En images : Arthur Tress met en scène les cauchemars d'enfants

Le photographe new-yorkais Arthur Tress a étudié dans les années 60 et 70 les rêves et cauchemars d'enfants. La mise en scène de ces illusions, travaillée avec ses sujets eux-mêmes, dénote d'une compréhension hors du commun de l'imaginaire enfantin. Un univers étrange qui renverrait aussi n'importe quel adulte à ses peurs les plus irrationnelles.

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

Souvenez-vous. Les rêves d'enfants sont bien différents de ceux des adultes. Le monde qu'ils se construisent est si débordant d'imagination qu'il marque à jamais et reste une source d'inspiration, même lorsqu'on grandit. À la fin des années 60, le photographe Arthur Tress, bien conscient de l'immense potentiel de l'imaginaire infantile, a travaillé sur un long projet avec un jeune public. En leur demandant de décrire leurs propres cauchemars, il s'attachait ensuite à les mettre en scène afin de les photographier.

Publicité

La série qui résulte de ces travaux, intitulée Daymares (jeu de mots autour de "day" = jour ; et "nightmare" = cauchemar), il l'a réalisée à Manhattan, en collaboration avec l'éducateur pour enfants Richard Lewis, et bien évidemment les enfants d'un atelier. "Chaque année, [Lewis] travaillait sur un nouveau thème et cette année-là, c'était les rêves des enfants", explique Tress à The Gothamist.

Le photographe poursuit : "Il a fait écrire aux gamins des poèmes, il leur a fait peindre des tableaux autour de leurs propres rêves. Un jour, il m'a appelé pour photographier la classe. J'ai pensé que c'était une idée géniale et j'ai continué à demander à des enfants et à mes amis de quels rêves ils se souvenaient depuis l'enfance".

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

Publicité

Les clichés qui composent Daymares présentent donc des portraits d'enfants autour de leurs illusions nocturnes. La mise en scène, très léchée, était quelque chose d'inhabituel au tournant des années 70, où la photo de rue était très à la mode. Tress raconte :

C'était effectivement quelque chose d'inhabituel à l'époque, où les gens faisaient beaucoup de street photography. De mon côté, je cherchais à créer des images du genre mythologique, des archétypes quasi-cauchemardesques. Ce genre de photos surréalistes et dérangeantes est devenu ma signature pendant les 20 années qui ont suivi.

Processus

Le mot pour désigner ses Daymares vient en 1972, lorsqu'il expose pour la première fois ses photographies. Il en profite alors pour expliciter son processus créatif :

Publicité

Les enfants devaient m'aider à trouver des moyens de mettre en scène leurs visions, ou bien en tout cas de suggérer des façons de rendre ces illusions visuellement factuelles. Les lieux des photographies eux-mêmes (une vieille route, un manège abandonné...) se prêtaient parfaitement à la spontanéité et l'improvisation du photographe et des sujets.

En re-créant ces fantaisies, on décèle souvent une combinaison de rêves, d'archétypes de mythes, de contes de fées, films d'horreur et de simple imagination. Ces inventions reflètent l'intimité de l'enfant, ses espoirs et ses peurs...

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

Traduction des perceptions quotidiennes

L'artiste crée alors ses images, mises en scène méthodiquement, conjointement avec les enfants qui lui racontent leurs cauchemars. Mais au fond de la démarche de Tress, il y a à la fois les peurs d'un petit garçon new-yorkais des années 60, mais aussi celles qui se cachent au plus profond de chacun d'entre nous, c'est à dire les enfants, les ados, les adultes, les vieillards. De 7 à 77 ans... et au-delà. Tress y voit même une forme de thérapie, comme lorsqu'il déclare en 1972 :

Publicité

Le but de ces photos est de montrer à quel point l'imagination des enfants a la capacité de transformer en symboles magiques des états, des sentiments qu'il ne parvient pas à exprimer. En fait, nous traduisons constamment nos perceptions quotidiennes de la réalité à travers la sphère enchantée du monde des rêves.

Le photographe a publié en 1973 un recueil de ces photographies d'alors, intitulé The Dream Collector, aujourd'hui très difficile à trouver. Mais cette année, le Getty Museum de Los Angeles a acquis 66 des photographies de Daymares d'Arthur Tress. C'est l'occasion de découvrir ou encore de replonger dans le travail de ce photographe hors du commun, qui n'a jamais oublié la part d'enfants qui était en lui... et jamais renié les peurs irrationnelles qui peuplent le monde des petits.

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

slide_357634_3955640_free

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

(Crédits image : Arthur Tress/Getty Museum)

Par Théo Chapuis, publié le 18/07/2014

Copié

Pour vous :