Inde : une série photo mode inspirée d'un viol collectif crée la polémique

Le photographe mode Raj Shetye a publié une série photo représentant un viol collectif. Un acte qui a coûté la vie à une jeune indienne dans un bus, il y a bientôt deux ans. 

© Raj Shetye

© Raj Shetye

Un bus, plusieurs hommes et une sublime mannequin à la bouche pulpeuse et aux jambes interminables. Sur le papier, il pourrait s'agir d'un shooting mode comme il en existe des millions d'autres. A un gros détail près : le modèle est en réalité mis en scène en train de se faire molester par les usagers masculins du bus.

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Intitulée "The Wrong Turn", la série photo évoque immédiatement l'horrible affaire du viol collectif d’une étudiante en médecine dans un autobus de New Delhi en décembre 2012. Un évènement sordide qui reflète l’insécurité qui règne en Inde depuis des décennies et qui a traumatisé tout un pays, déclenchant un vent de révolte sans précédent.

Publiés la semaine dernière par le photographe indien Raj Shetye, les clichés "mode" sont aussi choquants qu'indécents. Ils glamourisent d'une façon (très) déplacée un meutre effroyable. Sur les réseaux sociaux, les réactions ne se sont pas faites attendre : l'incompréhension règne et la polémique enfle.

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Une défense maladroite

Bien que la référence à cette affaire saute aux yeux, le photographe de mode s'est défendu en réfutant tout rapprochement avec le viol de New Dehli. Contacté par le site Buzzfeed, il a déclaré : "Ce n'est pas basé sur Nirbhaya [le nom attribué par les médias à la jeune fille qui signifie "sans peur", ndlr]". Avant de rajouter :

Mais comme je fais partie de cette société et que je suis photographe, ce sujet m'émeut. Je vis dans une société où quelque chose comme ça pourrait arriver à ma mère, ma petite amie ou ma soeur.

© Raj Shetye

© Raj Shetye

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© Raj Shetye

© Raj Shetye

Selon Raj Shetye, sa démarche a été mal perçue et visait surtout à dénoncer les viols de la seule façon qu'il connaissait : en images. Il précise, de façon maladroite :

Comme je suis photographe, mon seul moyen de communication c'est la photo. Pour moi c'est aussi simple que ça. C'est de l'art. Faire des films, écrire des articles ou des poèmes sont également des moyens de parler du sujets. Faire des photos de mode est la chose que je fais le mieux.

A cette ligne de défense adoptée par le photographe, se rajoute également une dénonciation des classes sociales assez confuse :

Le message que je voudrais faire passer c'est que peu importe qui est la fille, et de quelle classe sociale elle est issue ; cela peut arriver à n'importe qui. Nous vivons dans une société dans laquelle les riches se déplacent en voiture, et les pauvres en transport en commun – et sont donc plus en danger. Je voulais mixer ces deux univers très différents pour en extraire des images fortes et esthétiques.

Sur le plan personnel, j'ai aussi eu beaucoup de réactions. Sur mon Facebook, de mes amis. Je suis satisfait de mon travail, ça permet d'apporter de la lumière au sujet.

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© Raj Shetye

Magnifier un acte barbare

Bien que le photographe se soit expliqué sur ses intentions et s'efforce d'écarter toute référence au viol collectif de New Dehli, il n'en demeure pas moins que les similitudes sont indéniables. Et quoi qu'il dise, ses clichés tentent de magnifier un acte barbare. Raj Shetye a d'ailleurs fini par supprimer sa série photo du site Behance, sur lequel elle avait été mise en ligne.

Cette polémique fait écho à de nombreuses autres qui ne cessent de retentir dans le monde de la mode. Pour sortir leur épingle du jeu, certains magazines n'hésitent plus à faire des éditos autour de sujets chocs. En mars dernier, le magazine Vogue Italie publiait une série photo autour des violences domestiques, dans laquelle on voyait des femmes mortes sous les coups de leurs compagnons, habillées dans des vêtements luxueux. Il y a plus longtemps, c'est "Be My Slave", un édito autour de l'esclavage dans le magazine DIVA qui avait été jugé très raciste.

Par Constance Bloch, publié le 06/08/2014

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