Il y a 45 ans, les Beatles traversaient Abbey Road

Ce week-end, la rue londonienne de Abbey Road fêtait un anniversaire particulièrement important dans l'histoire du rock : il y 45 ans, les Beatles traversaient un passage piéton et Iain MacMillan immortalisait cet instant. Retour sur l'histoire de l'une des plus célèbres pochettes d'album de tous les temps. 

Nous sommes le 8 août 1969, il est à peu près 11h30 du matin. Tandis que des policiers bloquent la rue, le photographe écossais Iain MacMillan, juché sur une échelle, s'apprête à prendre une photo qui rentrera dans l'histoire.

En effet, George Harrison, Paul McCartney, Ringo Starr et John Lennon traversent tranquillement le passage clouté du croisement de Grove End Road et Abbey Road à Londres. En moins d'un quart d'heure, le photographe réalise une dizaine de photos pour n'en garder qu'une : celle qui ornera la pochette de l'album mythique Abbey Road.

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La fameuse photo de l'album Abbey Road prise par McMillian le 8 aout 1969. De gauche à droite : George Harrison, Paul McCartney, Ringo Starr et John Lennon.

La fameuse photo de l'album Abbey Road prise par MacMillan le 8 aout 1969. De gauche à droite : George Harrison, Paul McCartney, Ringo Starr et John Lennon.

Dans une interview accordée au Guardian, 20 ans après que le fameux cliché eut été pris, MacMillan, décédé en 2006, explique que son choix s'est porté sur une des photos "où leurs jambes formaient un "V" parfait", avant de donner son point de vue sur le succès de cette photo :

Je pense que la raison pour laquelle elle est devenue si populaire, c'est sa simplicité. C'est un cliché très simple et stylisé. C'est aussi une photo à laquelle les gens peuvent s'identifier. C'est un endroit où les personnes peuvent continuer à marcher.

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En effet, alors que le quatuor britannique vit ses dernière heures de gloire avant d'annoncer sa séparation, cette image offre un contraste entre la banalité de l'action et la célébrité du groupe. Pourtant, les Beatles ont failli se retrouver au pied de l'Everest pour réaliser cette pochette. En effet, comme le raconte un article de la BBC, le nom pressenti pour l'album devait être Everest, en référence à la marque de cigarette que fumait Geoff Emerick, ingénieur qui a travaillé pendant longtemps avec les Beatles. Et afin de correspondre au titre, une photo au pied de l'Himalaya avait été envisagée. Néanmoins, il abandonne l'idée, le spot étant jugé un peu trop loin pour une simple photo.

Ils décident, sous l'impulsion de Paul McCartney, de traverser le passage piéton situé juste en face du studio EMI où ils ont enregistré pratiquement la totalité de leurs chansons. Sur la photo, ils tournent le dos au studio et semblent vouloir aller de l'avant. À l'époque, leur séparation se préparait. Abbey Road, sorti en septembre 1969 sera ainsi leur onzième album et aussi le dernier enregistré car si un an plus tard sort Let it Be, celui-ci avait été enregistré avant. Profitant de l'aura de l'album, les studios EMI, qui ont vu passer des pointures comme Pink Floyd ou Radiohead, deviennent Studio Abbey Road.

Photo prise par Lind McCartney tandis que les Beatles s'apprêtent à traverser le passage piéton.

Photo prise par Lind McCartney tandis que les Beatles s'apprêtent à traverser le passage piéton.

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Le complot "Paul is dead"

Si cette pochette a marqué l'histoire du rock et fait partie des images les plus détournées – dans Trainspotting de Danny Boyle, par les Simpsons ou les Red Hot pour n'en citer que quelques uns – elle a aussi été l'objet des pires théories conspirationnistes : les Beatles auraient tout fait pour garder secret la mort d'un des membres du groupe. Paul McCartney serait décédé trois ans plus tôt, en 1966, dans un accident de voiture. Et les indices ne trompent pas.

En effet, John Lenon, en tête du cortège, est vêtu de blanc, en référence à l'au-délà, comme s'il allait faire office du prête qui dicte la messe des funérailles. Ringo Starr, qui le talonne de près, revêt un costume noir, preuve qu'il est en deuil. Paul McCartney, quant à lui, est le seul à avoir les yeux fermés et à se balader pieds nus, référence certaine aux morts enterrés en Inde. Il reste donc celui qui ferme cette marche funèbre, George Harrison qui pourrait bien représenter le fossoyeur ou le croque-mort.

Pas de doutes possibles : cette pochette est bien une allégorie de la mort de Paul McCartney, remplacé sur la photo par un sosie. Et pour preuve ultime, il tient sa cigarette dans la main droite alors qu'il est gaucher... Cela ne peut que confirmer son remplacement par un sosie. Il s'appellerait même William Campbell, acteur américain qui ressemble vraiment comme deux gouttes d'eau au bassiste des Beatles.

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Et ce n'est pas tout, si vous regardez bien, la plaque d'immatriculation de la coccinelle qui se trouve à gauche de l'image confirme ces hypothèses.  En effet, on peut lire "LMW 28 IF",  l'acronyme de "Living McCartney Would be 28 IF" que l'on peut traduire par "SI McCartney était vivant il aurait eu 28 ans" (à cette époque là il en avait 27), ou de "Linda McCartney Weeps" (Linda était l'épouse de Paul à cette époque-là et "to weep" signifie pleurer). En plus, le choix de la voiture ne peut être anodin car si en France, on surnomme cette vieille Volkswagen "la coccinelle", en anglais on l'appelle la Beetle car (la voiture scarabée), nom qui se prononce comme le groupe mythique.

La pochette de l'album

La pochette de l'album : Sergeant Pepper Lonely Hearts Club Band, sorti en 1967.

Vous n'êtes toujours pas convaincus ? Alors regardez du côté de la pochette de leur huitième album, Sergeant Pepper Lonely Hearts Club Band, sorti le 1er juin 1967. Si on plisse les yeux et qu'on fait marcher un peu son imagination, on peut lire dans les fleurs jaunes : "Paul ?". Elles forment aussi une basse, l'instrument fétiche de Paul, c'est donc forcément un hommage qui lui est rendu... Car à cette époque-là, il était déjà mort. Il paraît même que si on écoute à l'envers une des chansons de cet album, on peut entendre John Lenon murmurer "Paul is dead".

Paul is live

Les complotistes vont très très loin. Peut être ont-ils pris trop à coeur Lucy in the Sky with Diamonds... Et dire que tout est parti d'un accident de voiture qui a bien eu lieu, mais où il est sorti presque indemne, malgré une lèvre fendue et une dent cassée. Rapidement, Paul McCartney rassura ses fans dans un article publié dans le magazine Life : il n'est pas mort et est même en pleine forme.

Amusé, il se réappropriera la pochette de Abbey Road pour son album intitulé Paul is live (en réponse à la théorie Paul is dead), sorti en 1993, où il posera sur le même passage piéton, seul cette fois-ci et accompagné de son chien. Une coccinelle similaire est garée au même endroit et on peut lire sur la plaque d'immatriculation"51 IS". L'âge de Paul McCartney lors de la sortie de ce nouvel album.

Pochette de l'album "Paul is live" de Paul McCartney sorti en 1993.

Pochette de l'album "Paul is live" de Paul McCartney sorti en 1993.

De quoi ridiculiser toutes ces machinations. À moins que le Paul McCartney qui, à plus de 70 ans, continue de faire des tournées mondiales, ne soit un imposteur lui aussi ? Ce qui est sûr c'est que, ce passage piéton, en étant foulé par le groupe qui a vendu le plus d'albums au monde (devançant même "The King" en personne), est devenu un lieu incontournable, si ce n'est culte, prisé par les fans.

Ainsi, pas un jour ne se passe sans qu'une bande de potes ne se mette en scène comme John, Ringo, Paul et George. Des scènes immortalisées par une caméra fixée au coin de la rue qui film H24 le passage piéton. Pour célébrer les 45 ans, ces drôles de défilés n'ont bien évidemment pas manqué à l'appel, au grand dam des agents de sécurité parachutés à Abbey Road pour l'occasion et qui ont certainement passé A hard day's night en ce 8 août 2014.

Par Anaïs Chatellier, publié le 11/08/2014

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