En images : comment Internet pousse les gens à s'habiller de la même manière

Depuis 1994, deux photographes hollandais capturent le style vestimentaire de groupes de jeunes gens, immortalisant ainsi les sous-cultures émergentes. Vingt ans après le début de leur projet, ils sont forcés de constater le déclin de la diversité chez la jeunesse, et accusent Internet.

C'est un phénomène que l'on observe quand deux filles montent dans le bus, et qu'elles portent exactement la même veste en jean, le même rouge à lèvres et les mêmes collants noirs. Cela arrive aussi quand les fans de la série The Only Way Is Essex se parent tous unanimement de jeans slim et de T-shirts à col roulé blanc. Ou quand un gang de rebelles apparaissent au coin de la rue, tous vêtus de la même chemise à carreaux.

D'où provient ce phénomène ? La réponse est Internet. Le phénomène culturel du "syndrome du même style" ("same-style syndrome") a toujours été là, mais avec la masse d'informations que l'on retrouve aujourd'hui en ligne, il n'a cessé de s'accroître.

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En 1994, le photographe hollandais Ari Versluis et son collaborateur Ellie Uyttenbroek commencèrent à documenter la culture jeune, et donnèrent naissance à Gabbers. Une série de portraits saisissants, donnant à voir une multitude de jeunes mâles au crâne rasé, vêtus de veste de survêt' colorées – un style complètement nouveau à l'époque. Les deux photographes, stupéfaits de leur propre découverte, organisèrent leurs photos sous forme de trombinoscope, pointant du doigt un phénomène d'étrange similarité, qui jusqu'ici était passé inaperçu.

The Gabbers series Photography by: Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

La série Gabbers
Crédits photos : Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

"Les jeunes gens se ressemblent tous de nos jours"

Cependant, le phénomène ne s'arrêta pas aux "gabbers". Au sein de leur studio à Rotterdam, le duo continua à documenter les modes des jeunes gens du quartier, avant d'explorer et de mettre le doigt sur d'autres sous-cultures à travers le monde. Avec leur série Exactitudes, Ari Versluis et Ellie Uyttenbroek ont à ce jour photographié quelques 154 groupes, des ladies glamour feutrées dans de longs manteaux de fourrure aux "Latte Lovers" de Milan en passant par les hipsters "Farmcore" d'Amsterdam.

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Après vingt ans d'Exactitudes, Ari Versluis a fini par constater, à regret, que les jeunes de notre époque étaient en train de devenir de plus en plus identiques, et ce de façon terrifiante. Il croit aussi que le monde est en train de devenir une immense masse globale, incapable de donner naissance à de nouvelles vraies sous-cultures. Il accuse Internet, déclarant au magazine new-yorkais en ligne The Cut :

En Europe, que vous alliez à Copenhague ou Rome ou Berlin ou Madrid, les jeunes gens se ressemblent tous de nos jours. On peut difficilement trouver de réelles sous-cultures. Tout est généré par Internet. D'ailleurs nous avons commencé à nous concentrer d'avantage sur les personnes âgées pour notre série, car il devient vraiment difficile d'obtenir quoi que ce soit des plus jeunes générations.

Pour fêter les 21 ans de leur projet, les deux photographes dévoileront ce mois-ci un livre qui recensera des anciennes mais aussi des nouvelles séries, ainsi que des portraits jusqu'ici jamais dévoilés.

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'Omen' Amsterdam, 2014 Photography by: Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

"Omen" Amsterdam, 2014
Crédits photos : Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

Convaincu qu'Internet a généré un accès mondial aux tendances et à la mode, Ari Versluis ajoute :

Aujourd'hui, tu peux avoir une chemise en un clic, et c'est ça la vraie différence. Désormais, même les petits enfants chinois achètent en ligne sur Topshop. Surtout, il y a tellement de représentation en ligne. Nous avons fait trois de nos quatre séries simplement via Facebook, en regardant des profils.

Les filles avec des micro shorts, des jeans, et des lèvres rouges par exemple. Juste en regardant leur Facebook, on pouvait se dire : "Ouais, elle est définitivement ce genre de nana, invitons la au studio pour notre série", et il s'avérait que l'on avait vu juste.

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Toutefois, ce phénomène n'a pas que des mauvais côtés. La série "Omen", un groupe de jeunes capturés à Amsterdam en 2014, présente des hipsters grunges, dont la diversité raciale est bien plus grande que chez leurs prédécesseurs, comme le constate Ari Versluis dans The Cut : "Dans cette partie de l'Europe, au tout début, les groupes étaient très monoraciaux – aujourd'hui, les jeunes se mélangent de plus en plus."

'Donna Decaffeinata' ,Milan, 2011 Photography by: Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

"Donna Decaffeinata" Milan, 2011
Crédits photos : Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

'Gabberbitches', Rotterdam, 1996 Photography by: Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

"Gabberbitches", Rotterdam, 1996
Crédits photos : Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

'Skaters', Rotterdam, 1997 Photography by: Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

"Skaters", Rotterdam, 1997
Crédits photos : Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

'Mwah!', Rotterdam, 2012 Photography by: Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

"Mwah!", Rotterdam, 2012
Crédits photos : Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

'Topshoppers', Saint Petersburg, 2013 Photography by: Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

"Topshoppers", Saint Petersburg, 2013
Crédits photos : Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

'VIPs', Limburg, 2009 Photography by: Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

"VIPs", Limburg, 2009
Crédits photos : Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

'Farmcore', Amsterdam, 2014 Photography by: Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

"Farmcore", Amsterdam, 2014
Crédits photos : Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

'Glamboh', Amsterdam, 2014 Photography by: Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

"Glamboh", Amsterdam, 2014
Crédits photos : Ari Versluis & Exactitudes / Exactitudes

'Portrait Of A Lady' Amsterdam, 2014 Photography by: Ari Versluis &; Exactitudes / Exactitudes

"Portrait Of A Lady" Amsterdam, 2014
Crédits photos : Ari Versluis &; Exactitudes / Exactitudes

Retrouvez l'intégralité de la série Exactitudes sur le site dédié.

Article traduit de l'anglais par Naomi Clément.

Par Lydia Morrish, publié le 24/03/2015

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