Sandy : dans les rues sombres et sans électricité de New York

Quand Christophe Jacrot a appris qu'un ouragan allait frapper New York, le photographe qui sommeille en lui a couru acheter un billet d'avion. Sur place, il est déçu. Mais il va découvrir, par hasard, une partie de Big Apple dans l'obscurité. Rencontre avec ce photographe peu ordinaire qui a eu la bonne idée au bon moment.

Fin octobre, la côte Est des Etats-Unis se prépare : dans quelques heures, l'ouragan Sandy va se présenter aux portes de New York. Le photographe français Christophe Jacrot ne résiste pas : "Je travaille habituellement sur le mauvais temps donc j'ai sauté dans un avion pour New-York à l'annonce du passage de l'ouragan".

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Finalement, Sandy se voit rétrograder en "tempête tropicale". Sur l'échelle de Saffir-Simpson qui compte cinq niveaux, l'ouragan est placé dans la catégorie 1. Résultat, Christophe "n'est pas très heureux de [ses] images" étant donné qu'il a juste "plu sur New York". Par chance, un de ses amis, présent dans la ville, lui téléphone :

Il m'a donné rendez-vous sur la 24ème rue en début de soirée et m'a précisé une chose : qu'il vivait à la bougie. Et là, en arrivant, ça a été un choc. Je ne soupçonnais pas ce que pouvait être une ville sans ses lumières ! Il n'y avait rien, vraiment rien !

Le photographe, habitué à la pluie, à la neige et à d'autres phénomènes environnementaux, est stupéfait par ce qu'il voit. Là, dans une mégalopole aussi moderne que New York, une partie de ses huit millions d'habitants se retrouve dans l'obscurité la plus totale. Plus de feux de circulation ni d'éclairage public : le Sud de la ville est "plongé dans les ténèbres" selon le photographe.

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Dans l'inconscient collectif, dans la culture populaire, notre cerveau attrape des références cinématographiques : Tom Cruise, seul au monde sur Times Square, dans Vanilla Sky. Ou encore Will Smith qui, confronté à des boulevards déserts dans Je suis une légende, organise une course-poursuite en plein Manhattan. Mais derrières les fenêtres obscures, se cachent peut-être des zombies, des êtres infectés.

Christophe Jarcot précise :

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Les rues devenaient totalement fantomatiques. Chaque silhouette à peine visible est tout de suite inquiétante. Le premier soir, l'imaginaire chargé des millions de films, j'ai franchement flippé. Mais quelle puissance visuelle j'avais devant moi !

Le soir même, le photographe a devant lui un défi à la fois visuel et technique : pour lui, il est inhabituel de prendre des images la nuit, qui plus est lorsque la lumière n'est plus. Le lendemain, à 5 heures du matin, puis le soir, il revient dans le Sud de New york, "dominant [sa] peur qui, finalement, ne se justifiait pas du tout". Un taxi passe devant lui. Il le prévient : "C'est dangereux, c'est très dangereux". 

Christophe se met alors à jongler avec les éléments, utilisant des poses de 40 secondes pour que ses images puissent appréhender à la fois l'obscurité de la ville et les allées et venues des piétons et des automobiles.

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Revenu en France, le photographe télécharge une vingtaine d'images sur son site. Très peu de lumières, seulement celles des voitures et le ciel, "éclairé par le reste de la ville". Les traits blancs que l'on aperçoit sur certaines images ? "Les lampes de poches des piétons ou le violet des gyrophares des nombreuses voitures de police qui quadrillaient le Sud de Manhattan".

Dans sa quête de l'image, le Français ne croise aucun photographe professionnel. A New York, dans le noir, il repart comme un fantôme. Avec des dizaines d'images dans son appareil d'une bien meilleure qualité que les photos Instagram de Sandy que nous vous avions compilées.

Par Louis Lepron, publié le 13/11/2012

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