Rencontre : Super Tat’pa, la patate la plus célèbre de Paris, fait son grand retour

La patate qui souhaite conquérir le monde.

© Super Tat’pa

Si vous étiez à Paris au début des années 2010, vous n’êtes sûrement pas passé·e à côté de "Super Tat’pa", la patate aux allures de super-héros qui envahissait les rues de la capitale. Il semblerait que la patate, disparue pendant quelques années, soit en train de faire son grand retour. Nous avons rencontré les créateurs de ce drôle de personnage, pour mieux comprendre leur histoire et leur démarche.

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Cheese ⎪Comment et pourquoi vous avez créé Super Tat’pa ?

Les créateurs de Super Tat’pa À la base, on est des graffeurs et on voulait montrer qu’il était finalement facile de réussir dans le domaine du street art. Pour le grand public, le graffiti ou le tag peut être oppressant, parce que les gens n’arrivent pas vraiment à déchiffrer ce qui est écrit. Au final, c’est une discipline qui s’adresse plutôt à un public d’initié·e·s. En revanche, lorsqu’on réalise une œuvre qui est plus "lisible" par tout le monde, comme un dessin de patate, c’est mieux perçu.

Dans notre routine du graffiti, on avait l’habitude de se propager dans toute la ville, d’être très présents dans la rue. On s’est dit que si on appliquait ce procédé avec un dessin accessible, on pourrait "tout niquer" [rires]. Jésus multiplie les petits pains, nous, on multiplie les pommes de terre.

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Vous pensez que si le graffiti est considéré comme du vandalisme, c’est principalement parce que les gens n’ont pas les clés de lecture suffisantes pour le comprendre ?

Non, si les gens considèrent ça comme du vandalisme, c’est tout simplement parce que ça en est. Il y a une dégradation qui est indéniable. Mais s’ils se sentent vraiment oppressés par ça, c’est aussi parce qu’ils n’arrivent pas toujours à le lire. Quand on fait des lettres, on va parfois nous dire que c’est violent, alors qu’il suffit de faire un dessin et les gens n’ont subitement plus la même réaction et trouvent ça joli. C’est pour ça qu’on a préféré dessiner une patate et pas écrire : "Super Tat’pa".

© Super Tat’pa

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Qu’est-ce qui a fait que vous aviez envie de conquérir aussi le milieu du street art ?

On est à la base des graffeurs mais on s’est fait arrêter donc on a fait ça pour pallier notre frustration. Mais il y a aussi eu un peu un concours de circonstances absurdes : on était en soirée, on a fait un dessin, on avait une carte bleue et à un moment, l’un de nous à reçu un carton d’autocollants.

Et pourquoi la patate ?

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C’est la "patate" comme l’impact, le coup de poing, mais à l’époque, c’était aussi une expression qu’on utilisait beaucoup, on disait : "C’est la patate ce truc", pour dire que c’était cool.

À quoi ressemblait la première patate ?

La première, c’était juste une pomme de terre avec une cape, qu’on a imprimée à 6 000 exemplaires.

© Super Tat’pa

Comment est-ce que vous avez fait pour coller toute cette quantité ?

Tout simplement en se baladant dans la rue, dès qu’on marchait, on en collait. Ce qui était cool, c’est que contrairement au graffiti, on pouvait le faire à visage découvert, en pleine journée et devant tout le monde. C’est une expérience très différente, parfois on interagissait avec les gens. Assez vite, comme on en a mis partout, on pouvait rencontrer des passants qui identifiaient l’un de nous en disant : "Ah, c’est toi ?" Alors qu’en réalité, ce n’est pas qu’une seule personne derrière ce projet.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire plusieurs éditions de cette célèbre patate ?

On avait fini tout notre stock, on devait en réimprimer. Quitte à refaire une commande, autant en dessiner une nouvelle. On s’est dit : "Comment être encore plus grand public dans notre démarche ?" C’était en 2012, pendant les élections présidentielles, on a surfé sur l’actualité et on a lancé l’édition "votez Super Tat’pa".

Et c’est à ce moment-là que vous êtes passés au Grand Journal sur Canal+ ?

Là, c’était l’apothéose de notre démarche. On voulait montrer que ce n’était pas très difficile de faire parler de soi. On voyait des gens se donner corps et âme dans des projets de street art, pour exister, avoir de la renommée. De notre côté, on se disait : "Ils sont bêtes, si tu veux exister, il suffit que tu sois présent partout." C’est peu le combat des tagueurs face aux street artists qui ont pignon sur rue. Les tagueurs vont être très présents dans l’espace public, trouver des endroits drôles, parfois difficiles d’accès, mais ils ne vont pas avoir le même écho parce que ça n’intéresse personne, que c’est marginalisé. Cette diffusion au Grand Journal, ça a légitimé notre démarche, on s’est dit : "En vrai, ça marche."

© Super Tat’pa

Vous avez fait d’autres déclinaisons par la suite ?

Oui, ensuite, on a eu la patate "Victoria Siempre", parce que vu qu’elle n’a pas été élue, elle a tenté de prendre le pouvoir par la révolution. La quatrième, c’est la prison, mais là, la patate vient de s’évader… Elle revient donc pour refaire un putsch, c’est sa cinquième édition.

Vous avez arrêté pendant plusieurs années, pourquoi ?

Ça coûte très cher [rires]. Et ça prend du temps et de l’énergie, et au final, on n’a rien à y gagner. Ça nous a vraiment permis de nous "sevrer" du graffiti petit à petit et de changer de mode de vie.

Aujourd’hui, le street art n’est plus que dans la rue, il est aussi très présent sur les réseaux sociaux, notamment Instagram. C’est dans vos projets d’être présents en ligne ?

Oui, clairement ! Oui, regarde bien, on a été présents dès 2013 sur Instagram lorsque aucun street artist n’investissait la plateforme. Mais évidemment, si on fait notre grand retour, il se fera aussi en ligne.

Vous pouvez suivre le grand retour de Super Tat’pa sur son compte Instagram.

Par Lisa Miquet, publié le 13/03/2019

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