En images : une autre vision de la Corée du Nord

Avec sa série "38ème Parallèle Nord", Hélène Veilleux délivre une toute autre image de l'État nord-coréen, connu pour son régime totalitaire et sa froideur militaire. Rencontre avec une photographe qui adoucit les mœurs.

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Hélène Veilleux est une photographe freelance de 37 ans. Si elle a élu la ville de Lyon comme base quotidienne, la Française est davantage attirée par des territoires reclus et surréalistes, ou plutôt des "zones", comme elle aime à les nommer. "J'ai une fascination pour le livre Stalker des frères Arcadi et Boris Strougatski (1972), et sa description d'une Zone, c'est-à-dire un territoire mystérieux où la réalité est altérée", nous explique-t-elle.

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Depuis cette lecture, Hélène Veilleux n'a cessé d'arpenter et d'immortaliser les contrées lointaines et isolées, par lesquelles bon nombre d'entre nous ne seraient que repoussés : Tchernobyl, Baïkonour (une ville du Kazakhstan créée en 1995 et administrée par la Russie jusqu'en 2050), la Transnistrie (un état non reconnu et indépendant de fait depuis 1991 et la chute de l'URSS) ou encore la Corée du Nord, territoire totalitaire connu pour sa grande réticence à l'ouverture sur le monde, et dans lequel notre photographe s'est rendue en mai 2014.

S'il est rare de voir circuler des clichés sur les entrailles de cet État asiatique – si ce n'est ceux divulgués par le gouvernement lui-même – Hélène Veilleux y est parvenue avec sa série "38ème Parallèle Nord". Barricadée derrière la vitre d'un bus touristique, elle a capturé les lieux nord-coréens et ses habitants. Le filtre rose, qu'elle a rajouté par-dessus ses clichés, nous donne même l'impression d'un pays paisible, loin de l'image d'habitude véhiculée.

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Konbini | Pourquoi avoir décidé d’aller capturer la Corée du Nord (un pays qui, rappelons-le, est plutôt réticent aux photographes étrangers) ?

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Hélène Veilleux | Il y a peu d’États qui tentent de contrôler autant leur image que la Corée du Nord, au point que chaque image de ce pays qui nous parvient laisse place au doute : s'agit-il de la réalité ou d'une construction, d'un décor ? Même moi, j'en viens à douter de mes photos, de mes souvenirs...

Et puis il y a la réalité du régime derrière la carte postale, une réalité terrible, glaçante et pourtant invisible... Je crois que c'est de ce décalage, de cette "uncanny valley", que naît en partie ma curiosité pour ce pays.

Pourquoi ce nom, "38ème Parallèle Nord" ?

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Le 38ème Parallèle Nord est la ligne de partage historique entre le Nord et le Sud de la Corée. C'est à la fois une ligne imaginaire (un parallèle géographique) et une barrière physique puisqu'une zone démilitarisée (DMZ) sépare les deux Corées.

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"Le contrôle y est total, et les règles du jeu sont simples"

Il y a deux choses qui fascinent dans cette série. La première est assez paradoxale : vous nous donnez accès à ce pays très fermé tout en étant vous-même enfermée à l’intérieur d’un bus. Vous pouvez nous raconter un peu la façon dont ces photos ont été réalisées, et votre ressenti pendant que vous les preniez ?

Tout en visitant Pyongyang [la capitale de la Corée du Nord, ndlr] en bus mais aussi à pieds, j'ai ressenti une distance immense entre les Nord-Coréens et moi, comme une barrière infranchissable, qu'elle soit matérialisée physiquement par la vitre du bus ou pas...

S'il est aujourd’hui possible d'avoir accès à ce pays avec un visa touristique, on est bien évidement à des années-lumière du tourisme de masse. Le contrôle y est total, et les règles du jeu sont simples : en tant que "touriste" étranger, cela se traduit par un contrôle des lieux que vous pouvez visiter, du temps que vous pouvez y passer, ce qu'il est permis ou non de photographier, sans compter la barrière de la langue – ce qui limite d'autant plus les occasions de braver les interdits et donc d'avoir accès à la réalité du pays...

La seconde chose qui frappe, c’est ce filtre rose, qui semble vouloir atténuer le caractère totalitaire du gouvernement nord-coréen. Qu'avez-vous cherché à traduire ?

Sur cette série, j’ai choisi de travailler en post-production des couleurs pastel qui font écho au surnom de la Corée : "le pays du matin calme" – et qui est en opposition totale avec la réalité du régime.

Ces couleurs passées sont aussi un rappel de la "bulle temporelle" dans laquelle se trouve la Corée du Nord, qui évolue dans un temps qui n'est plus vraiment le nôtre depuis 1945, et partage ainsi une version de l'Histoire qui n’est pas écrite dans nos livres.

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Preuve que cette série photo fascine, elle a été exposée cette année à Arles, dans le cadre de la programmation OFF, à la galerie de la Fontaine Obscure basée à Aix-en-Provence...

Exposer à Arles la semaine d'ouverture du festival était une grande chance, et je remercie la Fontaine Obscure de m'avoir fait confiance. C'était une semaine un peu folle où tout le monde de la photo se retrouve, discute, échange et fait (aussi/beaucoup/trop) la fête...

Quelles autres zones désirez-vous explorer ? Et quels sont vos projets futurs ?

J'aimerais poursuivre mon exploration, commencée avec la Transnistrie, avec des États non reconnus comme l'Ossetie du Sud ou l'Abkhazie.

En ce moment, je prépare un voyage à Téhéran (Iran) et j'espère pouvoir prochainement mener à bien un projet sur la conquête spatiale, une autre de mes nombreuses obsessions. C'est un projet pour lequel je suis allée au cosmodrome de Baïkonour (Kazakhstan) en juin dernier. Malheureusement le décollage du lanceur Soyouz [une fusée russe, ndlr] auquel je devais assister à été annulé au dernier moment...

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En attendant de découvrir les futurs projets d'Hélène Veilleux, vous pouvez découvrir ses précédentes séries photos sur son site

Toutes les photos tirées de cet article appartiennent à Hélène Veilleux.

Par Naomi Clément, publié le 09/09/2015

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