Hipster in Stone : des statues grecques habillées en hipsters

Un type a rhabillé en hipsters les sculptures du Louvre, rayon Renaissance et en a tiré Hipster in Stone, une série de photos qui fait bugger. Classe ou pas classe ?

La Resurrection du Christ" (Germain Pilon) habillé par Leo Caillard

Le détournement a le vent en poupe et il semble que la tendance hipster piétine à s'éteindre. Bien au contraire, elle s'embrase. Et quel embrasement puisque dans leur conquête du monde à coup de bonnets en été et de style faussement à l'arrache, la vague "hipster"a jeté son dévolu sur les sculptures de la Renaissance. Un photographe précisément, Léo Caillard, a réalisé une série de photos intitulée Hipster in Stone.

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Le principe est simple : les sculptures du Louvre ont été habillées façon flex-jme-la-pète. Le résultat est surprenant et Jésus a grave le swag. Mauvais goût ? Pas si sûr.

Hispter in stone : la hype dans la roche

Barberini Faun

C'est lors de ses visites régulières au Louvre que le photographe Leo Caillard a eu l'idée de cette série qui pourrait en agacer plus d'un façon :

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Marie Joseph de belle île en mer ! Des statues grecques détournées en hipsters ? De grandes oeuvres de la Renaissance assorties de lunettes Ray Ban? Et puis quoi encore ? Faut-il que nous soyons en pleine phase de régression culturelle pour manquer à ce point de respect au patrimoine de nos esprits? Ces oeuvres ont été réalisées par des mains de maîtres que l'on compte - excusez du peu- au royaume immortel de l'inspiration !! Collons les bouclettes de Lorie à la Joconde tant qu'on y est !

Oui, de prime abord la nouvelle n'est pas facile pour tout le monde mais voilà comment Leo Caillard a eu l'idée  de ce détournement :

Quand j'ai regardé les statues classiques (du Louvre), j'ai eu l'idée de les habiller parce que beaucoup d'entre elles avaient une attitude de hippie et à la mode des poses que nous voyons habituellement dans les magazines de mode. (...) J'ai choisi de moderniser les statues parce qu'elles représentent des personnes emblématiques, des dieux et personnages célèbres. Et dès que je les ai habillés, ils sont soudainement devenus ... des gens cool que vous pouvez voir à tout moment dans la rue.

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"Ouiii alors maintenant c'est le règne du cool. Et le royaume des immorteeels alors ?". Monsieur en colère va se taire et regarder comme tout le monde, le résultat que voici :

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"Aristaeus,"(1817 par Francois Joseph Bosio) habillé par Leo Caillard

Si vous vous posiez la question : non, le photographe n'a pas réellement habillé les statues puisqu'il ne disposait pas des autorisations pour le faire. Il a d'abord pris les statues en photo puis a demandé à des gens proches de leurs morphologies de se faire photographier en studio. Il a ensuite superposé (via photoshop) les vêtements des prises studios sur celles des sculptures. La magie du numérique..

Fake art ou mauvaise digestion ?


Oui mais voilà, est-ce que cette magie numérique sert ou dessert celle colportée par ces oeuvres de la Renaissance ? Si la roche a permis de faire perdurer l'existence de ces oeuvres, la hype mérite t-elle le même traitement d'immortalisation ? Pas sûr mais sait-on jamais ? Après tout, voir ces sculptures ainsi accoutrées soulève des questions pas si banales et soulever des questions, c'est une histoire de quête de sens. L'interrogation par la représentation, c'est une définition de l'art tout à fait légitime et dont cette série photographique peut, mine de rien, se vanter.

Ce n'est pas parce que cette série se nomme Hipster in stone que la hype est gravée dans la roche du siècle. Mais comme on étudie l'art de la Renaissance en cours d'Histoire de l'Art, est-ce qu'on étudiera dans un sablier d'années la Hype, comme un courant de pensée et d'état d'esprit de ce début de XXIème siècle ? Troublant mais possible. Les époques passent et ne se ressemblent pas. On accorde au classicisme un crédit à la hauteur de ses techniques exceptionnelles que l'on prend pour référence et forcément, à côté d'une statue d'Apollon ou du Christ en maîtrise parfaite, il est aisé de rabaisser les productions de notre temps au rang des productions insipides. Mais les techniques utilisées à l'époque n'ont plus vraiment de raison d'être depuis que l'image et le numérique savent valoriser les détails. On peut se plaindre de mettre du mainstream dans nos précieux culturels, l'agacement peut se comprendre mais depuis quand les essais et autres démarches artistiques demandent la permission ?

Que les premiers qui criaient à l'acte de vandalisme se rassurent : il n'y a pas de quoi s'insurger. L'art ne tient pas à une oeuvre en soi mais en sa perception et cette dernière est en constante mutation. S'il faut donc que la tendance hype s'immisce jusque dans la barbe d'un dieu, qu'il en soit ainsi. L'histoire fera le reste mais pas de raison de jouer à l'amateur d'art consterné parce que même si ce détournement te déplait, la hype fait remonter la Renaissance à la surface. En un sens, elle la célèbre !

Bref, rien ne se perd, tout se transforme et en 2013 surtout, on touche à tout. Sans tabou. Ce n'est pas un mal, juste le signe d'une évolution à suivre...

Par Afifia B, publié le 20/09/2013

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