Urbex : un photographe capture le silence de la Petite Ceinture

Avec la série "By The Silent Line", Pierre Folk pose en photo la question du rapport de l'homme à son environnement en prenant l'exemple de la Petite Ceinture parisienne. On lui a posé quelque questions sur son rapport à la ville et au vide. 

"By the Silent Line" - Crédit Image Pierre Folk

"By the Silent Line" - (Crédit Image)

Parfois la vie en ville fait chier, et le besoin d'un ailleurs se fait ressentir. D'une certaine manière, j'ai toujours vu sous cet angle la course de ces photographes en herbe fans d'urbex, ou des obsédés de friches industrielles et autres espaces en décrépitude.

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Parvenir à trouver de l'air ou un coin vierge au milieu des rues et de leur vacarme semble être devenu le motto de toute une génération d'urbains, pour qui vivre en ville n'est plus uniquement un choix, mais bien une nécessité qui peut devenir douloureuse.

Pierre Folk fait partie de ceux-là. Arrivée à Paris – le bruit, les klaxons, le monde : il sature rapidement et cherche refuge dans un espace où le gazouillis des oiseaux a (presque) pris le pas sur la fureur de la ville.

"By The Silent Line" - Crédit Image Pierre Folk

"By The Silent Line" - Crédit Image Pierre Folk

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Tombé sur la Petite Ceinture – ancienne ligne de chemin de fer enserrant Paris et reliant ses gares intra-muros – il en est tombé amoureux jusqu'à en faire le sujet de sa dernière (et première) série : By The Silent Line. Projet débuté en 2011, il y nourrit une réflexion imagée sur le rapport de l'homme avec son environnement et la nécessité de se mettre OKLM dans une sorte de roman-photo de son spleen de citadin.

On lui a posé quelques questions. Et voici ses réponses.

Konbini | Quand la série a-t-elle débuté ? Qu'est-ce qui t'a intéressé de prime abord dans ce sujet ?

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Pierre Folk | En tant que photographe, j’ai toujours été intéressé par les rapports entre l’homme et son environnement, par les traces qu’il laisse derrière lui. J’ai découvert l’existence de la Petite Ceinture peu après mon emménagement à Paris. À cette époque j’avais du mal à supporter l’agitation de la capitale et je cherchais régulièrement à m’échapper quelque part et un ami m’a conseillé ce lieu.

"By The Silent Line" - Crédit Image Pierre Folk

"By The Silent Line" - Crédit Image Pierre Folk

En me documentant, j’ai réalisé que même s’il n’est pas abandonné mais plutôt sous-utilisé, ce sujet conviendrait parfaitement à illustrer mon propos. J’ai ensuite commencé à réfléchir à la façon de réaliser la série et je me suis lancé dans les repérages.

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K | Tes photos donnent l'impression (voulue, je suppose) de suivre fidèlement la piste de la Petite Ceinture. C'est une des lignes directrices du projet ?

Oui et non.

Non, parce que je n’ai pas souhaité me contraindre "géographiquement" en présentant les lieux dans leur ordre réel. Les lieux choisis sont volontairement hétéroclites, je ne souhaitais pas réaliser un exercice de documentation exhaustive. Au contraire, je me suis attaché à décrire les lieux qui m’ont touché en retournant plusieurs fois sur ces endroits, à différents moments de la journée.

Cette série parle de l'homme mais le raconte en creux

Oui, car pour connecter ces lieux entre eux, j’avais effectivement à cœur d’emmener le regard vers l’avant afin qu’il suive les rails. J’ai donc recherché une certaine homogénéité dans les prises de vue de sorte qu’on s’attarde sur d’autres éléments, comme le passage du temps au travers des saisons, des années.

K | Je trouve aussi que cette impression de "chemin" se ressent dans le style des photos même : il y a des doublons, des photos qui se répondent (tant au niveau du cadre que du sujet). C'était l'un des partis pris de ton travail ?

Un de mes objectifs principaux était de rendre autant que possible cette impression d’avancer sur la voie, dans ce lieu entre deux mondes où se rencontrent la civilisation et la nature, le passé et le présent, le calme et l’agitation.

Le rail est le fil conducteur qui permet le voyage, dans l’espace comme dans le temps. Il est le lien qui instaure le dialogue entre les images.

"By The Silent Line" - Crédit Image Pierre Folk

"By The Silent Line" - Crédit Image Pierre Folk

K | Comme la série l'indique, c'est aussi au "silence" qui règne sur la Petite Ceinture que tu t'es intéressé. Il n'y a pas vraiment de sujets humains, mais beaucoup de nature et aussi du béton. Comme si la Petite Ceinture était un lieu de pause...

Je suis heureux que vous l’ayez ressenti. Je me suis posé la question au début de mon travail d’intégrer ou non l’homme afin de raconter sa volonté d’exil, son besoin de tranquillité.

Finalement, j’ai pris le parti de plutôt décrire son absence, cet appel d’air qui invite à l’évasion. Cette série parle de l’homme mais le raconte en creux. Sa présence se ressent à travers les rails, les habitations, ou encore les détails, comme une chaise sur la voie...

"By The Silent Line" - Crédit Image Pierre Folk

"By The Silent Line" - Crédit Image Pierre Folk

Par Tomas Statius, publié le 01/09/2014

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