En images : au lendemain du bombardement de Nagasaki

Le 9 août 1945 à 11h02 du matin, le B-29 Bockscar piloté par l'Américain Charles Sweeney largue la bombe atomique Fat Man sur Nagasaki. Un seul photographe immortalisera le chaos qui règne dans la ville au lendemain de l'explosion. Près de soixante-dix ans plus tard, ses clichés sortent de l'oubli.

Jeudi 5 juin à New York, la célèbre maison Bonhams organisera une vente aux enchères autour de la Seconde Guerre Mondiale. Parmi les 353 lots proposés, qui vont d'uniformes de l'armée de l'air US aux bandeaux de kamikazes japonais, sont mises en vente 24 photos originales prises au lendemain du bombardement de la ville de Nagasaki le 9 août 1945. Trois jours après celui d'Hiroshima.

Ces terribles clichés sont ceux du photographe militaire japonais Yōsuke Yamahata, qui se trouvait en mission non loin de la ville de Nagasaki au moment de l'explosion meurtrière. Dès qu'il apprît la nouvelle, il sauta dans un train et, douze heures plus tard, arriva sur les lieux du drame, le 10 août 1945 à 3 heures du matin. La ville nipponne n'est déjà plus qu'un vaste terrain de cendres.

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Ce jour-là, Yōsuke Yamahata est équipé de deux appareils photos, et shootera pas moins de 119 clichés, doublant parfois les photos avec ses deux instruments. Un geste bien pensé car, au moment de développer les pellicules, il se rendit compte que son second appareil était défectueux.

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Ce qu'il reste de Nagsaki, le 10 août 1945 © Shogo Yamahata, gracieusement fournie par Bonhams

Censure imposée

Sur les 199 photos prises par Yōsuke Yamahata, seuls 71 négatifs de bonne qualité ont survécu, les 48 autres se trouvant dans l'appareil photo défectueux. Publiés le 21 août 1945 dans le Mainichi Shimbun, l'un des plus importants quotidiens japonais, ces clichés sont vite censurés par les forces américaines, qui débarquèrent sur l'archipel après la capitulation de l'Empire japonais le 2 septembre 1945.

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Ainsi, de 1945 à 1952, le Japon est sous l'occupation américaine. Tout au long de cette période, le Commandant suprême des forces alliées (le titre donné au général américain Douglas MacArthur) supervise l'archipel et instaure une commission de censure civile. Une censure omnipotente qui veille à ne pas entâcher l'image des États-Unis aux yeux du monde en évitant toute publication relative au devenir des Hibakusha (le mot japonais qui désigne les survivants des bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki).

Mais, une fois la censure levée en 1952, date à laquelle le Japon retrouve sa souverainetė, les photographies de Yōsuke Yamahata réapparaissent rapidement, rappelant au monde l'atrocité des faits. Pour la première fois, les corps des victimes des bombardements sont divulgués en Occident, et plus précisément aux États-Unis : les clichés de Yōsuke Yamahata paraissent dans le numéro du 29 septembre 1952 du magazine LIFE, ainsi que dans l'exposition The Family of Man du célèbre MoMA en 1955.

Un choc pour ceux qui avaient jusqu'ici tout mis en œuvre pour les maintenir dans l'ombre.

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En Une du magazine LIFE du 29 septembre 1952 : des danseuses, et un titre qui annonce © LIFE

En Une du magazine LIFE du 29 septembre 1952, des danseuses et un titre : "Première images – l'explosion atomique à travers les yeux des victimes" © LIFE

Un témoignage unique

Véritable témoin des tragiques conséquences d'une arme qui tua des dizaines de milliers de Japonais, les photos de Yōsuke Yamahata sont la seule trace visuelle de cette destruction massive. D'où, sans doute, leur prix de mise en vente aux enchères de Bonhams jeudi prochain, qui s'élève à 18 000 €.

Quelques années plus tard, le photographe japonais écrira d'ailleurs :

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Aujourd'hui, avec le remarquable redressement opéré par Nagasaki et Hiroshima, il peut être difficile de se souvenir du passé. Mais ces photos, témoignage inébranlable, continueront de nous rappeler les réalités de cette époque.

Un témoignage unique de l'Histoire donc, dont Yōsuke Yamahata a payé les conséquences : en 1965, il est diagnostiqué d'un cancer phase terminale, probablement causé par les effets des radiations reçues à Nagasaki en 1945. Il meurt un an plus tard à l'âge de 48 ans des suites de la maladie, et repose aujourd'hui au cimetière de Tama à Tokyo. Ses photos, elles, survivront toujours.

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Une femme allaitant son enfant blessé, le 10 août 1945 © Shogo Yamahata, gracieusement fournie par Bonhams

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Les destructions massives engendrées par la bombe atomique larguée sur Nagasaki, le 10 août 1945 © Shogo Yamahata, gracieusement fournie par Bonhams

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Une femme et son enfant blessés, le 10 août 1945 à Nagasaki © Shogo Yamahata, gracieusement fournie par Bonhams

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Le 10 août 1945, la ville de Nagasaki n'est plus qu'un vaste terrain de cendres © Shogo Yamahata, gracieusement fournie par Bonhams

Par Naomi Clément, publié le 03/06/2014

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