En images : Anatole Bouvierse, pour l'amour du graff... et des trains

Le photographe parisien Anatole Bouvierse présente sur Instagram une impressionnante collection de clichés de rails, de wagons et d'intérieurs. Pour l'amour des trains... et du graff. 

"Les nettoyeurs" - Crédit Image Anatole Bouvierse

"Les nettoyeurs" - Crédit Image Anatole Bouvierse

On peut être issu d'une lignée de cheminots et ne pas voir les graffitis comme une insupportable dégradation. On peut être conscient du dérangement occasionné par sa présence sur le matériel roulant des grandes sociétés de transport française et pourtant faillir à en faire la critique.

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Hantées par les tags et les courbes, les photos d'Anatole Bouvierse interrogent notre rapport à cette transgression créative qu'est le graffiti. Elles sont le témoignage de la présence constante et naturalisée de ces traces aux quatre coins des villes. Et de l'odeur de souffre qui entoure toujours son évocation.

Anatole : 27 ans, "trainspotter"

Né en 1987, Anatole n'a jamais connu les trains sans le graffiti. Et pour cause, longtemps avant sa naissance, les lettres s'enchainaient déjà sur les voix ferrées et les bords de quais.

Fils de cheminot, il développe tôt une passion pour "l'univers ferroviaire" comme il le dit, et pour les tags qui habillent les rames comme les poteaux de signalisation. C'est cette cohabitation, profitable selon lui aux deux entités (le graff' comme les trains), que le photographe entend documenter par les nombreux clichés qui alimentent sa page Instagram. Une histoires de rail, de lignes à haute tension, de dépôt et de graffiti.

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Manifeste graphique, documentation de la "beauté vandale" de ces signatures outrancières, les photos d'Anatole Bouvierse glissent pourtant de la célébration plastique vers une charge en règle contre la dénonciation trop rapide du graff'.

Lettre ouverte

Targué de faire l'apologie du vandalisme par de nombreux internautes, le photographe a pris la parole. En commentaire de l'une de ses photos publiées sur Instagram, il répond point par point aux attaques et explique sa démarche.

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Après avoir justifié la présence nombreuse de graffiti sur ses clichés, le Parisien évoque le coût que cela représente pour la SNCF : 

Selon les sources les plus hautes, le nettoyage des rames coute plus de 5 millions d'euros par an. Pour information le budget de communication est de 220 millions d'euros, le chiffre d'affaires du groupe SNCF est de 32 milliards. Bon alors 5 millions c'est pas rien non plus. Mais à la différence du budget com' qui finit dans les comptes des régies pubs de TF1 et consorts planqué dans des paradis fiscaux, la majeure partie du coût ici c'est les salaires des mecs qui nettoient.

D'ailleurs pour que ça coûte aussi peu on pourrait s'interroger sur leurs conditions de travail scandaleuses mais là personne pour s'en offusquer. Payer un mec 900 balles par mois pour bosser toutes les nuits choque moins le gentil voyageur versaillais qui est ulcéré quand la vitre de son train est un peu trop colorée pour la grisaille de son moral.

Avant de conclure sur la portée presque philosophique du graffiti.

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Le graffiti : un art révolutionnaire ?

Pour Anatole Bouvierse, le graffiti est séduisant parce qu'il reste un truc doublement gratuit.

Il ne répond à aucun autre impératif que celui de se faire voir. Il est une forme d'art disponible à quiconque daigne lever son nez. Deux éléments qui font de lui quelque chose de dangereux pour le photographe. Face au tout marchand de nos sociétés contemporaines, il propose une alternative révolutionnaire :

En cette période où finalement tout devient marchand, je positive en voyant que des mecs prennent des risques au-delà du rationnel pour aller peindre de manière désintéressée sur un train, dans un tunnel ou autre, pour le simple plaisir, le défi, l'adrénaline et la sensation d'être vivant.

Je vois finalement assez peu de choses totalement non marchandes dans le monde actuel. Celle-là en fait partie. Les mecs qui peignent une rame n'ont pas un billet de 200 euros qui sort de la dernière voiture quand ils ont fini.

Derrière les photos immortalisant la "vie du rail", le propos du photographe est également de formuler une réflexion féconde sur la raison d'être du graffiti. Pour lui, c'est ce rapport désintéressé au monde et à la création qui continue de faire son charme. Mais aussi, malheureusement et de manière tout à fait logique, de jeter de l'huile sur les flammes de son scandale.

L'ensemble du travail d'Anatole est à retrouver sur sa page Instagram ainsi que sur le blog AllCity qui présentait il y a quelques jours son travail. 

Par Tomas Statius, publié le 10/09/2014

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