En images : dans l'objectif des habitants de la "jungle" de Calais

Une photographe française a confié des appareils à des migrants de la "jungle" de Calais. De quoi découvrir leur dur quotidien dans ce camp, dominé par l'attente et la frustration.

(Jungleye / Ammar Raad)

(©Jungleye/Ammar Raad)

Ce week-end, la police interpelait devant la gare de Calais une vingtaine de manifestants énervés, dont un ex-général de la Légion étrangère, à la suite d'une manifestation antimigrants des islamophobes de Pegida – pourtant interdite. Ce lundi matin, tradition médiatique oblige, les plateaux des radios se faisaient l'écho des commentaires outrés sur l'arrestation du général Piquemal ou sur la responsabilité de l'État dans cette crise. Or dans les matinales radio, vous n'entendrez jamais un habitant de la "jungle" raconter son quotidien désespéré.

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Certains cherchent toutefois à rendre une voix à ces hommes, femmes et enfants mis au ban du droit humain. Parmi eux Séverine Sajous, photographe, dont l'action a été relayée par le Guardian. La jeune Française a confié aux habitants du plus grand bidonville de l'Hexagone les appareils photos et stylos d'habitude réservés aux journalistes (on voit une partie de l'équipe ici, dans un des premiers clichés publiés sur la page Facebook du projet, le 1er décembre 2015). L'enjeu : que les migrants immortalisent eux-mêmes la vie qui leur est réservée ici pour mieux documenter un récit échappant ainsi au filtre du reporter.

Bons baisers de la "jungle" de Calais

Ces images, tour à tour amusantes, touchantes, bouleversantes ou carrément comiques, sont à découvrir sur la page Facebook Jungleye, qui se présente comme "une mémoire visuelle des migrants de Calais, ce dernier pas avant de décrocher le rêve", l'entrée en Grande-Bretagne. Un Graal que tous convoitent, pour en finir avec les flics français, les tirs de gaz lacrymogène et ces bateaux qui voguent vers Douvres mais à bord desquels ils ne peuvent pas grimper.

Les photos se trouvent ensuite imprimées sur des cartes postales, dont les passants peuvent se saisir pour les remplir et les envoyer. Séverine Sajous explique à Konbini :

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"le but est d'organiser, avec les cartes postales, des activités de sensibilisation durant lesquelles nous invitons les personnes à choisir la carte qui leur parle le plus pour y écrire un message au dos et l'envoyer dans l'une de nos trois boites aux lettres symboliques : France, Angleterre, Autre destination. Donc ce ne sont pas les participants du cours qui écrivent, mais des "passants" [...]

Nous allons réitérer l'expérience lors du festival Visa pour la Vie Belgique, à Louvain-La-Neuve, le 16 février. Nous aimerions beaucoup pourvoir réaliser cette activité au cœur de Calais, par exemple le jour du marché, afin de rencontrer les Calaisiens, dans un but de rencontre et d'échange, bien que nous sommes tout à fait conscients que la situation est très sensible."

La demande d'autorisation est en cours. Au cours de la première opération, dans la "jungle", certains ont écrit des messages indignés à David Cameron, d'autres ont envoyé quelques mots d'espoir à la providence, d'autres encore ont adressé leur colère... à personne en particulier. De ce projet photo se dégage un exercice d'humanité, une plongée crue dans le quotidien d'attente et de frustration des habitants de la "jungle" de Calais.

Pour découvrir le projet Jungleye, c'est par ici.

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"On voit toujours l'innocence dans les yeux des enfants, même dans les pires situations" (Jungleye / Ahmad Alsamray)

"On voit toujours l'innocence dans les yeux des enfants, même dans les pires situations." (©Jungleye/Ahmad Alsamray)

"Des maisons vides, laissées derrière par ceux qui sont assez chanceux pour avoir pu traverser" (Jungleye / Moomin)

"Des 'maisons' vides, laissées derrière par ceux qui sont assez chanceux pour avoir pu traverser." (©Jungleye/Moomin)

"Des amis proches" (Jungleye / Ahmad Alsamray)

"Des amis proches." (©Jungleye/Ahmad Alsamray)

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"Notre horizon est plein de barrières" (©Jungleye/Khalaf)

"Notre horizon est plein de barrières." (Jungleye / Khalaf)

(Jungleye / Ahmad Alsamray)

(©Jungleye/Ahmad Alsamray)

"On commence à voir les panneaux jusque dans nos rêves" (Jungleye / Mohammed Chihade)

"On commence à voir les panneaux jusque dans nos rêves." (©Jungleye/Mohammed Chihade)

"L'horizon rêvé" (©Jungleye/Moomin)

"L'horizon rêvé." (Jungleye / Moomin)

"C'est la seule façon de se détendre quand la vie devient si difficile" (Jungleye / Ahmad Konbos)

"C'est la seule façon de se détendre quand la vie devient si difficile." (©Jungleye/Ahmad Konbos)

(Jungleye / Ahmad Alsamray)

(©Jungleye/Ahmad Alsamray)

"Bienvenue à la Jungle de Calais. Ce n'est vraiment pas un endroit sympa où vivre. Mais même dans ce genre de situation, les gens essaient de se réapproprier cet environnement, créant des espaces de vie : des tentes organisées comme des micro-villages, des mosquées, des églises, des boutiques, même des restaurants, etc. [...]  (Jungleye / Ammar Raad)

"Bienvenue à la 'jungle' de Calais. Ce n'est vraiment pas un endroit sympa où vivre. Mais même dans ce genre de situation, les gens essaient de se réapproprier cet environnement, créant des espaces de vie : des tentes organisées comme des micro-villages, des mosquées, des églises, des boutiques, même des restaurants, etc. [...]"
(©Jungleye/Ammar Raad)

(Jungleye / Ammar Raad)

(©Jungleye/Ammar Raad)

"Nous voulons une vie paisible" (Jungleye / Ahmad Alsamray)

"Nous voulons une vie paisible." (©Jungleye/Ahmad Alsamray)

"Nous sommes frères en humanité, nous ne sommes pas des ennemis" (Jungleye / Momi)

"Nous sommes frères en humanité, nous ne sommes pas des ennemis." (©Jungleye/Momi)

"Je vais faire mes bagages et repartir en Syrie" (Jungleye / Mohammed Chihade)

"Je vais faire mes bagages et repartir en Syrie." (©Jungleye/Mohammed Chihade)

"La Jungle, ce n'est pas pour les humains. C'est seulement pour les animaux. Nous demandons à l'UE et surtout au Royaume-Uni de penser à tous les gens qui vivent ici" (Jungleye / Ahmad Alsamray)

"La jungle, ce n'est pas pour les humains. C'est seulement pour les animaux. Nous demandons à l'UE et surtout au Royaume-Uni de penser à tous les gens qui vivent ici." (©Jungleye/Ahmad Alsamray)

"Je voudrais que le peuple anglais nous laisse entrer sur son territoire car la situation ici est misérable. Nous ne sommes qu'environ 300 Syriens ici. Merci" (Jungleye)

"Je voudrais que le peuple anglais nous laisse entrer sur son territoire car la situation ici est misérable. Nous ne sommes qu'environ 300 Syriens ici. Merci."

Cher David Cameron, qui êtes-vous pour décider qui doit être entouré de barrières sur Terre ? Pourquoi n'avons-nous pas le droit de nous chercher une meilleure vie ? Répondez-nous   (Jungleye)

"Cher David Cameron, qui êtes-vous pour décider qui doit être entouré de barrières sur Terre ? Pourquoi n'avons-nous pas le droit de nous chercher une meilleure vie ? Répondez-nous publiquement."

Bonne année à tous, la Syrie souffre, les Syriens deviennent orphelins et personne ne les entend. Nous devenons des proies pour le régime et les milices extrémistes. Vous vous tenez face à nous et nous empêchez de passer (Jungleye)

"Bonne année à tous, la Syrie souffre, les Syriens deviennent orphelins et personne ne les entend. Nous devenons des proies pour le régime et les milices extrémistes. Vous vous tenez face à nous et nous empêchez de passer."

Par Théo Chapuis, publié le 08/02/2016

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