Tammy Ruggles, la photographe malvoyante qui voit à travers son objectif

Passionnée de photographie depuis toujours, Tammy Ruggles est devenue malvoyante à 40 ans ce qui ne lui a pas empêché de poursuivre sa passion. Un "miracle" qu'elle associe aux évolutions de l'ère numérique et qu'elle relate dans un témoignage publié sur Vox

(Crédit Image : Tammy Ruggles)

(Crédits Image : Tammy Ruggles)

Lorsqu'elle était toute jeune, Tammy Ruggles se promenait toujours avec un Kodak ou un Leika autour du cou pour pouvoir immortaliser les scènes familiales et ses animaux de compagnie. Plusieurs années plus tard, elle apprend qu'elle est atteinte d'une rétinite pigmentaire qui va détériorer sa rétine au fil des années, rétrécissant progressivement son champ visuel.

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Continuer à prendre des photos devient alors beaucoup plus complexe. Impossible pour l'américaine originaire du Kentucky de discerner les paramètres pour shooter en manuel ou de développer ses photos dans une chambre noire. Tammy Ruggles se fait alors une raison et décide à contrecœur de mettre sa passion de côté. 

Alors que sa vision s'atténue toujours plus, elle devient, à l'âge de 40 ans, aux yeux de la loi, "légalement aveugle", selon les critères américains. Les mauvaises nouvelles n'en finissent plus de s'enchaîner. Considérée comme handicapée et inapte à conduire, elle perd d'abord son permis puis son travail dans le social. "Quand j'ai perdu mon travail, que j'aimais beaucoup, c'est ma confiance en moi et mon identité que j'ai perdues en même temps".

Pour se remonter le moral, elle se met à imaginer les photographies qu'elle aurait pu faire si sa vue était toujours intacte tel Alfred Stieglitz ou Ansel Adams, ses photographes préférés.

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Je rêvais du genre de photo que j'aurais fait, des photos plutôt artistiques, en utilisant l'aspect créatif de la photographie. Peut-être des montagnes, un champ recouvert de neige ou un arbre à la forme originale. Certainement des paysages, parce que j'ai grandi à la campagne.

Bien consciente que les termes "aveugle" et "photographie" sont rarement associés, elle décide quand même de se pencher à nouveau sur sa passion de jeunesse lorsqu'on lui confirme en 2013 que les caméras numériques digitales produites aujourd'hui sont simples à utiliser.

"By the lake" (Crédit Image : Tammy Ruggles)

"By the lake" (Crédit Image : Tammy Ruggles)

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"Le miracle de l'ère numérique"

Lorsque l'appareil photo arrive enfin dans sa boîte aux lettres, elle n'ose pas l'ouvrir pendant plusieurs jours. "J'avais peur que les personnes puisse penser ou dire : "une photographe légalement aveugle ?", se livre-t-elle. C'est son fils qui fera le premier pas en testant le nouveau gadget, l'incitant ainsi à se promener dans son jardin pour commencer à se familiariser avec son nouvel appareil photo. "Quand j'ai transféré pour la première fois les photos sur mon grand écran, j'ai été ébahie par ce que je ne pouvais normalement pas voir dans mon jardin et que mon appareil photo pouvait", se réjouit-t-elle avant de poursuivre :

Chaque personne expérimente sa cécité de manière différente. De mon côté, tout ce que je vois est extrêmement flou. Curieusement, c'est un peu comme un objectif de caméra avec une mise au point réglée de telle manière que vous ne pouvez distinguer une personne d'un arbre. Je vois de manière floue les formes des choses et plus je suis proche, plus je peux distinguer de quoi il s'agit.

Alors, non seulement, je pouvais prendre en photo des clichés dont j'avais toujours eu envie et en plus je pouvais voir avec mon appareil photo des choses que je ne peux voir à l'oeil nu, comme s'il s'agissait d'une deuxième paire de yeux !

De son jardin, elle commence ainsi à élargir son champ de vision dans tout le Kentucky pour jouer avec les contrastes que lui offrent la nature. Si elle s'amuse parfois à pointer son objectif de manière aléatoire, Tammy Ruggles met un point d'orgue sur l'aspect esthétique de ses photos essentiellement en noir et blanc et ne gardent que celles qu'elles voient le mieux. "Je dépends de la réaction des gens face à mes photos. Ça va de "sombre et morne" à "magnifique" !", raconte-t-elle.

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Treize ans après l'annonce de sa maladie, elle ne considère plus sa cécité comme un frein à sa passion et voit même cela comme un atout, une manière de se distinguer des autres photographes. 

"Lord" (Crédit Image : Tammy Ruggles)

"Lord" (Crédit Image : Tammy Ruggles)

Pour voir davantage de photos, rendez-vous sur le site Internet de Tammy Ruggles.

Par Anaïs Chatellier, publié le 30/07/2015

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