Voilà à quoi ressemblent les visages ennemis sur les cibles militaires

Une photographe allemande s'est rendue dans plusieurs camps d'entraînements militaires, du Pakistan aux États-Unis. Son idée : observer à quoi ressemblent les visages de leurs ennemis.

"Le nouvel ennemi" dans un camp d'entraînement américain.

"Le nouvel ennemi" dans un camp d'entraînement américain.

La première fois que Herlinde Koelbl a pris en photo une cible militaire, c'était il y a plus de trente ans. Depuis, ce "symbole de violence et de mort" a continué à hanter son esprit. Résultat, cela fait depuis maintenant six ans qu'elle parcourt le monde avec, dans son objectif, les bases militaires. La série photo Targets ("cibles" en anglais), actuellement exposée au German Historical Museum de Berlin, vient clôturer ces années de tribulations.

Publicité

Et si elle est allée dans une trentaine de pays, de l'Ukraine à la France en passant par la Mongolie, la Japon, le Liban ou encore les États-Unis, c'est surtout pour pouvoir répondre à plusieurs questions : à quoi ressemblent les ennemis sur les cibles disposées face aux militaires ? Est-ce une figure abstraite ou ont-ils de véritables visages ? Représentent-ils les différences culturelles de chaque pays ?

Lors de ses nombreux voyages, cette photographe allemande raconte comment vouloir photographier les cibles pouvait intriguer les responsables des camps d'entraînement, plus habitués à ce que l'appareil photo soit dirigé vers les militaires et leurs armes.

Souvent loin des attractions touristiques et perdus au milieu de réserves naturelles pour animaux ou pour plantes, les camps d'entraînement ont cette atmosphère bien spéciale que Herlinde Koelbl ne saurait décrire.

Publicité

Mais un jour, un soldat qui lui confie son point de vue sur cette contradiction entre leur activité et la nature, résume tout à fait son ressenti  :

Nous travaillons dans un paradis alors qu'on se préoccupe de la mort.

Les visages des ennemis ont-il changé ?

Sur les cibles, les visages sont souvent caricaturaux, remarque-t-elle. En France par exemple, il y a ce "bouc émissaire" qui représente une femme en string, munie d'une grosse poitrine, et surtout d'une superbe dédicace : "C'est ta mère".

En Allemagne, certaines cibles sont dessinées à la main, au milieu de vaches, d'autres représentent un homme noire ou un homme qui se cachent derrière une belle blonde. Dans des pays comme le Liban, l'image de la femme fatale est utilisée pour se défouler.

Un champ de tir au Liban avec pour cible la femme fatale...

Un champ de tir au Liban avec pour cible la femme fatale...

Par ailleurs, Herlinde Koelbl notifie aussi que ces cibles illustrent bien le contraste entre les pays en voie de développement où chaque munition tirée compte et où les cibles sont moins nombreuses, et les pays plus développés où les balles sont lancées à foison et où le matériel est beaucoup plus performant.

Par rapport aux pays que j'ai visités, je pense qu'Israël a la meilleure armée en termes d'entraînement et d'aptitudes physiques. Mais la Corée du Sud a l'arsenal le plus hi-tech.

Une cible en France taggée.

Une cible en France taguée.

Avec les témoignages qu'elle récolte, Herlinde Koelb se rend compte que les visages et les tenues ont évolué en même temps que les ennemis des nations.

Aux États-Unis, en l'espace de 20 ans, le changement est radical :

Une personne qui m'a accompagnée à un champ de tir américain m'a expliqué que sa cible, à l'époque, était la silhouette d'un Ivan vêtu de vert avec une étoile rouge sur son casque". L'ennemi était l'Union soviétique.

L'étoile rouge a disparu. La silhouette d'Ivan est restée, mais de nouvelles cibles ont été ajoutées. Des silhouettes avec des vêtements dans le style oriental et une peau sombre. Un nouvel ennemi.

Un nouvel adversaire pour les États-Unis qui a émergé après le 11 septembre. Il vient s'ajouter aux vieilles rancoeurs de la guerre froide. Mais d'une manière plus globale, la photographe a pu constater qu'une tendance générale se développait dans plusieurs camps d'entraînement répartis dans le monde.

Il s'agit du village fantôme, recréé de toute pièce pour que les militaires puissent s'entraîner comme s'ils étaient en zone urbaine. Une forme récente de préparation, représentative de la guerre asymétrique entre civils et corps armés.

Ce genre de terrains de jeux militaires existent bien en France. Par exemple, les camps d'exercice de Jeoffrécourt (photographié par Guillaume Greff) et de Sissonne dans l'Aisne. Ce dernier accueille des stagiaires depuis 2006, afin de s'entraîner en "zone urbaine, l'enjeu tactique du 21ème siècle".

Mais alors qu'on pensait la confrontation entre la France et l'Allemagne bien enterrée, la photographe a été choquée par certains noms de rue. On croise Berlinerstrasse ou Universitätsstrasse, des noms de rue allemand, comme si "le Boche" était toujours un ennemi. Preuve que les pays ont toujours leurs vieux démons.

Une cible au Mali.

Une cible au Mali.

Cible de tir avec mécanisme de pliage en Mongolie.

Cible de tir avec mécanisme de pliage en Mongolie.

Centre de simulation en Corée du Sud.

Centre de simulation en Corée du Sud.

Cible en Allemagne.

Cible en Allemagne.

Scène de combat de rue aux Etats-Unis.

Scène de combat de rue aux Etats-Unis.

Cible de tir peint à la main en Allemagne.

Cible de tir peint à la main en Allemagne.

Un cible bien habillée en Allemagne.

Un cible bien habillée en Allemagne.

Une cible en Afrique du Sud.

Une cible en Afrique du Sud.

Centre d'entraînement militaire aux Emirats Arabes Unis.

Centre d'entraînement militaire aux Emirats Arabes Unis.

Cibles télécommandées aux Émirats arabes unis.

Cibles télécommandées aux Émirats arabes unis.

Cible en Autriche.

Cible en Autriche.

Cible au Kurdistan.

Une cible au Kurdistan.

(Crédits Images : Herlinde Koelbl)

Publicité

Par Anaïs Chatellier, publié le 27/06/2014

Copié

Pour vous :