Romain Veillon, photographe de lieux abandonnés

Romain Veillon pratique l'urbex, soit l'exploration urbaine. Évidemment, il en profite pour prendre des photos. Plongé à l'intérieur de la prison désaffectée de Loos, dans le nord de la France, le photographe a livré à Konbini quelques clés de son art. Entre excitation de la découverte et patience photographique.

(Crédit : Romain Veillon)

Il n'est pas rare qu'un projet photo titille notre curiosité. Aujourd'hui, place à Romain Veillon, photographe passionné d'urbex. Mais qu'est-ce que l'urbex ? Rien de plus que l'exploration urbaine. Romain, tout autant que de nombreux passionnés d'architectures délaissées, s'est faufilé dans les dédales de couloirs de la prison abandonnée de Loos, près de Lille.

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Selon les principes de cette pratique, il n'a rien dérangé, rien vandalisé. "Ne rien prendre, à part des photos. Ne rien laisser, à part des traces de pas". Romain Veillon connaît la règle.

(Crédit : Romain Veillon)

Romain a 29 ans. Lorsqu'il ne travaille pas dans sa boîte de production audiovisuelle à Paris, il pratique l'urbex. Pour cela, il s'arme de son appareil photo, d'une paire de bonnes chaussures et de son regard de chasseur d'images.

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J'ai toujours aimé visiter des lieux abandonnés. On se prend vite au jeu du voyage dans le temps. On a l'impression de contempler les vestiges d'une autre époque.

Tout petit, déjà, Romain Veillon était passionné de découverte et d'exploration dans ces vieilles bâtisses.

(Crédit : Romain Veillon)

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"J'aime l'urbex car on est au plus près de l'évolution d'un certain patrimoine français et européen dans le temps. Le plus impressionnant, pour moi, c'est quand la nature reprend ses droits sur les lieux bâtis par les humains. Un jour, j'ai visité un hôtel abandonné. Dans une des chambres, un lit était entièrement recouvert d'herbe. Elle avait naturellement poussé sur le lit".

Car dans l'urbex, tout est affaire de point de vue. Un lieu peut être digne d'intérêt pour de nombreuses choses différentes. Son aspect général, son histoire, la lumière qui le baigne ou encore les lignes de perspective qu'il offre. D'où l'importance de prendre son temps avant toute décision photographique intempestive.

(Crédit : Romain Veillon)

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"Pour les photos en condition d'urbex, il faut faire plusieurs repérages. On vient une première fois pour s'assurer que le lieu est exploitable pour des photos. Pour le découvrir. Puis on revient pour passer à l'action."

Évidemment, tout le monde ne suit pas les préceptes de l'urbex à la lettre.

Ça m'est arrivé de revenir et de retrouver un lieu vandalisé. Ou que des joueurs de paintball soient passés par là... Imagine le résultat. Ça fait forcément perdre de son authenticité à un lieu.

(Crédit : Romain Veillon)

Romain, des exemples, il en a. "La prison de Loos, shootée dans mon projet Retour À La Case Prison, est passée dans un reportage de France 3 Nord récemment. Depuis, des tas de gens - principalement des habitants de Lille - l'ont envahie. Ils ont pillé les registres, ramassé des objets, détruit des choses... Pour y être retourné depuis, je n'ai pas pris beaucoup de photos".

(Crédit : Romain Veillon)

La photo en urbex, c'est un peu d'irréel à la portée du regard. Un portail inédit entre présence et absence de l'être humain. De sa trace. De son importance. D'où un travail précis de la part de Romain Veillon.

Je travaille beaucoup sur les symétries, j'aime les couloirs, l'agencement des cellules.

(Crédit : Romain Veillon)

Mais plus encore la lumière. "Je recherche la plus belle possible, je guette là où les rayons vont frapper, comment vont apparaître les reflets. À la prison de Loos, j'ai vite remarqué que les cellules du bas sont baignées de peu de lumière par rapport aux cellules du haut. Les photos que j'ai prises là-haut sont cramées. Ainsi, il y a des atmosphères différentes à chaque étage. Il y a des endroit où il a fallu que je revienne l'après-midi pour obtenir la meilleure lumière".

(Crédit : Romain Veillon)

Romain Veillon ne photographie pas que des prisons. Le jeune photographe s'est ainsi faufilé à l'intérieur de la tristement célèbre usine Arcelor Mittal à Gandrange pour prendre des clichés. Frappé par le lieu, il était obligé de dégainer son appareil photo pour immortaliser le désespoir de cet endroit encore occupé par des milliers de sidérurgistes quelques mois auparavant.

Cet endroit est très surprenant. On dirait qu'il a été abandonné il y a une cinquantaine d'années... alors que c'est encore si récent. Le sol est jonché de 20 à 30 centimètres de poudre d'acier.

(Crédit : Romain Veillon) 

Un commentaire qui dénote à lui seul de l'état d'esprit de l'urbex. Ou curiosité et respect des lieux cohabitent. Autrefois fortement "humanisés", Romain Veillon leur donne une nouvelle vie après qu'ils aient été brusquement laissés pour mort par les hommes. Sa photographie est un témoignage.

Découvez quelques clichés de Gandrange (et plus encore, dont le lit recouvert d'herbe) ci-dessous. Pour aller en découvrir un peu plus sur ce photographe, visitez son site internet.

Par Théo Chapuis, publié le 14/06/2013

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