Buzludzha, l'auditorium démesuré de l'architecture soviétique

Romain Veillon, photographe passionné d'urbex, s'est introduit dans l'auditorium de Buzludzha, un centre de congrès soviétique, symbole de la démesure architecturale communiste.

DSC_3967

À l'intérieur de l'auditorium (Crédits image : Romain Veillon)

Au beau milieu de la Bulgarie, s'élève une montagne haute de près de 1 500 mètres. À son sommet, une bâtisse bien particulière, érigée par les communistes pendant sept longues années de travail. On raconte que 6 000 travailleurs auraient été nécessaires à l'édification de cette salle de congrès gigantesque, aujourd'hui abandonnée, dont l'auditorium principal s'étend sur plus de 500 m².

Publicité

Romain Veillon, photographe passionné d'exploration urbaine, a traîné ses objectifs aguerris jusqu'en haut de ce somment afin de capturer les vestiges de Buzludzha, symbole typique de la démesure architecturale soviétique. Cet explorateur, qui a fait le détour entre Sofia et Budapest pour le voir de ses propres yeux, rêvait déjà d'y être grâce aux reportages qu'il a pu découvrir sur Internet.

C'est une évidence pour ceux qui pratiquent l'urbex : Romain Veillon se doit de connaître son sujet avant de l'explorer. Contacté par Konbini, il raconte : "Buzludzha est abandonné depuis 1989 et la chute du communisme. Ce lieu servait pour des cérémonies officielles communistes, c'est à la base une salle des congrès. Mais il n'a que très peu été utilisé !"

(Crédits image : Romain Veillon)

Buzludzha, vu depuis l'extérieur (Crédits image : Romain Veillon)

Publicité

"Un passage assez étroit mais facile à emprunter"

Être au courant de l'histoire d'un lieu qu'on souhaite découvrir, c'est bien. Mais en connaître les points d'accès, pour un pratiquant d'urbex, c'est primordial. Comment Romain Veillon est-il rentré ? Il révèle ses petits secrets : "En fait, chaque année, des nostalgiques du communisme se réunissent à Buzludzha et en profitent pour nettoyer le lieu et refermer les entrées. Mais elles sont très vite ré-ouvertes, il y a donc un passage dans le mur assez étroit mais facile à emprunter." Il ajoute que la difficulté, ici, ne réside pas dans l'infiltration. C'est plutôt le long voyage  jusqu'au beau milieu de la Bulgarie qui nécessite de se motiver.

Peu importe le périple, le photographe ne regrette pas d'avoir fait le déplacement. Mais la tâche n'est pas aisée pour Romain Veillon : "La lumière varie énormément en fonction du temps, bien sûr. La salle est complètement inondée de lumière lorsque le soleil perce à travers les nuages, mais devient très sombre si le ciel se couvre. Il faut donc se montrer patient."

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

Publicité

Quasi-religieux

La chasse du moment parfait pour appuyer sur le déclencheur est un exercice méticuleux. Mais le jeu en vaut la chandelle : Romain Veillon confie qu'une fois l'enceinte pénétrée... c'est quelque chose :

On est vraiment pris par l'immensité du lieu et l'aspect presque religieux de cet auditorium. À la lumière de son histoire, la force naturelle qui se dégage du bâtiment est encore plus puissante. L'architecture unique au monde et ses incroyables mosaïques rajoutent à l'atmosphère irréelle, surtout lorsqu'on les compare aux photos d'époque datant de l'inauguration. En fait, on a l'impression d'explorer un des derniers vestiges vraiment tangible du communisme.

Ruines

Des vestiges du communisme ? Le mot n'est pas usurpé puisque Buzludzha tombe doucement mais sûrement en ruines. Complètement recouvert du grand manteau blanc de la neige en hiver, des pans entiers et des plaques de métal s'effondrent sous son poids – sans compter les infiltrations d'eau un peu partout. Romain Veillon déplore l'état des mosaïques, déjà visiblement endommagées, comme ses clichés en témoignent.

Publicité

Détail des mosaïques, endommagées par 25 années potentielles de dégradation (Crédits image : Romain Veillon)

Détail des mosaïques, endommagées par vingt-cinq années potentielles de dégradation (Crédits image : Romain Veillon)

Sur son site Internet, le photographe rapporte que l'on trouvait "au-dessus de l'auditorium une gigantesque coupole recouverte par plus de 30 tonnes de cuivre et arborant fièrement le marteau et la faucille". Après la chute du bloc de l'Est, il n'aurait fallu qu'une nuit aux pillards pour tout emporter et détruire la mosaïque de leur leader Todor Jivkov.

Vingt-cinq ans plus tard, il n'y a plus aucune trace de ces pillages selon Romain Veillon. En revanche, "il n'y a pratiquement plus aucun objet de l'époque non plus". Et d'ajouter :

Seules restent les mosaïques, très abimées maintenant. Ainsi que des graffiti un peu partout. L'absence du portait de leur ancien leader Todor Jivkov alors que les autres visages symboliques du communisme sont encore là montrent bien le ressentiment de la population à cette période.

Détail de la mosaïque qui recouvre l'intérieur de l'auditorium (Crédits image : Romain Veillon)

Détail de la mosaïque qui recouvre l'intérieur de l'auditorium (Crédits image : Romain Veillon)

Buzludzha, futur musée du communisme en Bulgarie ?

Dernière question à Romain Veillon avant de le laisser s'embarquer pour d'autres contrées urbex, son point de vue sur une phrase qu'il a recopiée sur son site Internet : "Un pays qui ne respecte pas son passé n'a pas d'avenir".

Je la trouve très vraie et très importante pour un pays s'il veut avancer. Malgré le fait que la cicatrice soit toujours à vif pour certains Bulgares, je pense qu'il est important de sauver ce type de bâtiment pour montrer aux jeunes générations ce qui s'est déroulé par le passé, et pour ne pas oublier dans quelles conditions les Soviétiques sont partis et quel a été leur comportement.

Par exemple, à Budapest, toutes les statues communistes de l'époque ont été déplacées dans un parc (le Memento park) pour que les visiteurs puissent les contempler et en savoir plus sur cette période de leur histoire et de la révolution qui a suivi. Faire de Buzludzha une sorte de musée avec un véritable parcours pédagogique me semble être une excellente idée. J'espère qu'ils y arriveront.

La suite des photographies de Romain Veillon à Buzludzha ci-dessous. Pour d'autres travaux du photographe, rendez-vous sur son site Internet.

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

 

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

(Crédits image : Romain Veillon)

Par Théo Chapuis, publié le 30/04/2014

Copié

Pour vous :