En images : les coulisses mystiques d'un des plus grands pèlerinages hindous

Le photographe Tomer Ifrah s'est mêlé à la foule d'un Kumbh Mela, l'un des plus grands rassemblements religieux au monde. Il a choisi d'en photographier l'envers du décor, un gigantesque campement de 20 km² accueillant les pèlerins. Magique.

(Tomer Ifrah)

(Tomer Ifrah)

Tomer Ifrah sillonne le monde avec son appareil photo. Il nous a déjà fait profiter des merveilles du métro moscovite et de la magie de l'Ethiopie, il nous revient aujourd'hui avec des images hantées qui plongent dans les coulisses d'un des plus grands rassemblements religieux au monde : le Kumbh Mela des villes saintes de l'Inde.

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Cette cérémonie hindouiste dure une poignée de jours. Armé de son objectif, le photographe s'est mêlé aux religieux, évitant soigneusement l'effervescence de la journée pour capturer les fragiles instants de veillée, dans ce gigantesque camp de tentes où des millions de pèlerins ont logé.

Grâce à lui, on sillonne dans ce campement de bric et de broc au milieu duquel des sâdhus accomplissent leurs rites, telles de silencieuses sentinelles veillant sur les pèlerins endormis. La lueur d'une bougie, le crépitement d'un feu ou de lointaines lumières sont les seules sources lumineuses qui nous dévoilent les dessous d'un des rassemblements religieux les plus peuplés (et les plus photographiés) au monde. Un voyage mystique que le photographe nous raconte. Bon voyage.

(Tomer Ifrah)

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Konbini | Tu nous expliques ce que c'est, le Kumbh Mela ?

Tomer Ifrah | Les Kumbh Mela se tiennent une fois tous les trois ans dans quatre villes différentes de l'Inde, Allahabad, Nashik, Haridwar et Ujjain. Des millions d'hindous, venus des quatre coins du pays, voyagent des jours et même parfois des semaines pour participer à ce pèlerinage. Selon cette religion, un pèlerinage pour l'une de ces villes saintes et une baignade dans un de leurs lacs procurent de nombreuses vertus spirituelles à l'âme du croyant.

K | Pourquoi as-tu choisi d'en photographier les "coulisses" et pas son côté plus étincelant et coloré ?

J'ai déjà visité l'Inde à plusieurs reprises et les Kumbh Mela m'ont toujours fasciné. Des tas de photographes du monde entier viennent couvrir l'événement et chacun d'entre eux a sa propre façon d'aborder le sujet. Du coup j'ai cherché la mienne. Après quelques jours, j'ai remarqué que je préférais m'intéresser aux marges, quand on ne voit pas spécialement la gigantesque masse de la population. Donc on ne voit souvent qu'une à deux personnes par tirage. J'ai préféré immortaliser là où les gens vivent pendant le festival. J'ai très vite réalisé qu'en plus de cela, je préférais les photographier de nuit. L'atmosphère était particulièrement spéciale.

K | A la vue de tes clichés, on pénètre dans une sorte de bidonville. Raconte-nous où tu te trouvais exactement.

Me retrouver nez-à-nez avec ce paysage pour la première fois, c'était incroyable : des tentes, seulement des tentes sur 20 km². Tout en prenant des photos, j'ai mis des heures pour traverser le bidonville d'un bout à l'autre. Mais j'ai adoré faire ça : je travaillais en général entre 20 heures et minuit, après les événements religieux de la journée et je sentais une atmosphère de grande quiétude, la plupart des habitants étaient heureux et amicaux.

Ce pèlerinage a la particularité de rassembler des individus venus de toutes les classes différentes. C'est pour ça que j'ai rencontré tous types d'installations dans le camp : j'ai vu des tentes riches et luxueuses avec cuisinier privé, assistants et gens de maison ; mais aussi certains avec un confort beaucoup plus basique ; jusqu'à d'autres qui dormaient carrément à même le sol sur les abords du bidonville, sans même une couverture.

(Tomer Ifrah)

(Tomer Ifrah)

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K | Tu as rencontré du monde ?

J'ai rencontré des gens très différents, locaux comme étrangers. Ma rencontre la plus inoubliable s'est produite l'une de ces nuits où je photographiais non loin d'un petit camp de tentes. J'ai soudain entendu des chants et des percussions depuis l'une d'entre elles et en m'approchant, ceux qui étaient dans la tente m'ont invité à entrer. Là, j'ai vu une cérémonie hindoue magnifique. La lumière était tamisée et seules quelques personnes âgées étaient là avec moi, officiant la cérémonie avec beaucoup d'attention et de concentration. L'atmosphère, là encore, était très spéciale.

K | Sur tes photos, quelque chose nous a frappé : on voit beaucoup d'hommes mais très peu de femmes. Rassure-moi, il y en a quand même ?

Franchement, il m'a semblé que parmi les locataires du camp de tentes, le nombre d'hommes et de femmes semblait égal. Bon, c'est vrai qu'on voit très peu de femmes sur mes photos mais ça tient surtout à deux raisons. Tout d'abord parce qu'en choisissant de photographier de nuit, j'ai effectivement rencontré beaucoup plus d'hommes qui marchaient à travers le camp. Mais aussi parce que ceux que je me suis attaché à capturer le plus sont les sâdhus et qu'en grande majorité, il s'agit d'hommes. En gros, il n'y a que 10% de femmes parmi les sâdhus.

K | D'ailleurs, qui sont ces sâdhus ?

Les sâdhus sont des hommes saints. Ils ont quitté le monde matériel et dédié leur existence à l'atteinte de la libération à travers la méditation, le yoga, les rituels religieux. On estime qu'il y a environ 5 millions de sâdhus en Inde et ils se rendent en grande partie dans les Kumbh Mela – ces rassemblement ont énormément de sens pour eux. Mais la grande majorité des pèlerins sont de simples hindous qui habitent le pays et d'autres qui font le déplacement depuis l'étranger.

Retrouvez Tomer sur Instagram et Facebook pour encore plus de photos.

(Tomer Ifrah)

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Par Théo Chapuis, publié le 22/11/2015

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