À New York, le nouveau graff de Banksy dénonce l’emprisonnement injuste d’une artiste kurde engagée

La dernière fresque du street artist alerte l’opinion sur l’incarcération inacceptable de l’artiste et journaliste Zehra Dogan, en Turquie.

Une publication partagée par Banksy (@banksy) le

Depuis jeudi, quand on se balade en plein cœur de Manhattan, et qu’on passe à l’angle de la Houston Street et du mur Bowery, on tombe nez à nez avec le nouveau graffiti engagé de Banksy et de son compère le street artist Borf. Depuis cinq ans, Banksy n’avait pas remis les pieds à New York, mais cette nuit, l’artiste a partagé sur Instagram sa nouvelle œuvre en précisant : "Condamnée à presque trois ans de prison pour avoir peint une simple photo."

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Banksy fait ici référence à l’artiste et journaliste turque et kurde Zehra Dogan condamnée dans son propre pays pour avoir peint une photo. Son graffiti s’étend sur plusieurs mètres, sur un mur blanc qui contraste avec les couleurs sombres qu’il a utilisées. On y voit des barreaux de prison représentant symboliquement le décompte des 273 jours que Zehra Dogan doit purger. À un endroit, il a dessiné le visage de Zehra derrière des barreaux, dont le dernier représente un crayon. En bas à droite, trois traits apparaissent non barrés, et on peut lire "Free Zehra Dogan" ("Libérez Zehra Dogan").

#FreeZehraDogan

L’histoire remonte à 2016 : Zehra a été tellement frappée par une photo relayée dans la presse nationale montrant les opérations menées par les forces de sécurité turques contre le Parti des travailleurs du Kurdistan qu’elle a souhaité la reproduire en peinture.

Son tableau (ci-dessous), inspiré d’une photo, dépeint des bâtiments en ruines surplombés de fumée, des camions militaires turcs, et cristallise la destruction de la ville majoritairement kurde de Nusaybin par les forces turques. Cette ville se trouve à la frontière entre la Turquie et la Syrie, et a été le théâtre d’un vaste bombardement de l’armée turque commencé en 2015.

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Comme le rapporte le site Hyperallergic, Zehra Dogan a été arrêtée le 21 juillet 2016 et a été accusée d’une "adhésion à une organisation illégale" (le Parti des travailleurs du Kurdistan) et de "propagande" à cause de ses posts sur les réseaux sociaux et de ses articles pour l’agence de presse féministe Jinha, dissoute depuis par le gouvernement turc.

Elle a été libérée de la prison pour femmes de Mardin le 9 décembre 2016, en attendant son procès, qui a eu lieu quelques mois plus tard. Dogan a ensuite été condamnée à deux ans, neuf mois et vingt-deux jours de prison par la deuxième Haute Cour pénale de la province de Mardin, à cause des drapeaux turcs accrochés sur les façades des immeubles, que la Cour de Justice considère ajoutés par l’artiste à sa peinture comme une critique de son pays, bien qu’apparaissant aussi sur la photo originale.

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Une publication partagée par Banksy (@banksy) le

Jeudi soir, à Manhattan, trois images ont été diffusées sur un grand écran au-dessus de la peinture murale de Banksy et Borf, jusqu’à minuit. La première image représentait la photo originale ; la deuxième montrait la peinture de Dogan et la dernière était un panneau sur lequel on pouvait lire : "Condamnée à deux ans, neuf mois et vingt-deux jours de prison pour avoir peint cette image."

La lutte continue en ligne : sur son compte Instagram, Banksy encourage les utilisateurs à partager le travail de Zehra Dogan et à mentionner le président Erdogan, très actif sur le réseau. Encore une fois, Banksy signe une œuvre forte pour dénoncer les injustices et attirer l’attention sur le destin de cette femme dont l’Occident a dû très peu entendre parler.

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Traduction : "Il y a un an, Zehra Dogan a été emprisonnée pour avoir peint cette aquarelle d’une photographie qu’elle avait vue dans le journal. Protestez contre cette injustice en repartageant sa peinture et en mentionnant le président Erdogan @rterdogan #FREEzehradogan."

Par Donnia Ghezlane-Lala, publié le 16/03/2018

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