo.

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PetaPixel note que la marque avait bien demandé les permis nécessaires à la prise de vues commerciales dans le quartier ; cependant, elle n’a pas jugé utile de demander la permission aux artistes, qui n’ont pas forcément envie de voir leur travail (gracieusement) associé à Mercedes-Benz, et dont les œuvres se retrouvent pourtant partie intégrante de ces publicités.

Capture d’écran du compte Instagram de Mercedes-Benz, présentant leur dernier modèle devant des œuvres de street art. Les images ont depuis été supprimées. (Via PetaPixel)

Mise au courant des revendications des graffeurs, et sans doute bien consciente de sa faute professionnelle, la firme automobile a retiré de son compte Instagram les images en question. Cela n’a cependant pas suffi à étouffer la colère de Daniel Bombardier, Jeff Soto, Maxx Gramajo et Dabls, qui verraient dans l’action de Mercedez Benz une infraction au droit d’auteur et auraient demandé une réparation financière.

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Dans un coup de théâtre assez surprenant, la filiale américaine du constructeur allemand a décidé de faire une queue de poisson juridique aux artistes et de les poursuivre en justice, arguant que les demandes de ces derniers représentaient une sorte de menace et d’extorsion, pour ainsi dire : du racket.

De leur côté, les artistes assurent au site Artsy avoir "tenté de discuter avec [Mercedes-Benz]". La société n’aurait répondu à leurs demandes qu’en s’adressant aux tribunaux, tentant de faire valoir auprès de la justice que les revendications des artistes contre elle sont illégitimes. Selon l’avocat des artistes, Jeff Gluck, l’issue du jugement pourrait avoir des conséquences sur la création urbaine en général :

"Si le tribunal donnait raison à Mercedes et que les entreprises n’avaient plus besoin de la permission des artistes pour utiliser leurs fresques dans des campagnes de pub, peut-être que ces derniers pourraient être découragés de créer des œuvres dans des lieux publics [de peur de n’avoir aucun contrôle sur leur possible utilisation commerciale]."

La mairie de Détroit s’est déjà rangée du côté des artistes, de même que d’autres graffeurs, qui ont apporté leur soutien aux quatre hommes sur Instagram à l’instar de Tristan Eaton ou du géant Obey. Ce dernier affirme vouloir "prendre position contre les tactiques d’intimidation qu’une puissante société telle que Mercedes utilise […]".

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Ainsi, cette campagne de publicité finit par sentir le croupi et à se retourner contre l’entreprise, sorte de Goliath attaquant quatre David ayant plutôt pour habitude de se battre avec des bombes de peinture.

Capture d’écran du compte Instagram de Mercedes-Benz, présentant leur dernier modèle devant des œuvres de street art. Les images ont depuis été supprimées. (Via PetaPixel)

Capture d’écran du compte Instagram de Mercedes-Benz, présentant leur dernier modèle devant des œuvres de street art. Les images ont depuis été supprimées. (Via PetaPixel)

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Image de la fresque de Daniel Bombardier, à Détroit. Pièce à conviction présentée devant l’United States District Court. (Via PetaPixel)

Image de la fresque de Jeff Soto et Maxx Gramajo, à Détroit. Pièce à conviction présentée devant l’United States District Court. (Via PetaPixel)

Image de la fresque de James "Dabls" Lewis, à Detroit. Pièce à conviction présentée devant l’United States District Court. (Via PetaPixel)

Par Lise Lanot, publié le 24/04/2019

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