En images : le style des boys de Dakar

"Boy Town" est la nouvelle série de la photographe anglaise Nina Manandhar. Shooté tel un street style dans les rues de Dakar, ce projet tend à capturer les looks des jeunes hommes sénégalais, et soulève un certain nombres de questions... que nous lui avons posées.

Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

Originaire de Londres, Nina Manandhar délivre un travail à la frontière entre photographie et anthropologie. Dans chacun de ses projets, elle offre une véritable documentation sur l'humain, et se positionne tel un œil invisible, évoluant au milieu de nos vies, capturant un instant, un visage, un style.

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Pour son dernier projet intitulé "Boy Town", la jeune femme s'est rendue au Sénégal, en plein cœur de Dakar. Là-bas, déambulant entre la terre rouge et le soleil brulant, elle fut frappée par le style vestimentaire des jeunes hommes sénégalais, qu'elle s'est empressée de capturer. Boubous traditionnels, sneakers Nike et faux Prada, la photographe a arpenté les rues de la capitale sénégalaise pour nous faire part du meilleur du style local.

À travers cette série, elle tend à démontrer comment la façon dont nous nous habillons définit notre identité, et combien l'ère du numérique a brisé les barrières géographiques en matière de style. Entretien.

Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

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K | Comment est né ton intérêt pour la photo ?

Nina Manandhar | J’ai un oncle qui vit au Népal, qui est photographe. Je me suis rendue à Kathmandou quand j’avais 16 ans, et il m’a prêté un 35mm. C'est là que tout a commencé. J’ai aussi étudié les beaux-arts et réalisé de nombreux projets collaboratifs sur la photographie.

K | Le terme de "photographie documentaire" pourrait-il décrire ton travail ?

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J’aime être en complète immersion dans le quotidien d’autres gens. J’imagine qu’on peut qualifier ça de documentaire, mais j’aime bien l’idée de m’incorporer, être à la fois incluse et exclue des groupe d'individus.

K | Tu as déjà réalisé d’autres projets dont les protagonistes sont des garçons ("Brentwood Sweep", "Shisha Shack"). En tant que femme, c’est plus simple pour toi de photographier des hommes ?

Je pense que cela est plus facile de capturer à la fois les hommes et les femmes en fait. Être une femme photographe rend les choses plus faciles pour shooter une femme, car elle se sentira peut-être moins suspicieuse ; et shooter des hommes est également plus simple car ils sont plus enclins à dire "oui". Mais finalement, il s’agit surtout de gens, d’humains. Être capable d’être avec eux et qu’ils te fassent confiance, peu importe le genre, c'est ça l'essentiel.

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Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

Le corps comme outil de communication

K | Les vêtements ont également une place importante dans ton travail, on peut le sentir avec cette série, mais aussi à travers d’autres moins récentes (ton livre "What We Wore" par exemple). Quel est ton rapport avec la mode ?

La mode, c’est génial, mais je suis plutôt intéressée par le style et sa signification profonde pour les gens : la façon dont on se sert de ses vêtements pour exprimer nos affiliations en tant que personne ; ce que cela dit de là d’où nous venons, et comment on se définit nous-mêmes à travers eux ; notre sens d’appartenance et de différenciation ; le corps comme outil de communication… Je crois aussi que le style est une expression quotidienne de la créativité d’une personne. Ça l’a toujours été pour moi en tout cas.

K | Comment est né ce nouveau projet, "Boy Town" ?

J’ai été invitée à faire une résidence pour Les Petites Pierres, une superbe organisation basée à Dakar. Sur place j’ai été frappée par le style des gens, et le rôle qu'il jouait dans la construction de leur identité.

J’ai également fait un projet qui s’appelait "Heroes", une campagne de posters célébrant la jeunesse sénégalaise. La nuit tombée, je me suis rendue avec une équipe de rue de rollerbladers et on a placardé ces posters sur tous les murs de la ville.

K | C’était ta première fois en Afrique ?

Oui, et j’ai adoré ! Un des moments les plus marquants de mon séjour fut d’aller à une cérémonie de Baye Fall. J’ai aussi assisté à la Biennale de Dakar.

K | C’est vrai que les garçons étaient plus enthousiastes à l’idée de te montrer leur look et de poser que les femmes ?

Oui, ils étaient plus confiants face à l’objectif, en plein milieu de la rue. Peut-être pour des raisons religieuses… Les filles et les femmes étaient moins ouvertes.

Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

Tenue de Mosquée et baskets Nike

K | Comment as-tu choisi tes "mannequins" dans la rue, comment tu les détectais ?

Il me suffit souvent juste d'un tout petit détail, comme le garçon avec la peigne vert fluo dans les cheveux. Les portraits avec le fond blanc ont été produits dans un "Street Studio" qui a été mis en place avec Les Petites Pierres justement, l’organisation pour laquelle je faisais la résidence, ainsi qu’avec l’aide de mon fantastique réparateur Dulcie Abrahams Atlass. On a installé le studio dans la Médina, un quartier de Dakar.

K | Comment décrirais-tu le style de ces jeunes garçons ?

Un mélange de contemporain et de traditionnel. J’aime beaucoup les boubous colorés qu’ils portent les vendredis pour la prière. Souvent, on peut voir de jeunes musulmans qui croisent leur tenue de Mosquée avec des baskets Nike. Il y a aussi énormément de choses fabriquées avec des tissus traditionnels, mais avec des formes et des coupes contemporaines.

Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

Internet et la mondialisation du style 

K| Dirais-tu que la mode est quelque chose d’important pour l’identité et la culture des Sénégalais ?

Je ne suis pas experte, je n’y suis restée qu’un mois. Mais il m’a semblé que c’était effectivement quelque chose d’important, c’est probablement un outil d’expression pour la jeunesse, comme ça l’est dans tous les autres pays du monde. Il y a un essai fantastique de Suzanne Scheld : Youth Cosmopolitanism: Clothing, the City and Globalization in Dakar, qui souligne la façon dont l’entreprenariat est lié au style et à l’expression, et prend une place non négligeable dans l’économie globale des jeunes gens à Dakar.

K | Tu as senti que leur rapport au style était différent que dans d’autres villes que tu as pu visiter ? 

Ce qui est intéressant dans le street style aujourd’hui, c’est la façon dont cela évolue mondialement à cause d’Internet. Quand je regarde le look de ces garçons que j’ai photographiés à Dakar, ils auraient très bien pu se trouver à New York, à Amsterdam ou à Londres. Le style représente aujourd'hui ces identités hybrides, qui mélangent tenues traditionnelles et tendances contemporaines qui traversent le globe, et dont l'expansion ne cesse de s'accélérer avec l'ère digitale.

Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

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Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

Boy Town © Nina Manandhar

Pour plus de photos de Nina Manandhar et des boys de Dakar, rendez-vous sur son site.

Par Naomi Clément, publié le 05/03/2015

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