Ce scientifique japonais a créé son clone androïde

Le scientifique japonais Hiroshi Ishiguro travaille sur des robots à l'aspect éminemment humanoïde. Il a ouvert les portes de son laboratoire à la photographe britannique Luisa Whitton.

(Crédits image : Luisa Whitton)

(Crédits image : Luisa Whitton)

De la science-fiction à la culture pop, par le passé comme aujourd'hui, l'être humain a toujours fantasmé les robots tels des reproductions de lui-même. Des humanoïdes variés de la saga Star Wars aux reproductions parfaitement dérangeantes de la série Real Humans, le poids de la Création pèse sur le subconscient collectif. De la fiction à la réalité, l'homme veut se faire dieu et créer, lui aussi, un être à son image.

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Ce sujet, qui fascine également la photographe londonienne Luisa Whitton, est au cœur de son projet What About The Heart. Elle s'est approchée du Japonais Hiroshi Ishiguro, célèbre scientifique de l'industrie robotique, qui lui a accordé le droit de venir documenter son travail dans son laboratoire personnel. What About The Heart, qui explore les liens entre être humain et robot, se décline en une série photo agrémentée de fragments d'interviews d'Ishiguro et d'autres scientifiques.

(Crédits image : Luisa Whitton)

(Crédits image : Luisa Whitton)

Plongée tout en douceur au cœur du fruit de nombreuses années de travail du Japonais : Geminoid HI-4, dernière version de son androïde, dont le but est de ressembler le plus possible à l'être humain... voire carrément à celui-ci. Le scientifique et son clone robot partagent traits faciaux, coupe de cheveux, paire de lunettes... et s'il n'y avait pas ce quelque chose d'absent dans les yeux de la machine, on aurait bien du mal à différencier l'organique du mécanique.

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Geminoid, Elfoid, Telenoid...

Sur le site d'Ishiguro, on peut découvrir en détail les différents types de robots sur lesquels il travaille, du plus performant Geminoid au Telenoid, un téléphone ayant une apparence humanoïde (à découvrir en d'étranges photos par ici) en passant par d'autres concepts tous aussi impressionnants qu'inquiétants.

Nous ne résistons pas à l'envie de vous faire découvrir le Hugvie, dont le magazine The Verge nous parlait ici. Cet humanoïde supposé offrir la sensation d'un toucher organique pendant une conversation téléphonique se décline sous la vague forme d'un oreiller bizarre et produit l'écho de vos battements de cœur, de façon à simuler la présence du partenaire au bout du fil.

Un modèle de Telenoid (Crédits image : Luisa Whitton)

Un modèle de Telenoid (Crédits image : Luisa Whitton)

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(Crédits image : Luisa Whitton)

(Crédits image : Luisa Whitton)

Intriguée par Geminoid HI-4, la chaîne espagnole Salamanca RTV a produit un reportage où on voit le robot s'exprimer face à un véritable être humain dans un congrès scientifique. D'emblée, il n'y a pas que la forme du robot qui soit remarquable. Ses réponses, son attitude, ses actes cherchent à chaque instant à imiter l'humain et seuls ses mouvements saccadés et sa voix métallique trahissent le robot qui se cache sous l'enveloppe humaine.

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À la recherche de la présence humaine

Vous êtes mal à l'aise ? N'importe quel être humain le serait. Sans être l'intention première d'Ishiguro, c'est un dommage collatéral naturel de son œuvre : le but du scientifique, au-delà de progrès technologiques purs dans la robotique, se nomme sonzaikan. La meilleure traduction de ce mot local serait "présence humaine", qu'il recherche inlassablement dans la robotique. À ce sujet, Luisa Whitton a déclaré à The Verge :

Le champ de la science au Japon ne s'arrête pas à la technologie. La poursuite de ses réponses est motivée par l'enrichissement de connaissances aux sujets de la vie et de la mort... Moi, je me suis intéressée aux thèmes sous-jacents qui les touchent : l'étrange, le double, l'inconnu, la fiction, le fantastique...

Ishiguro et son "clone" (Crédits image : Luisa Whitton)

Ishiguro et son "clone" (Crédits image : Luisa Whitton)

La photographe a tenté de retranscrire du plus honnêtement qu'elle a pu ce laboratoire. Pourtant, même si elle s'est trouvée au contact de ces robots pendant des jours, qu'elle a pu observer leurs mécanismes, appréhender leur non-humanité, toucher leurs corps froids, elle reste frappée par l'aspect mélancolique de certaines de ses images.

Comme si les quelques humanoïdes qu'elle a pu capturer se sentaient véritablement seuls et nostalgiques. Et après tout... Pourquoi pas ?

Par Théo Chapuis, publié le 17/06/2014

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