L'image d'un jeune qui braque un policier ? Hop, un détournement raciste

En début de semaine, une photographie d'un jeune visant un policier avec un pistolet a été partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux. Derrière, un détournement avec un propos raciste. 

L'image est frappante. Sur un scooter, un jeune homme tient un pistolet dans sa main droite. Dans le viseur, un policier, assis dans sa voiture de fonction. Tellement frappante qu'elle a été partagée massivement sur les réseaux sociaux, Facebook comme Twitter.

On peut ainsi retrouver ce message posté sur le réseau de Mark Zuckerberg. Partagé plus de 25 000 fois, le commentaire qui l'accompagne est ironique – "C'est beau l'intégration !" – et introduit un message rempli de colère :

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Regardez cette image, elle a été prise dans un quartier "sensible" de Champigny sur Marne (94) [...]. Mais imaginons un seul instant que le policier commette l'erreur de sortir son arme. Soit il est mort et ce sera un moindre souci pour Taubira. Soit le jeune protégé, cette "chance pour la France" est mort et là c'est la grosse bavure.

(Capture d'écran Facebook)

(Capture d'écran Facebook)

Le  problème, c'est que cette image est en réalité un souvenir de tournage. Oui, elle a bien été prise dans le quartier de Bois-l'Abbé, mais il s'agit d'après France Info, se repérant à l'aide d'un article du Parisien, d'une mise en scène dans le cadre d'une série Canal +, Les Lascars. La scène ? Un braquage par deux des personnages pour payer leur loyer. La police comme le flingue étaient écrits noir sur blanc dans le scénario dont Ismaël Sy Savané, un des auteurs, disait de la deuxième saison :

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Le mot d’ordre était de faire sortir les Lascars de leur appartement et de multiplier les conflits avec le monde "extérieur".

L'image a d'ailleurs été reconnue par un des acteurs, Alexandre Achdjian, qui a ainsi affirmé :

Cette photo a été prise pendant le tournage, devant la sandwicherie le Buns, rebaptisée le Miam Iam.

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Selon une personne de la production, l'endroit était idéal pour le producteur :

Il cherchait une cité avec une sandwicherie en bas d'une tour qui donne sur un parking. L'endroit était idéal.

Le plus ironique est finalement l'ambiance que dépeint Le Parisien sur le lieu de tournage. Loin d'une tension crue qui verrait des jeunes s'en prendre à des représentants des forces de l'ordre, le quotidien explique que les badauds sont nombreux, que la production est ravie de l'accueil dans le quartier et que deux jeunes ont même eu accès au lieu de tournage pour tourner un docu afin d'en raconter les coulisses.

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Des photos détournées, encore et encore

Internet est propice à la manipulation et à des images facilement vidées de leur contexte. Pour Le Monde, voilà une image "prétexte aux commentaires raciste". On se souvient, lors de la Coupe du Monde de foot 2014, comment des internautes avaient repris la photographie d'une église en train de brûler dans la banlieue de Lyon au cours d'un match de l'Algérie. En oubliant de préciser qu'elle avait été prise en novembre 2006.

Pas plus tard que la semaine dernière, c'était au tour de la ministre de l'Éducation Najat Vallaud-Belkacem d'en faire les frais. Une soi-disant image de sa carte d'identité la présentait comme s'appelant Claudine Dupont. Tout simplement.

Par Louis Lepron, publié le 03/09/2014

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