Le surf à la sauce texane

Dans Surf Texas, le photographe Kenny Braun immortalise la scène surf de l'Etat "de l'étoile solitaire". Des clichés en noir et blanc qui sentent bon l'écume et qui reviennent sur un phénomène méconnu. Interview. 

Session lors de l'ouragan Isaac à South Padre Island, (2012) - Crédit Image Kenny Braun (University of Texas - 2014)

Session lors de l'ouragan Isaac à South Padre Island (2012) - Crédit Image : Kenny Braun (University of Texas - 2014)

On le sait trop peu mais il y a du surf au Texas. Pas toujours du bon surf, ni du surf consistant mais suffisamment de vagues pour qu'une scène importante se forme. Au pays de la conquête spatiale, des cow-boys et des grands espaces, certains ont troqué le lasso pour le leash, et ont déplacé le front pionnier au large du Golf du Mexique.

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Kenny Braun fait partie de ceux-là. Avant d'être photographe, ce Texan natif de Houston est avant tout un passionné. Après avoir suivi sa première vague au milieu des années 70, il commence à photographier ses compères du line-up au début des années 2000. Il achève le projet quinze ans plus tard et a publié récemment l'ensemble des clichés dans le livre Surf Texas, paru aux éditions de l'Université du Texas.

Qu'est-ce qu'on surfe au Texas ?

Malgré leur glaçante beauté, due en partie à une utilisation habile du noir et blanc (pour donner au projet une "teinte intemporelle") , il est des questions auxquelles les photos de Kenny Braun ne répondent pas et qui titillent la curiosité des néophytes en la matière. À commencer par une présentation des meilleurs spots et le type de vague que l'on peut trouver sur le littoral texan :

Le Texas possède 591 kilomètres de côte, et le Golf du Mexique produit de nombreuses vagues grâce aux dépressions, tempêtes tropicales, ou aux vents dominants et septentrionaux. La plupart des vagues sont en fait des beach breaks situés à proximité des jetées. On trouve dans le nord des spots réputés comme Galveston et Surfside Beach près de Houston.

Pour ce qui est du centre, c'est à Port Aransas que l'on peut trouver les meilleures conditions. Quant au sud, les spots les plus célèbres se trouvent à proximité de South Padre Island. En général, on trouve les meilleures vagues dans le sud de l'Etat, même si tout cela dépend évidemment des entrées maritimes, du vent et des marées.

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Un tanker au large de Galveston Bay (2013) - Crédit Image Kenny Braun (University of Texas - 2014)

Un tanker au large de Galveston Bay (2013) - Crédit Image : Kenny Braun (University of Texas - 2014)

Le garage d'un surfeur à South Padre Island (2007) - Crédit Image Kenny Braun (University of Texas - 2014)

Le garage d'un surfeur à South Padre Island (2007) - Crédit Image : Kenny Braun (University of Texas - 2014)

La ruée vers l'eau

Malgré ce panel important de spots, le "bon surf" reste une denrée rare au Texas. Les bonnes conditions ne durent pas et la qualité n'a rien de comparable aux "autres" côtes américaines. Cette rareté transparaît dans les clichés de Kenny Braun. Ici plus qu'ailleurs, le surf est affaire de patience, d'un rapport presque extatique avec la nature.

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Le photographe l'évoque :

Au Texas, même quand il y a de bonnes vagues, cela ne dure pas. Avoir la chance de faire une bonne session dépend bien sûr de la proximité de la plage mais aussi de sa disponibilité. Je pense que de manière générale, les surfeurs texans savent à quoi s'attendre.

Dans le Gofle du Mexique, nous n'avons pas les mêmes vagues que dans le Pacifique ou l'Atlantique, mais nous nous en contentons et n'hésitons jamais à voyager pour surfer d'autres vagues. Les surfeurs, ici, sont tout aussi passionnés que n'importe où dans le monde.

Outre cette vertu descriptive indéniable, le travail de Kenny Braun se nourrit, en quelques sortes, de l'ignorance collective à propos du phénomène. Si les scènes que capture le Texan sont éblouissantes, c'est aussi parce qu'elles prennent place à un endroit où on ne les aurait jamais imaginées.

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"Beaucoup de gens ne savent pas qu'il y a des plages au Texas, et des surfeurs !"

Cette confrontation entre ce qu'on n'attendait pas et la maîtrise évidente de Kenny Braun fait de Texas Surf une série unique.

Dolphin Surf (South Padre Island 2012) - Crédit Image Kenny Braun (University of Texas - 2014)

Dolphin' Surf (South Padre Island 2012) - Crédit Image : Kenny Braun (University of Texas - 2014)

Plus de surfeurs que de cow-boys

Pourtant, comme le rappelle le photographe, le surf est une réalité ancrée au pays des cow-boys, que ce soit géographiquement ou numériquement. Le problème semble alors se situer au niveau des représentations. Le surf texan est invisible tout simplement parce qu'on ne désire pas le voir.

L'intéressé évoque :

De manière assez étonnante, il y a beaucoup de gens au Texas qui ignorent non seulement qu'il y a des plages mais aussi que les gens surfent, et ce malgré le fait que le Texas est le sixième état le plus populaire pour sa pratique après la Californie, Hawaï, la Floride, la Caroline du Nord et le New Jersey. En fait je pense qu'on associe toujours le Texas aux cow-boys et à Dallas. Même si, aujourd'hui, il y a probablement plus de surfeurs que de cow-boys.

Une jeune fille à la planche à South Padre Island (2002) - Crédit Image Kerry Braun (University of Texas - 2014)

Une jeune fille à la planche à South Padre Island (2002) - Crédit Image : Kerry Braun (University of Texas - 2014)

Le line-up à South Padre Island - Crédit Image Kenny Braun (Texas University Press - 2014)

Le line-up à South Padre Island - Crédit Image : Kenny Braun (University of Texas - 2014)

Pour l'amour du surf et des photos, comme guide ou en tant que monographie sur un phénomène culturel peu médiatisé, le livre Texas Surf est un indispensable. Publié en 2014 à l'édition de l'Université du Texas, il est possible de la commander. Son auteur, quant à lui, est probablement encore sur les routes. Ou dans l'eau.

Par Tomas Statius, publié le 09/07/2014

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