capture-decran-2013-12-16-a-12.20.06.png

En image : la manifestante d'une photo virale poursuivie pour harcèlement sexuel

Cette Italienne a été photographiée par l'AFP en train d'embrasser le casque d'un policier antiémeute. L'image, vous la reconnaissez, a largement fait le tour du web. Quelques semaines plus tard, cette fille est poursuivie par un syndicat policier pour harcèlement sexuel.

Elle se nomme Nina de Chiffre, le nom du policier est Salvatore Piccione. (Crédit : AFP/MARCO BERTORELLO)

Lorsqu'il a pris cette photographie d'une jeune fille embrassant un policier lors d'une manifestation, le photographe de l'AFP Marco Bertorello ne s'imaginait sans doute pas à ce qui allait suivre. Que la photographie devienne virale, certainement pas. Qu'elle devienne un symbole de l'amour et de la paix, non plus. Ni que la scène puisse donner lieu à pareille conséquence.

Publicité

Cette image a été capturée le 16 novembre dernier à Suse, dans le Piémont, lors d'une manifestation contre la future ligne de train grande vitesse Lyon-Turin. Nina de Chiffre, étudiante à l'Université de Milan, 20 ans, manifeste sa propre version de la protestation en embrassant un policier italien antiémeute. Puissante, cette image évoque forcément les manifestants du mouvement flower power qui fleurissaient les canons des fusils de la garde républicaine américaine cinquante ans plus tôt.

"Cela aurait été la 3ème guerre mondiale"

Malheureusement, la charge émotionnelle de cette photographie est trop forte pour le COISP, un syndicat d'officiers de la police italienne, qui a officiellement demandé l'ouverture d'une enquête contre la jeune femme pour "agression sexuelle et insulte à personne représentante de la force publique". Rien que ça. Franco Maccari, secrétaire général du syndicat, témoigne de sa désapprobation :

Si le policier l'avait embrassée... mais cela aurait été la 3ème guerre mondiale, doit-on accepter que l'on puisse faire ce genre de choses à un homme qui fait son devoir ? (...) Un baiser est une chose positive mais ce contexte précis, c'était surtout un acte irrespectueux.

Publicité

La Repubblica a retrouvé la jeune femme et l'a interviewée. Dans un entretien, Nina de Chiffre témoigne du fait qu'elle est loin d'avoir été motivée par l'amour de son prochain : "J'ai essayé de le provoquer un peu comme une prostituée l'aurait fait dans une rue. Je sais quelles sont les règles des forces de l'ordre et j'en ai joué.  Je sais bien qu'ils ne peuvent pas réagir aux provocations. Je ne me suis pas limitée à l'embrasser comme on l'a vu sur la photo ? Enfin, je lui ai dit des choses pour voir s'il réagissait, mais il est resté impassible. Je lui ai aussi léché la visière, je me suis léché les doigts et j'ai touché ses lèvres." 

Dégoût

Ce baiser n'était donc pas un geste d'amour à rapprocher de la désobéissance civile telle que pratiquée par les hippies. Mais bel et bien une provocation : dans son interview à la Repubblica, Nina explique avoir agi de la sorte pour venger le traitement subi par Marta, une amie de la jeune fille, frappée par des policiers lors d'une telle manifestation précédente. Dans l'article, elle juge que les policiers sont des "porcs dégoûtants".

Condamnée pour harcèlement sexuel ou pas, peu importe pour la jeune activiste : "Je préfère être poursuivie plutôt que de voir mon baiser interprété comme un signe de paix. C'était un geste de dégoût envers la police, et il n'y a rien d'autre à en interpréter." C'est dit.

Publicité

Par Théo Chapuis, publié le 16/12/2013

Copié

Pour vous :