Aux USA, la police tient les photographes à l'oeil

Un document que s'est procuré une ONG américaine de défense de la liberté individuelle montre que les autorités américaines fichent de nombreux photographes sur la base de très faibles soupçons. Big Brother, quand tu nous tiens.

photographes

(Crédits : Pixel Valley)

Au pays de l'Oncle Sam, la peur du terrorisme semble ne pas avoir de limites. Aussi, si vous vous rendez aux États-Unis, prenez garde à ne pas photographier n'importe quoi si vous ne voulez pas atterrir dans les fichiers des autorités.

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L'American Civil Liberties Union (ACLU) rend public des fichiers de la police américaine qu'elle s'est procurée. On apprend que le simple fait de photographier un bâtiment public est un motif suffisant pour être fiché. Tout cela en raison d'un durcissement de la politique anti-terroriste mené par la NSA ces dernières années, permettant de compiler des "Rapports d'activités suspectes".

L'organisation non-gouvernementale qui lutte pour les libertés individuelles a rassemblé quelque 1.800 de ces fichiers, tous collectés en Californie. Elle a compilé les renseignements les plus édifiants sur la politique policière dans un .pdf disponible par ici. Parmi les criminels potentiels relevés par les autorités locales, de nombreux exemples de personnes en train de prendre des photographies et inoffensifs à première vue. Ainsi, dans le rapport, on trouve mention d'un "sujet féminin prenant des photos du bureau de poste de Folsom" ou encore "un homme prenant nonchalamment de nombreux clichés à bord d'un train Purple Line". Hum.

Paranoïa

Aussi, prendre un peu trop de photos n'est pas le seul motif pour faire de vous une star des fichiers de la police américaine. Si en plus vous n'avez pas tout à fait un faciès de Caucasien pure souche, méfiez-vous des képis. Aussi, dans les rapports, on n'est pas surpris de souvent retrouver l'occurrence "Middle Eastern" ou bien "Middle Eastern looking" (soit "originaire du Moyen-Orient" ou bien qui y ressemble beaucoup) parmi les profils de photographes incriminés.

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Si tous les photographes ressemblaient à cela, encore...

NPR rapportait l'histoire de Hal Bergman, un amateur de photographie. Au prisme de son témoignage, il apparaît que lui et ses pairs ont quelques raisons de s'inquiéter. Hal Bergman est photographe freelance à Los Angeles. Parmi ses sujets favoris, il aime immortaliser des scènes industrielles, des ponts, des friches, des raffineries. Pourquoi ? Parce qu'il "les trouve fascinants". Tout simplement.

Un jour, deux agents du FBI ont sonné à sa porte. Lorsqu'il leur a ouvert, ils lui ont demandé ce qu'il fabriquait au port de Los Angeles. "Je leur ai montré mon portfolio, ce que j'ai photographié. J'ai du leur montrer ce que j'avais shooté ce fameux jour. Au bout de cinq minutes d'un véritable interrogatoire, ils sont devenus très amicaux. Ils ont réalisé que j'étais inoffensif".

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Sauf que voilà : il a donc bien été soupçonné à un moment. Le pauvre photographe se pose alors quelques questions :

Est-ce que je vais avoir des problèmes à la frontière ? Est-ce qu'on va me confisquer mon ordinateur portable quand je reviendrai au pays ? Ça me rend nerveux de savoir que je ne commets aucun crime et que l'État compile tout de même un dossier à propos de moi.

Harcèlement

Si les photographes sont harcelés, même parmi ceux qui sont "de la maison", cette pratique de suspicion systématique est une mauvaise chose. Mike German a passé 16 ans au FBI et travaille désormais à l'ACLU. Il témoigne à NPR que selon lui, cette tactique "ridiculise" le principe même de suspicion. Voilà comment il analyse brièvement le rapport collecté par son association :

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Ce que nous voyons ici, ce sont des suspicions basées sur les opinions politiques des gens et des activités garanties par le premier amendement telles que la photographie. Ces suspicions sont aussi souvent basées sur la religion.

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Par Théo Chapuis, publié le 23/09/2013

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