En images : les jeunes SDF de New York City dans l'objectif d'Alex Fradkin

Un photographe de New York City, Alex Fradkin, détruit les stéréotypes entourant les jeunes SDF grâce à sa série de portraits saisissants et remplis d'humanité. 

Les jeunes sans-abris sont monnaie courante à New York City. Près de 20 000 jeunes âgés de 24 ans ou moins vivent dans les rues de la "grosse pomme", et environ 40% de ces jeunes s'identifient comme appartenant à la communauté LGBT. Beaucoup de paramètres peuvent conduire à cette situation de détresse tels que les violences durant l'enfance, l'abus de drogues par les parents, les placements en foyers ou le fait que la famille ait été elle-même sans domicile fixe.

Le cliché du sans-abri est celui d'un junkie portant vêtements en charpie, cheveux gras et errant sans aucun but ni aucun rêve. Cependant cette image faussée n'est rien d'autre qu'un stéréotype inexact. L'année dernière, le photographe Alex Fradkin a documenté la vie de jeunes gens de New York actuellement sans-abris qui espèrent dépasser le cliché du SDF.

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(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

Pour son projet intitulé See Me: Picturing New York’s Homeless Youth, Fradkin n'a pas fait que prendre des clichés de jeunes gens en détresse. Le procédé qu'il a choisi lui a permis d'établir de véritables liens avec les jeunes et de dépasser la relation type qui existe entre un photographe et son sujet. Fradkin a longuement discuté avec eux et leur a laissé le choix de la manière, de l'endroit et du moment où ils voulaient être photographiés afin que le résultat dépende entièrement de la confiance établie entre eux. Ceci explique pourquoi beaucoup ont choisi des endroits où ils se sentent chez eux, comme la maison d'un ami ou d'un membre de la famille, une vieille maison ou un lieu qu'ils ont l'habitude de fréquenter.

Fradklin est professeur de photographie à l'International Center for Photography à Manhattan. De plus, il a tenu des ateliers de photographie pour les jeunes démunis à la Reciprocity Foundation. C'est là qu'il a rencontré quelques-uns de ses sujets qui essayaient de changer leurs vies. Les jeunes photographiés sont tous ou ont tous été des sans-abris à des degrés différents : certains sont ou ont été dans des foyers d'hébergement d'urgence, d'autres dans des foyers d'hébergement sur le long terme.

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Afin d'accompagner l'exposition célébrant les dix ans de la Reciprocity Foundation, Fradklin a publié ses photographies intimes et saisissantes sous la forme d'un livre. Avant la sortie de l'ouvrage, nous avons interrogé Fradkin à propos de ses relations avec les sujets de ses portraits, les difficultés de la vie dans la rue et sa méthode pour capturer des images si stupéfiantes.

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

K | Lorsque ces jeunes gens ont appris qu'ils disposaient du contrôle total de leur image sur leurs portraits, quelles ont été leurs réactions ?

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Alex Fradkin : La Reciprocity Foundation a une approche collaborative juste et attentionnée avec les jeunes sans-abris. D'une certaine manière, il était attendu d'eux qu'ils soient impliqués dans le procédé de création et qu'ils aient leur mot à dire. Ce qui était plus dur, c'était de leur faire laisser tomber l'idée de poser et à la place d'apparaître complètement naturels, de faire confiance à la force naturelle qu'ils dégagent.

Quel a été le procédé employé afin d'être sûr que les photos reflètent à 100% chaque personne de la façon désirée ?

Les jeunes veulent être vus de manière à ce qu'ils reflètent leur indépendance et leur force grandissantes. Les séances photos n'étaient pas orchestrées par toute une équipe. Au lieu de ça, ils ont parlé avec moi de la façon dont ils voulaient être représentés, avec qui, et où.

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"À dire vrai, j'aimerais les photographier tout au long de leurs vies – dans les moments les plus joyeux et les plus sombres, et tout ce qu'il y a entre."

La discussion était toujours ouverte, ce qui leur a donné la chance d'expérimenter et de changer d'avis. Nous avons travaillé de manière fluide et libre. Il y avait des choix différents faits chaque jour qui ont été discutés et menés à bien. Les jeunes ne se sont jamais sentis pris au piège par une image ou par une situation.

Le communiqué de presse déclare que vous avez construit de vraies relations avec les sujets de vos photos durant ces dernières années. En quelle mesure pensez-vous que ces relations ont contribué à établir l'effet général produit par ces photographies ?

J'ai rencontré ces jeunes il y a un an et je projette de les photographier encore pendant un an, si ce n'est plus. Honnêtement, nos relations sont beaucoup plus profondes que celles existant entre un photographe et son sujet. Ces jeunes sont comme des membres de ma famille et de ma communauté. À dire vrai, j'aimerais les photographier tout au long de leurs vies – dans les moments les plus joyeux et les plus sombres, et tout ce qu'il y a entre. 

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

Pouvez-vous nous en dire plus à propos des endroits dans lesquels les jeunes LGBT ont choisi d'être photographiés ?

Chaque personne a sa propre histoire visuelle de la ville dans laquelle il a vécu : l'endroit où il a rencontré un ami proche ou appris une terrible nouvelle... Lorsque j'ai travaillé avec les jeunes et que notre relation s'est développée, ils ont partagé avec moi ces espaces de New York riches de signification.

Derrick voulait que je le photographie dans la rame de métro où il a dormi durant les moments les plus difficiles. Il m'a aussi invité dans son appartement, là où sa période en tant que sans-abri a pris fin. Jennifer m'a amené dans l'appartement où elle a grandi car c'est un endroit qui lui est spécial. Elle a inclu son frère et sa mère dans la séance photo car ils lui sont chers.

"Bien sûr, ils ont été blessés et maltraités, mais cette expérience leur a permis de cultiver un instinct de survie fort, de la créativité et de la compassion."

J'ai aussi photographié ces jeunes sur le toit du bâtiment où un centre holistique pour les jeunes sans-abris a été créé par la Reciprocity Foundation. C'est là que la communauté se rencontre tous les jeudis soirs afin de partager ses histoires, créer des liens, manger et évoluer. Le mur noir n'est qu'un simple arrière-plan ayant l'avantage supplémentaire d'avoir de la texture et de bien renvoyer la lumière. C'est notre base de départ, l'endroit où tout le monde est photographié pour la première fois pour le livre, et nous rayonnons dans tout New York City à partir de là.

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

Quel message espérez-vous transmettre au public ?

Tellement de gens se retrouvent dans la situation du jeune qui doit faire face aux foyers d'accueil et à l'absence de domicile. Ce cliché est réducteur, comme la plupart des stéréotypes. Je voulais montrer les visages différents de ces jeunes gens forts qui, bien sûr, ont été blessés et maltraités, mais cette expérience leur a permis de cultiver un instinct de survie fort, de la créativité et de la compassion.

Les jeunes sans-abris ne se résument pas à leur vécu dans la rue. Ils ont des talents et des rêves qui dépassent leurs blessures. Ces jeunes s'en sortent grâce à leurs choix professionnels. Je crois profondément en leur humanité et en leur potentiel pour changer le monde. Je veux que les autres aussi ressentent ça.

Vous pouvez acheter le livre d'Alex Fradkin, See Me. 100% des bénéfices sont reversés à un programme d'aide aux jeunes sans abris. 

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

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(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

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(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photograph: Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

(Photographie : Alex Fradkin/Reciprocity Foundation)

Par Lydia Morrish, publié le 15/06/2015

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