En Thaïlande, les prisonniers montent sur le ring pour leur liberté

Avec sa série Prison Fight, le photographe Aaron Joel Santos donne un aperçu des entraînements de boxe auxquels certains détenus peuvent participer en Thaïlande dans l'espoir d'une remise de peine.

Photographs from Klong Prem prison's Muay Thai program in Bangkok, Thailand.

Basé à Hanoï au Vietnam depuis 2007, le photographe américain Aaron Joel Santos s'est rendu dans la prison de Klong Prem à Bangkok. Une des premières prisons du pays qui propose à quelques détenus un programme organisé par Prison Fight, "une organisation extérieure au système pénitencier mais qui agit avec le soutien manifeste des gardiens et de l'administration pénitentiaire, eux-mêmes impliqués", rapporte-t-il.

Publicité

Depuis un an, cette association offre la possibilité aux prisonniers de combattre des adversaires étrangers venus du monde entier lors de matchs de Muay Thaï, ou boxe thaïlandaise, le sport national du Pays du sourire. Si elle fournit équipements et entraîneurs à raison de quelques heures par jour, il n'est pas question pour autant de laisser les détenus sortir du bagne : les adversaires doivent défier les prisonniers sur leur propre territoire.

Photographs from Klong Prem prison's Muay Thai program in Bangkok, Thailand.

La liberté à la clé ?

Les combats à l'intérieur des prisons ne sont pas nouveaux et il faut revenir au XVIIIème siècle pour mieux comprendre leur symbolique aujourd'hui. En 1767, lors de la chute du royaume d'Ayutthaya, ancien royaume thaï envahi par les Birmans, des milliers de soldats thaïlandais furent incarcérés et durent affronter les meilleurs combattants ennemis.

Publicité

La légende dit que le champion ultime fut Nai Khanom Tom, un ancien soldat thaï qui avait alors obtenu sa liberté en gagnant contre une dizaine des meilleurs boxeurs du monarque birman. Un guerrier désormais vénéré et idolâtré par les adeptes du Muay Thai.

Inspirée par cette légende, on comprend la motivation des prisonniers : une possible liberté ou réduction de peine s'ils gagnent plusieurs combats. Le bruit court alors que les prisonniers peuvent même gagner de l'argent et devenir célèbres s'ils s'affirment sur le ring. Le photographe Aaron Joel Santos nuance :

C'est ce que tout le monde dit, mais il reste difficile de cerner ce qu'ils gagnent réellement, étant donné que c'est un programme relativement nouveau. Donc j'espère qu'en se développant, il deviendra plus transparent.

Publicité

Photographs from Klong Prem prison's Muay Thai program in Bangkok, Thailand.

Photographs from Klong Prem prison's Muay Thai program in Bangkok, Thailand.

Par ailleurs, cette activité n'est pas réservée à tous. Il faut avant tout "avoir un dossier correct et être un prisonnier modèle", précise Aaron Joel Santos. Selon lui, cela permet surtout aux détenus d'avoir une occupation dans la journée, "de passer le temps de manière saine".

Publicité

Il ajoute : "La plupart de ceux à qui nous avons parlé avaient déjà gagné leurs premiers combats quelques semaines auparavant et c'était déjà une belle récompense pour eux". Surtout pour ceux qui pratiquaient ce sport auparavant. Le photographe a même croisé d'anciens champions.

De cette visite, il garde quand même une part de doute. Car on ne rentre pas non plus à sa guise dans un univers aussi confiné et contrôlé que la prison, surtout quand on est étranger. C'est d'ailleurs une fixeuse [indic' pour journaliste, ndlr] thaïlandaise avec laquelle il a collaboré à plusieurs reprises qui lui a permis de pénétrer les lieux.

Photographs from Klong Prem prison's Muay Thai program in Bangkok, Thailand.

Photographs from Klong Prem prison's Muay Thai program in Bangkok, Thailand.

Le photographe n'est pas dupe :

Je suis aussi conscient qu'on m'a certainement montré exactement ce qu'on voulait que je voie à l'intérieur des murs. Nous n'avons eu le droit d'accéder qu'à un seul endroit de la prison et nous ne pouvions parler qu'avec les détenus qui faisaient partie du programme. J'imagine qu'ils savaient qu'on était journalistes et donc qu'ils avaient été briefés avant que nous arrivions.

Pour autant, il est persuadé que ce programme est une chance pour les détenus. "C'est l'exercice physique ancré dans la tradition et la camaraderie", explique-t-il. Rituels bien spécifiques, musique aux sonorités asiatiques... Malgré ses airs de "tous les coups sont permis", le Muay Thaï obéit à beaucoup de règles et nécessite une certaine rigueur et une haute concentration. Cette pratique permet donc aux prisonniers de canaliser leur énergie, de s'évader le temps d'un match et de fuir la surpopulation dans les cellules et les mauvaises conditions d'hygiène. Il paraît même qu'ils ont le droit à des cellules plus spacieuses.

Le but n'étant bien évidemment pas de les rendre plus aptes à la bagarre, mais au contraire de leur permettre d'avoir une activité qui les occupe aussi bien physiquement que mentalement. Une idée que le photographe résume par la phrase suivante :

L'espoir est là et le sport aussi, et tous les deux semblent avoir un effet positif sur les détenus. C'est ce qu'il faut retenir à mon avis.

Photographs from Klong Prem prison's Muay Thai program in Bangkok, Thailand.

Photographs from Klong Prem prison's Muay Thai program in Bangkok, Thailand.

Photographs from Klong Prem prison's Muay Thai program in Bangkok, Thailand.

Photographs from Klong Prem prison's Muay Thai program in Bangkok, Thailand.

Crédits image : Aaron Joel SantosPour voir davantage de photos, rendez-vous sur son site Internet.

Par Anaïs Chatellier, publié le 19/08/2014

Copié

Pour vous :